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Simone Veil, la première femme à la tête de l'Assemblée européenne

Simone Veil, la première femme à la tête de l'Assemblée européenne

Mardi 18 janvier, la conservatrice maltaise Roberta Metsola est devenue la nouvelle présidente du Parlement européen. C'est la troisième femme à accéder à cette fonction. En 1979, Simone Veil était la première et prononçait un discours humaniste.

 

Par Florence Dartois - Publié le 15.07.2019 - Mis à jour le 19.01.2022
Parlement européen : Discours de Simone Veil - 1979 - 31:16 - vidéo
 

Le 18 janvier 2022, la conservatrice maltaise Roberta Metsola est devenue la nouvelle présidente du Parlement européen. Elle a été élue au premier tour de scrutin, obtenant la majorité absolue, en dépit de son opposition à l'avortement, qui a suscité de nombreuses critiques. Elle a succédé à l'Italien David Sassoli, décédé le 11 janvier. C'est la troisième femme à accéder à cette fonction, après les Françaises Simone Veil (1979-1982) et Nicole Fontaine (1999-2002).

L'archive que nous vous proposons ci-dessous est la retransmission du résultat du vote portant Simone Veil à la tête du Parlement européen le 17 juillet 1979. Elle obtenait la majorité absolue avec 192 voix sur les 377 suffrages exprimés. (404 votants, 400 bulletins et 23 blancs ou nuls, majorité absolue de 189 voix). Après avoir été ovationnée, elle prenait place au fauteuil présidentiel pour prononcer une première allocution devant ses pairs.

Mais son grand discours officiel d'investiture, elle le déclarait le lendemain, le 18 juillet 1979. C'est celui que nous nous proposons en tête d'article. Ce discours n'a rien perdu de sa modernité et résonne avec les défis actuels de l'Europe.

Après avoir remercié ses collègues européens pour leur vote et décrit sa profonde émotion, « en prenant place à ce fauteuil », Simone Veil faisait une promesse : « Je m’efforcerai d’être le président conforme à leur voeu. Je m’efforcerai aussi, conformément à l’esprit de la démocratie, d’être le président de toute l’Assemblée. »

Son discours de rassemblement allait mettre l'accent sur le rôle moteur du Parlement dans la poursuite de la construction européenne. Ses premiers mots s'adressaient à Louise Weiss, rappelant son combat pour les femmes : « J’ai exprimé hier soir la gratitude que nous devons avoir à l’égard de Louise Weiss, qui a si bien guidé nos premiers pas. Vous me permettrez d’y revenir d’un mot, sans vous formaliser que je cite la part éminente qu’elle a prise dans toutes les luttes menées pour l’émancipation de la femme. »

Ses remerciements s'adressaient ensuite au président Emilio Colombo, son prédécesseur. Simone Veil rappelait ensuite les missions et l'influence croissante du Parlement européen et l'importance du suffrage universel dans l'élection du Parlement : « Quelle que soit l’innovation profonde que représente son élection au suffrage universel direct, notre Assemblée est d’abord l’héritière des Assemblées parlementaires qui l’ont précédée… »

La paix, la liberté et le bien-être

La nouvelle présidente évoquait ensuite les trois défis qui devraient être relevés par tous les Etats de la communauté : la paix, la liberté et le bien-être. Elle en expliquait les enjeux : « Le défi de la paix, tout d’abord. Dans un monde où l’équilibre des forces a permis, jusqu’à présent, d’éviter le cataclysme suicidaire de conflits armés entre les superpuissances, on a vu se multiplier en revanche les affrontements locaux. La situation de paix qui a prévalu en Europe constitue un bien exceptionnel, mais aucun de nous ne saurait sous-estimer sa fragilité. »

Elle exprimait  son souhait à travailler dans trois directions : l'Europe de la solidarité, de l'indépendance et de la coopération : « Le second défi fondamental, c’est celui de la liberté. Sur la carte du monde, les frontières du totalitarisme se sont étendues si largement que les îlots de la liberté sont cernés par ces régimes où règne la force. Notre Europe est l’un de ces îlots... »

Plus de solidarité, moins d'inégalités

Simone Veil décrivait aussi sa vision de la solidarité européenne qui deviendrait de plus en plus nécessaire avec la fin des 30 glorieuses : « Il faudra aussi adapter la politique mise en oeuvre pour corriger la situation des régions traditionnellement déprimées, ainsi que celle des régions considérées encore récemment comme fortes et prospères, mais aujourd’hui frappées par des sinistres économiques. Enfin, et surtout, c’est entre les hommes que les efforts de solidarité doivent être développés (...) Mais, à une époque où, sans nul doute, il sera demandé à tous les citoyens d’accepter que le niveau de vie cesse de progresser ou progresse moins, d'accepter un contrôle dans la croissance des dépenses sociales, les sacrifices nécessaires ne seront acceptés qu’au prix d’une authentique réduction des inégalités sociales. »

Autre aspect essentiel à ses yeux, l'autonomie de l'Europe : « Notre Europe doit être également l’Europe de l’indépendance. Non qu’il lui faille affirmer une indépendance agressive et conflictuelle, mais parce qu’il est essentiel qu’elle puisse déterminer les conditions de son développement de manière autonome. »

En finir avec les divisions

Simone Veil abordait également  les questions de l'emploi, de l'énergie, de la dépendance des pays producteurs de pétrole et de la monnaie. Il fallait selon elle, amplifier les efforts relatifs aux énergies nouvelles. Elle rappelait enfin l'importance des questions de budget et de la contribution du Parlement aux décisions législatives de la communauté. Elle terminait son discours par l'évocation des divisions qui devraient être dépassées pour donner naissance à un élan de solidarité : « Gardons-nous cependant du travers qui nous conduirait à faire de notre Assemblée le forum des divisions et des rivalités. Trop souvent déjà, les communautés européennes donnent à nos opinions publiques l’image d’institutions bloquées, incapables de parvenir dans les délais nécessaires à des décisions. Notre Parlement aura pleinement satisfait les espoirs qu’il a fait naître si, loin d’être le lieu de résonance des divisions internes de l’Europe, il parvient à exprimer et à faire percevoir par la communauté l’élan de solidarité si nécessaire aujourd’hui. »

Elle concluait sur l'importance du modèle européen : « Puissions-nous ainsi, au terme de notre mandat, éprouver le sentiment d’avoir fait progresser l’Europe. Puissions-nous surtout avoir pleinement répondu à l’espérance que suscite cette Assemblée, non seulement chez les Européens, mais parmi tous ceux qui, dans le monde, sont attachés à la paix et à la liberté. »

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