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1971 : Jean-Paul Belmondo, héros populaire, jovial et bagarreur

1971 : Jean-Paul Belmondo, héros populaire, jovial et bagarreur

Au cours d’une interview peu banale aux studios de Saint-Maurice, l’acteur revenait avec humour sur la différence entre son image de héros de cinéma et son vrai personnage dans la vie. Il disait : « J’aime bien vivre tranquillement et profiter de la vie ».  Un hommage national lui sera rendu jeudi 9 septembre.

Par Cyrille Beyer - Publié le 07.09.2021

1971 : Jean-Paul Belmondo, héros populaire, jovial et bagarreur

Au cours d’une interview peu banale aux studios de Saint-Maurice, l’acteur revenait avec humour sur la différence entre son image de héros de cinéma et son vrai personnage dans la vie. Il disait : « J’aime bien vivre tranquillement et profiter de la vie ».  Un hommage national lui sera rendu jeudi 9 septembre.

Par Cyrille Beyer - Publié le 07.09.2021
Jean-Paul Belmondo vu par - 1971 - 12:06 - vidéo
 
Jean-Paul Belmondo vu par - 1971 - 12:06 - vidéo

Studios de Saint-Maurice, près de Paris, le 26 avril 1971. Par une belle journée ensoleillée, Jean-Paul Belmondo, décontracté, reçoit pour une interview quelques grands noms de l’ORTF. Ils sont quatre, Pierre Wiehn, Jacques Chancel, José Artur et Pierrre Bouteiller, à se succéder devant l’une des stars incontestées du cinéma français. Dans ces studios mythiques qui ont vu le tournage de classiques du 7e art français (Les Visiteurs du Soir, La Belle et la Bête, Les Diaboliques), Jean-Paul Belmondo est venu en voisin. L’acteur et sa compagne, l’actrice suisse Ursula Andress, rencontrée en 1965 sur le tournage des Tribulations d’un Chinois en Chine, vivent en effet tout près, sur l’île des Corbeaux, face à la Marne et à quelques encablures seulement du bois de Vincennes.

Celui que les Français appellent désormais « Bébel » est devenu un nom dans le 7e art. Près d’une décennie après des débuts remarqués en se risquant à jouer un truand quelconque pour un réalisateur encore inconnu (A bout de Souffle, Jean-Luc Godard, 1960), Jean-Paul Belmondo a marqué de son empreinte l’une des décennies les plus prolifiques et brillantes du cinéma français, en jouant dans de nombreux succès, aussi bien critiques (Classe tous risques, Le Doulos, Léon Morin prêtre, Pierrot le fou, Un singe en hiver) que commerciaux (Cartouche, L’Homme de Rio, Week-end à Zuydcoote, Le Cerveau, Borsalino…).

Il ressort de tous ces rôles une image qui commence à prendre corps dans l’imaginaire des Français – et ne fera que se confirmer dans la suite de sa carrière – d’un acteur interprétant des rôles le plus souvent positifs, pour qui l’amour de l’action et de la bagarre n’est jamais loin. C’est cette image de cinéma qu’est venu confronter l’aéropage de journalistes avec un Jean-Paul Belmondo en chair et en os.

Qui cherche me trouve

Toujours dans la bonne humeur et la décontraction, l’acteur revient sur cette réputation de « dur ». « Les gens vous identifient en fonction de ce que vous jouez. J’ai joué pas mal de durs ou de rigolos,  alors les gens ont plutôt tendance, quand ils me croisent dans la rue, à me taper sur l’épaule et rigoler avec moi. Mais si j’avais débuté [ma carrière] par Léon Morin, prêtre (film de Jean-Pierre Melville sorti en 1961 dans lequel Jean-Paul Belmondo interprète un prêtre sous l’Occupation, NDLR), et que le film avait eu un grand succès, peut être que mon image en aurait été changée ».

Cette image de héros populaire, à rebours du personnage intellectuel, Jean-Paul Belmondo s’en accommode d’autant plus facilement qu’il reconnaît avoir un penchant pour la bagarre – mais toujours en réponse à une agression : « Si on m’embête, qu’on me marche sur les pieds, je me défends […] Même quand j’étais jeune et que je me battais souvent, ce n’était jamais moi qui commençais. J’attends qu’on vienne m’écraser les pieds. Si on me les écrase pas, alors on est tranquille ! » En vrai, l’acteur le dit dans un sourire, « j’aime bien vivre tranquillement et profiter de la vie ».

Photo prise au début des années 1960 montrant Jean-Paul Belmondo lors d'un match de boxe, à Paris. Crédit : AFP

Photo prise au début des années 1960 montrant Jean-Paul Belmondo lors d'un match de boxe, à Paris. Crédit : AFP

L’Homme du ring

Mais passionné de boxe depuis sa jeunesse, et lui-même boxeur amateur, Jean-Paul Belmondo a, il est vrai, l’hypercut facile devant la caméra. A José Artur, il raconte une anecdote qui en dit long sur son amour de ce sport. Le 8 mars 1971, pour la rencontre historique opposant Mohammed Ali à Joe Frazier au Madison Square Garden de New York, l’acteur se trouve à Athènes en compagnie d’Omar Sharif pour le tournage du film Le Casse (Henri Verneuil, 1971). Ne pouvant se rendre aux Etats-Unis, et la télévision grecque ne retransmettant pas le match en direct à la télévision, Belmondo loue un avion et s’envole pour Rome, d’où il assistera avec l’acteur de Lawrence d’Arabie à ce match épique, de nuit. Au petit matin, les deux amis reprennent l’avion pour retrouver leur tournage. Absent à New York, la presse française l’a pourtant mentionné dans les gradins, par erreur. Ce qui fait dire à José Artur, admiratif devant tant de notoriété : « La vraie gloire, pour moi, c’est ça : être Jean-Paul Belmondo, c’est ne pas aller là-bas, à New York, assister au match, et pourtant s’entendre dire par toute la presse que vous y êtes allé ».

L’acteur sans prix

Acteur, pour Jean-Paul Belmondo, c’est avant tout « divertir les gens ». A l’opposé de certains de ses confrères pour qui art et politique sont intimement liés, et qui parfois ont fait de leur métier une tribune pour leurs idées politiques, l’acteur de Pierrot le fou voit avant tout le 7e art comme un art du divertissement : « Je veux jouer pour tous les publics, et je joue les communistes, les royalistes, qu’importe. C’est mon métier ». Un « métier » qui ne lui conteste pas son succès, mais plutôt son talent, ce que remarque avec espièglerie Jacques Chancel, qui rappelle à Belmondo qu’il n’a toujours reçu aucun prix. Loin de se démonter, « Bébel » s’en vante avec humour et autodérision, affirmant qu’il est « l’acteur sans prix », quoique un « gros prix pour les producteurs », faisant ici évidemment allusion à ses confortables émoluments.

Cette interview, toute en légèreté, est l’une des dernières à avoir eu pour cadre les studios de Saint-Maurice. Détruits par un incendie au cours de cette même année 1971, ils laisseront place à un complexe d’immeubles de standing. Quant à l’acteur, séparé d’Ursula Andress (il rencontre l’actrice italienne Laura Antonelli en 1972), il quittera sa résidence des bords de Marne, alors que les travaux pour la construction de l’autoroute A4 transformaient considérablement ce havre de paix aux abords de la capitale.

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