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1965 : le Liban, pays francophone et ouvert sur le monde

1965 : le Liban, pays francophone et ouvert sur le monde

La journaliste franco-libanaise Caroline Hayek a obtenu le Prix Albert Londres 2021 pour ses articles dans le quotidien "L'Orient-Le Jour". Ce dernier fêtera ses 100 ans dans un peu plus d'un an. Dans cette archive de 1965, il apparaît au coeur du dynamisme économique et de l'optimisme du pays, déjà fier de sa francophonie.

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 10.08.2020 - Mis à jour le 15.11.2021
Le Liban en 1965 - 1965 - 11:27 - vidéo
 

Le 4 mai 1965, l'ORTF a diffusé un numéro de l'émission Reportage des Actualités télévisées consacré au Liban. Première caractéristique mise en avant : la francophonie. Le pays entretient en effet depuis l'intervention de Napoléon III en 1860 des relations privilégiées avec la France, nourries par les missions catholiques qui se sont établies dans le pays du Cèdre et surtout par la période du mandat français sur la Syrie et le Liban, de  1920 à 1943.

Le reportage montre une francophonie entretenue par les programmes de télévision et par l'enseignement, et pratiquée aussi au quotidien, dans la rue, comme nous le montre l'exemple d'un vendeur de fruits et légumes qui interpelle les passants en arabe et en français. 

Georges Naccache, le fondateur du journal en langue française L'Orient, fondé en 1924 et renommé L'Orient-Le Jour en 1971, exprimait ainsi sa vision de la place du français au sein de la société libanaise : « Dans ce pays bilingue, arabophone, le français représente une complémentarité nécessaire sur le plan de l'expression journalistique et littéraire. » Signe de la bonne santé de langue de Molière, les chiffres de vente de l'Orient étaient alors excellents : « Le journal a presque décuplé son tirage, nous sommes passés de 1500 exemplaires à près de 15000 aujourd'hui, ce qui est caractéristique pour un pays qui reste tout de même essentiellement arabophone ». Le directeur de L'Orient poursuivait : « Voici un journal français, fait par des Libanais, qui représente non seulement le plus grand tirage et la plus grande circulation des journaux français et arabes, mais représente le véritable journal national ».

Partage du pouvoir

Enseigné dès le primaire, le français est l'une des deux principales filières, avec l'arabe, de l'enseignement supérieur. Sur un campus, un étudiant expliquait ses motivations : « J'ai choisi la langue française parce qu'elle m'est apparue comme étant la langue véhiculaire de la pensée humaniste en Europe. » Une camarade ajoutait : « J'estime que la langue française est une langue assez claire pour exprimer sa pensée ».

Après avoir présenté la francophonie au Liban, le reportage expliquait les fondements confessionnels du système politique - aujourd'hui tant décrié -, basé sur le partage du pouvoir entre les chrétiens maronites (à qui on attribue le poste de président de la République ) et les musulmans sunnites (qui se voient réserver le poste de Premier ministre). 

Mais surtout, le reportage apporte aujourd'hui un éclairage intéressant sur la bonne santé financière du pays. Contrastant singulièrement avec la situation de faillite actuelle, le commentaire du journaliste était élogieux : « Ce même libéralisme culturel et confessionnel se retrouve dans l'économie libanaise. Et fait de ce pays de 9400 km2 et de moins de 2 millions d'habitants, une petite puissance financière. Pour le commerce de l'or, Beyrouth est la troisième place du monde. Le trafic de son port a plus que triplé en quelques années, son aéroport reçoit annuellement un demi millions de passagers, et constitue la plaque tournante des voies aériennes reliant l'Orient à l'Occident. »

La Suisse du Moyen-Orient

Interviewés, le président de la Banque centrale du Liban ainsi que le président de l'association des banques libanaises constataient avec satisfaction les « 78 banques » établies dans le pays, une « floraison qui s'explique par l'expansion économique, par le fait que Beyrouth notamment est une place internationale comme l'était par exemple Tanger, et cette expansion et situation de Beyrouth s'explique par le régime de libertés du Liban ».

Et puis, surtout, il y a le secret bancaire, comme l'expliquait le président de la Banque centrale du Liban : « Le secret bancaire est absolu et a été institué par une loi de 1956 ». Une exception financière dans cette région qui faisait dire à M. Ede, président de l'association des banques libanaises, que le Liban avait « tendance à se considérer comme la Suisse du Moyen-Orient ».

En 1965, le Liban attirait donc de nombreux capitaux, qui, selon le reportage, étaient en partie réinjectés dans l'économie, comme le montrait l'exemple de la construction en collaboration avec EDF du barrage du Litani. 

Enfin, en 1965, le secteur du tourisme semblait également promis à un bel avenir, le pays attirant une grande partie de sa clientèle grâce à sa proximité avec l'Europe.

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