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1965 : un psychiatre relie l'instinct de puissance à la vitesse en auto

1965 : un psychiatre relie l'instinct de puissance à la vitesse en auto

Renault a annoncé qu'elle allait brider la vitesse de ses véhicules prochainement limitée à 180 km/h. Voilà de quoi déstabiliser les amateurs de la vitesse. En 1965, ce spécialiste du comportement donnait une explication psychologique à l'attachement des conducteurs à la vitesse.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 27.04.2021 - Mis à jour le 28.04.2021
Enquête sur la circulation à Marseille - 1965 - 05:37 - vidéo
 

C'est officiel : le 23 avril 2021, par la voix de son directeur général, Luca de Meo, Renault a confirmé que la vitesse de ses modèles et celle des Dacia sera désormais bridée électroniquement par le biais d'un régulateur automatique. L'objectif étant de faire diminuer le nombre des accidents dû à la vitesse. Mais comment faire accepter ce bridage aux conducteurs ? Que se joue-t-il sous la notion de vitesse et de transgression ? En 1965, un psychiatre marseillais théorisait cette symbiose existant entre l'homme et la voiture. Il évoquait l'apparition d'une nouvelle maladie : "le mal de la circulation" dont les symptômes étaient : une "extrême nervosité" et une "agressivité marquée" poussant à dépasser les limites de la bienséance et de la vitesse autorisée. 

"Une maladie nouvelle est née. Elle frappe uniquement les automobilistes, les rendant nerveux, irritable et d'une extrême agressivité. C'est le mal de la circulation qui menace de se transformer en épidémie. Il est depuis quelques temps la cause de drames de plus en plus fréquents. Perdu au milieu du flot sans cesse grossissant des automobiles isolés au cœur d'embouteillages inextricables, l'homme d'aujourd'hui devient chaque jour un peu plus l'esclave de son véhicule. Et cela le rend comme fou", disait-il.

 "Chacun est très fier de son auto." 

Interrogé sur ce nouveau fléau, ce médecin analyse la relation de puissance qui lie chaque homme à son véhicule. Dans cette interview accordée au JT régional, il donne quelques clés de compréhension du comportement de l'Homo Sapiens sur roue et dévoile les mécanismes transformant un "bon père de famille" en tyran des routes. Il se joue selon lui une question "d'instinct de puissance". Il ne fait aucun doute à ses yeux que lorsqu'un homme se met au volant de sa voiture, il fusionne corps et âme avec elle, "c'est d'un point de vue psychologique qu'il s'intègre à son auto. Cet instinct de puissance est manifeste. Chacun est très fier de son auto. Et on trouve que l'auto la plus volumineuse, celle qui possède le plus de chrome, celle qui possède le plus de cylindres. Celle qui est la plus puissante revêt pour le propriétaire toujours une espèce d'orgueil (…), une espèce de sentiment de satisfaction". 

A ce sentiment de puissance, s'ajoute un autre aspect aggravant : l'anonymat "qui l'isole et lui permet de réserver cet instinct de puissance entre lui et son auto". Cette relation fusionnelle, explique-t-il, exacerbe l'impression d'impunité et transforme e comportement du conducteur qui devient "plus dominant, plus agressif", quelque soit l'âge du conducteur : "Ce n'est pas sans danger, car cette agressivité entraîne une conduite souvent dangereuse (…) qui consiste à aller très vite, à dépasser une auto alors qu'elle est dans un virage…". Cette agressivité est pour lui la source de l'imprudence au volant et des excès de vitesse.

La solution qu'il préconisait alors était de tester psychologiquement tous les candidats au permis de conduire afin de dévoiler "leur véritable nature", et d'anticiper qui serait, ou non, apte à la conduite, afin de limiter de tels emportements, dangereux pour soi et autrui. 

Quoiqu'il en soit, Renault s'apprête donc à suivre l'exemple du suédois Volvo, qui depuis 2020 impose une limite sur tous les nouveaux modèles sortant de ses usines. Mais pourquoi brider les véhicules à 180 km/h alors que les autoroutes sont limitées à 130 k/h ? La question reste posée.


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