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1971 : après les essais nucléaires à Mururoa, les autorités se veulent rassurantes

1971 : après les essais nucléaires à Mururoa, les autorités se veulent rassurantes

Le livre "Toxique" qui parait le 10 mars 2021 démontre comment l’Etat français a minimisé l’impact des essais en Polynésie française.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 10.03.2021 - Mis à jour le 10.03.2021
 
Le livre "Toxique" qui parait le 10 mars 2021 démontre comment l’Etat français a minimisé l’impact des essais en Polynésie française. Filmé en août 1971, ce reportage revient sur le risque nul de contamination par l’alimentation.

A partir d'archives déclassifiées, l'universitaire Sébastien Philippe et le journaliste Tomas Statius prouvent dans ce livre que l’Etat français a sciemment minimisé, voire dissimulé, les conséquences nocives des essais nucléaires dans les atolls de Mururoa et Fangataufa entre 1966 et 1974. Et effectivement, ce reportage montre des responsables militaires très rassurants quant aux supposées retombées radioactives des essais. Le 5 août 1971, quelques semaines après l'explosion d'une bombe H réalisée en juin au-dessus de l'atoll de Mururoa, le magazine d'actualités de la seconde chaîne Vingt-quatre heures sur la deux consacrait un long reportage aux essais nucléaires réalisés en Polynésie française, notamment à Mururoa. L'atoll situé au cœur du Pacifique était alors le plus grand champ de tir nucléaire que les techniciens aient jamais utilisé. 13000 hommes s'y trouvaient alors en mission spéciale dont 4500 basés à Mururoa. 

Un événement car c'était, depuis 1960 et la première explosion d'une bombe atomique française dans le Sahara, la première fois que la télévision était conviée à suivre les opérations. Juste après le tir, des scientifiques se rendaient sur zone pour effectuer quelques prélèvements dans les marchés locaux. Leur supérieur, Philippe Millon, médecin chef du Service Biologique du laboratoire de surveillance radiologique, décrit ici le travail de surveillance de l'alimentation locale effectué par ses équipes.

"Immédiatement après les essais et les tirs, nous effectuons sur les îles et atolls des prélèvements de produits consommables qui sont envoyés pour analyses à Papeete. A Tahiti, nous surveillons l'alimentation de plus près aussi à cause de la densité de la population et nos agents effectuent, comme des ménagères, régulièrement des achats au marché de Papeete..."

Les produits sont ensuite transformés en pastilles pour mieux être analysés. Noix de coco, eau de mer, langouste… tout est condensé et analysé : "Ces pastilles subissent d'abord une mesure physique dans un laboratoire de spectrométrie gamma et ensuite nous effectuons des radiochimie, des dosages chimiques de chaque radio élément. Ceci nous permet de suivre la radioactivité de chacun de se produits qui en général se rapproche beaucoup de la radioactivité naturelle. Il conclut de manière catégorique qu'"il n'y a aucun risque de contamination par l'alimentation."

Au total, 46 essais aériens se sont déroulés à Mururoa et Fangataufa entre 1966 à 1974 et 147 essais souterrains dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Mururoa et Fangataufa ont été réalisés de 1975 à 1996. Repris par Jacques Chirac en 1996, le dernier essai s'est déroulé le 27 janvier 1996.

Toxique, une enquête à lire également sur Disclose et à retrouver dans le livre de Thomas Statius et Sébastien Philippe qui paraît mercredi 10 mars 2021. 

Pour aller plus loin

Panorama : Charles de Gaulle sur les essais nucléaires en Polynésie. Discours de Charles de Gaulle prononcé lors d'un voyage à Tahiti à propos de l'installation du centre d'essais nucléaires de Mururoa. "La Polynésie a bien voulu être le siège de cette grande organisation destinée à donner à la puissance française le caractère de la dissuasion qui peut et doit à tous dans un monde dangereux nous assurer la paix… il y a des compensation et ce qui suit ne le sera pas moins." (16 septembre 1966) 

Images d'essais

20h00 : explosion d'une bombe H sur l'atoll de Mururoa.  Images muettes de l'explosion d'une bombe atomique dans l'atoll de Mururoa. Les militaires, munis de lunettes de protection, se retournent afin de ne pas s'exposer au puissant rayonnement de l'explosion. Ils contemplent le champignon atomique qui se forme dans un deuxième temps et montent dans le ciel. (6 juillet 1970)  

JT 20H : explosion d'une bombe atomique à Mururoa du 15 juin 1971. Reportage de François De Closets depuis le transporteur de la Marine nationale "L'Ouragan" à l'occasion d'une explosion nucléaire sur l'atoll de Mururoa. L'explosion n'est pas visible car le flash est trop dangereux pour la vue. On peut voir le développement du champignon. Le commentateur précise  "le pied même de l'explosion est très faible, très filiforme, très mince alors que la tête est énorme. Ce qui explique la très faible retombée locale sur l'atoll…" Deux minutes après l'explosion, on peut entendre l'onde de choc. Ces images sont suivies d'une courte interview de Vincent Coutrot, du CEA, expliquant que le tir s'effectue à quelques centaines de mètres d'altitude pour éviter une contamination trop importante de l'eau du lagon.

Vingt-quatre heures sur la deux : compte à rebours et explosion de la bombe atomique. (5 août 1971) 

Voir d'autres extraits de l'émission Vingt-quatre heures sur la deux

A l'aide d'interviews des principaux responsables, ce document décrit étape par étape le déroulement d'un tir nucléaire dans cet atoll et souhaite montrer que ces essais ne font courir aucun risque, ni pour le personnel ni pour la population locale.

Vingt-quatre heures sur la deux : une bombe atomique avant explosion. A Mururoa, opération de préparation d'une bombe H quelques heures avant le déclenchement de son explosion. Celle-ci, attachée à un ballon qui explosera à quelques centaines de mètres d'altitude. Explications de Vincent Coutrot, directeur du CEA (Commissariat à l'énergie atomique). (5 août 1971) 

Vingt-quatre heures sur la deux : Présentation des opérations à Mururoa par l'amiral Lelhe. Le commandant du groupe opérationnel de l'explosion nucléaire, qui présente ses équipes et explique son rôle au moment du tir. (5 août 1971) 

Vingt-quatre heures sur la deux : sécurité d'un pilote Vautour pendant une explosion atomique. Sur la base de tir de Mururoa, le Commandant Henri Sigoura, pilote Vautour, explique son rôle à bord de son avion pour tirer des missiles juste après une explosion atomique. Il explique les conditions de sécurité qui entourent cette opération qui lui assurent aucun risque de contamination. (5 août 1971) 

Vingt-quatre heures sur la deux : mesures de protection de sécurité biologique sur le site de Mururoa. Jean-Claude Costa, technicien de sécurité biologique, le premier homme qui remet le pied sur l'atoll après l'explosion, parle des mesures et prélèvements qu'il doit effectuer avant que l'atoll puisse être de nouveau fréquenté. Il détaille son équipement de protection (simple combinaison anti-poussières) et son appareil de mesure de la radioactivité. (5 août 1971)


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