Aller au contenu principal
1970 : l'année où l'avortement est légalisé pour la première fois aux Etats-Unis

1970 : l'année où l'avortement est légalisé pour la première fois aux Etats-Unis

La Cour suprême a rendu vendredi 24 juin la liberté aux 50 Etats américains d'interdire l'avortement sur leur sol. Cette décision ne rend pas les interruptions de grossesse illégales, mais renvoie les Etats-Unis à la situation en vigueur avant 1973, quand chaque Etat était libre de les autoriser ou non. L'occasion de revenir en 1970, l'année où pour la première fois un Etat américain votait la légalisation de l'avortement sur son territoire.

Par Cyrille Beyer - Publié le 17.05.2019 - Mis à jour le 24.06.2022
L'avortement légal aux USA - 1970 - 02:17 - vidéo
 

C'est une nouvelle sans précédent dans le champ hautement sensible aux Etats-Unis du droit à l'avortement. La très conservatrice Cour suprême des Etats-Unis a enterré vendredi 24 juin un arrêt qui, depuis près d'un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter. 

Cette décision renverse le célèbre arrêt Roe contre Wade. En 1973, cet arrêt de la Cour suprême actait que la Constitution américaine prévoyait un droit pour les femmes à avorter. Cette jurisprudence libérale était précisée en 1992 par l'arrêt Planned Parenthood contre Casey : le droit à l'avortement était confirmé par la Cour Suprême, cette dernière encadrant néanmoins les délais de l'avortement à la « viabilité » du foetus, soit entre 22 à 24 semaines de grossesse.

Désormais, les interruptions de grossesse ne sont pas illégales mais la Cour suprême renvoie les Etats-Unis à la situation en vigueur avant l'arrêt Roe contre Wade, quand chaque Etat était libre de les autoriser ou non.

« New York, capitale de l'avortement américain »

Dans nos archives, nous avons ainsi retrouvé le témoignage d'une date essentielle dans l'histoire du droit à l'avortement aux Etats-Unis : 1970, année où l'avortement était légalisé pour la première fois dans un Etat américain, celui de New York.

En direct depuis la « grosse pomme », le surnom de la cité américaine, le journaliste de l'ORTF Emmanuel de La Taille commentait, dans l'archive placée en tête d'article : « Depuis le 1er juillet, l'avortement pour la première fois aux Etats-Unis a été légalisé dans l'état de New York. Légalisation selon des normes extraordinairement libérales, qui risquent de faire de New York la capitale de l'avortement américain. Seule limite, le prix. Cela coûtera au minimum 2500 francs par opération. »

Une décision historique qui n'avait pas été sans mal, expliquait ensuite le journaliste, pour qui il était « inutile de dire que cette décision a fait couler beaucoup d'encre : "C'est un chapitre tragique de l'histoire américaine", a écrit le cardinal-archevêque de New York, tandis que l'église catholique rappelait que tous ceux qui participent à un avortement sont passibles d'excommunication. »

Poursuivant son commentaire, Emmanuel de La Taille dressait un tableau de l'opinion américaine : « Cette division des esprits se reflète dans les sondages, 50% des Américains sont encore contre l'avortement, 40% pour et 10% sans opinion. Parmi les opposants, la province, l'Ouest, le Middle-Ouest, le Sud, les femmes plus que les hommes, les noirs plus que les blancs, les catholiques et les juifs plus que les protestants. Parmi les favorables, les grandes villes, de l'Est en particulier, la bourgeoisie libérale, la jeunesse éduquée. »

En conclusion de son reportage, Emmanuel de La Taille donnait la parole à un gynécologue américain, afin d'illustrer la « division des esprits » qui se retrouvait également « au niveau du corps médical, habitué à donner la vie et non pas à pratiquer des avortements ». Le médecin exprimait ainsi son anxiété : « Je prévois que cela sera un vrai désastre. Dès à présent, nous sommes submergés de demandes pour l'avortement. Je ne vois pas où nous pourrons installer ces gens, dans quels hôpitaux. Nous n'avons pas assez d'établissements pour faire face à la demande qui, j'en suis certain, ne manquera pas d'augmenter considérablement. »

Remise en cause du droit à l'avortement

En janvier 2019, l'état de New York confirmait cette législation libérale en faveur de l'avortement, en actualisant sa législation de 1970, afin de sanctuariser un droit à l'avortement dans le contexte d'une remise en cause toujours plus forte de ce droit au sein de la société américaine. 

Ces dernières années ont en effet vu des Etats américains passer des législations restreignant l'avortement. En décembre 2021, la Cour suprême a ainsi commencé à examiner une loi de 2018 de l'Etat du Mississippi qui interdit les avortements après quinze semaines de grossesse. Cette loi n'est pas la plus restrictive. Ainsi, au Texas, une loi interdisant l'avortement à seulement six semaines a été votée. Le 29 avril dernier, un délai similaire de six semaines a été choisi pour encadrer l'avortement dans l'Etat voisin de l'Oklahoma. Un Etat qui jusqu'à présent accueillait massivement les Texanes cherchant à avorter.

S'orienter dans la galaxie INA

Vous êtes particulier, professionnel des médias, enseignant, journaliste... ? Découvrez les sites de l'INA conçus pour vous, suivez-nous sur les réseaux sociaux, inscrivez-vous à nos newsletters.

Suivre l'INA éclaire actu

Chaque jour, la rédaction vous propose une sélection de vidéos et des articles éditorialisés en résonance avec l'actualité sous toutes ses formes.