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1962 : la première pré-rentrée d'un jeune instituteur

1962 : la première pré-rentrée d'un jeune instituteur

Avant leurs élèves, les enseignants rejoignent ce mercredi 1er septembre les bancs de l’école. Pour certains ce sera la première rentrée, à l’image de Jean-Pierre Cabannes. En 1962, ce jeune instituteur découvrait sa classe à Boussac, en compagnie de ses parents venus le soutenir.

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 30.08.2021 - Mis à jour le 30.08.2021

1962 : la première pré-rentrée d'un jeune instituteur

Avant leurs élèves, les enseignants rejoignent ce mercredi 1er septembre les bancs de l’école. Pour certains ce sera la première rentrée, à l’image de Jean-Pierre Cabannes. En 1962, ce jeune instituteur découvrait sa classe à Boussac, en compagnie de ses parents venus le soutenir.

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 30.08.2021 - Mis à jour le 30.08.2021
La première classe - 1962 - 12:44 - vidéo
 
La première classe - 1962 - 12:44 - vidéo

L'heure de la pré-rentrée a sonné pour les instituteurs et professeurs. Une journée pour découvrir son établissement, sa classe, son emploi du temps et ses nouveaux collègues. En 1962, la rentrée scolaire se déroulait en octobre. Le magazine "Cinq colonnes à la une" s'était rendu auprès d'un jeune instituteur prénommé Jean-Pierre Cabannes, 22 ans, fraîchement sorti de l'Ecole normale. Il débutait dans le métier d'instituteur et prenait un poste à Boussac dans la Creuse. Deux jours avant la rentrée, le futur instituteur franchissait le seuil de sa classe accompagné de ses parents venus le soutenir. En cette rentrée 1962, la vie du jeune homme allait radicalement changer. Pour celui qui avait toujours vécu en ville "à Montpellier et à Albi", cette rentrée représentait des débuts professionnels mais aussi une nouvelle vie de célibataire. Dans l'archive en tête d'article, devant les caméras, Jean-Pierre découvre le petit appartement où il doit vivre l'année scolaire, il est situé au-dessus de l'école.

"C'est un beau métier mais pas trop payé"

C'est un logement spartiate que la maman astique déjà consciencieusement tandis que le papa, lui, explore la salle de classe en désordre, s'avouant "un peu déçu" et reconnaissant que la sienne était un peu mieux : "Les plafonds étaient un peu plus bas et il y avait un poêle à charbon". Le papa qui vient d'achever sa carrière après 33 ans dans sa dernière affectation, "de 1928 à 1961", précise qu'à ses débuts, il ne cuisinait pas mais mangeait au restaurant : "Il y en avait un qui était excellent". Roulant les "R", il plaisante aussi sur la traditionnelle mésentente entre l'instituteur et le curé mais qui a heureusement évolué, ajoutant : "Certains prêtres sont plus évolués qu'autrefois". Ce qu'il souhaite c'est que son fils connaisse la même indépendance que lui dans la gestion de son école : "C'est un beau métier mais pas trop payé", ajoute-t-il résigné.

L'institutrice qui a précédé Jean-Pierre était là depuis 30 ans, à charge au nouvel arrivant de faire sa place dans le village. Nous retrouvons l'instituteur en plein rangement de sa classe qu'il trouve, contrairement à son père, "très agréable et très éclairée". L'immense carte de France qu'il fixe au mur et "tout le matériel scolaire" appartient à l'école. Mais sa principale préoccupation en cette veille de rentrée ce n'est pas sa classe mais sa vie quotidienne qui risque d'être compliquée. Il n'y a pas de restaurant à Boussac : "J'ai donc amené un réchaud pour faire mon mangé" car son problème, c'est qu'il ne sait pas cuisiner et que le premier restaurant se trouve à 8 km... d'un air sombre il déclare : "Il faudra que j'apprenne."

Une rentrée presque calme

L'heure de la rentrée a sonné. Le jour J, les mamans accompagnent les enfants à la porte de l'école. Pour certains, c'est le premier jour de leur scolarité. Le jeune instituteur arbore son plus beau costume pour accueillir les élèves précisant qu'il "faut qu'ils aient une bonne opinion du maître en rentrant". L'école est mixte, les enfants aussi ont revêtus leurs plus beaux tabliers pour cette rentrée. L'instituteur place les enfants un à un dans la classe selon leur âge et leur niveau. Il enseignera à 14 élèves allant de 5 à 14 ans. Jean-Pierre Cabannes va assurer plusieurs niveaux du primaire au certificat d'études.

Après une journée de découverte mutuelle, il est l'heure pour les enfants de dévoiler leur opinion sur le nouveau venu. L'un d'eux le trouve "assez sympathique" mais les fillettes auraient préféré une femme : "Parce que je suis une fille", ou une autre parce qu'elle a peur de sa barbe : "parce qu'il l'a trop longue", ou cette autre encore qui ajoute dépitée : "Il rouspète celui-là." Une autre élève précisera dans un fou rire gêné : "Il m'a grondé parce que je riais"…

Qui nourrira l'instituteur ?

Le reporter se rend dans le village pour interroger les femmes sur la question du jour : pourquoi personne ne s'est proposé pour préparer les repas de l'instituteur ? Une vieille dame assise dans sa cuisine déplore cette situation mais répond avec un haussement d'épaule : "Tout le monde est occupé, tout le monde a son travail… moi avec l'âge que j'ai, je fais la mienne et voilà tout." D'autres femmes du village prétexteront l'absence de leur mari et la gêne à recevoir un homme dans ces conditions. Et quand le reporter leur déclarera que "si vous voulez qu'il reste dans le pays, il faut l'aider un petit peu…". La perspective de se retrouver instituteur changera un peu leur discours : "Sans école ! Bien-sûr, on veut qu'il reste… on va s'arranger !"

Le reportage ne nous dit pas si Jean-Pierre Cabannes  a pu se restaurer chez les habitants du village ou s'il a dû apprendre à cuisiner. Une chose est sûre, hier comme aujourd'hui, la pré-rentrée était et reste une date clé dans la carrière d'un jeune professeur. Une date marquante à jamais.

Florence Dartois

Pour aller plus loin : 

JT de 20 heures :à quelques jours de la rentrée, témoignages d'écoliers. (13 septembre 1971)

Dans un lycée on prépare la pré-rentrée : témoignage d'un proviseur, d'un nouveau professeur, de parents d'élèves stressés... (10 septembre 1973)

Un instituteur pratiquant la méthode Freinet prépare sa rentrée. (11 septembre 1973)

La rentrée des professeurs au lycée Baggio. Un jeune professeur de fabrication et méthodes de 24 ans découvre son premier lycée et sa première fois de l'autre côté de la barrière. (10 septembre 1981)


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