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La rafle du «Vél d'Hiv» racontée par les survivants

La rafle du «Vél d'Hiv» racontée par les survivants

Les 16 et 17 juillet 1942, la police de Vichy organise une grande rafle au sein de la communauté juive parisienne. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Retour sur cet épisode sombre de la Seconde Guerre mondiale en France.

 

Par Florence Dartois - Publié le 13.07.2012 - Mis à jour le 15.06.2022
Arrivée du Général SS Heydrich - 1942 - 00:58 - vidéo
 

Les 16 et 17 juillet 1942, la police de Vichy organise une vaste rafle au sein de la communauté juive parisienne. La plupart des raflés vont être déportés à Auschwitz. Alors que la France est occupée par le régime nazi, environ 13.000 juifs parisiens, dont près d’un tiers d’enfants sont arrêtés. Une partie d’entre eux, bien souvent des familles, sont conduits au Vélodrome d’Hiver, le Vél' d'Hiv' dans le 15e arrondissement de Paris. Pendant plusieurs jours, les juifs raflés vont ainsi vivre entassés sans eau et sans nourriture dans des conditions sanitaires déplorables. Plusieurs d’entre eux allant jusqu'à se suicider, les fugitifs étant abattus. Tous seront ensuite transférés dans les camps de Drancy, Beaune-la-Rolande, ou Pithiviers puis déportés vers Auschwitz. Retour sur cet épisode sombre de la Seconde Guerre mondiale en archives et à travers quelques témoignages de survivants.

Une collaboration zélée

La rafle du Vel' d’Hiv' a été réalisée par la police française, en lien étroit avec l’Allemagne nazie qui désirait augmenter le nombre des déportations : 90 000 juifs issus de France, de Belgique et des Pays-Bas, dont 40 000 rien que pour la France. Les SS Eichmann et Theodor Dannecker avaient été chargés de préparer cette déportation massive des Juifs de France. Cette opération de police s'est donc préparée en accord entre les autorités allemandes et le régime de Vichy, représenté par René Bousquet, le patron de la police.

Il n'existe pas d'images de la rafle mais l'archive d'époque en tête d'article présente l'une des rares apparitions des protagonistes de cet accord. Il s'agit d'un sujet du journal des « Actualités mondiales », outil de propagande allemande. Il relate l'arrivée en France en mai 1942 du général SS Reinhard  Heydrich, chef de la sûreté, chargé par Heinrich Himmler ( le chef des SS et de la police allemande), d'installer dans ses fonctions Karl Oberg, général SS chargé de la police en territoires occupés. C'est Heydrich qui va accorder à la police française une plus grande autonomie en échange d'une collaboration renforcée dans la lutte contre les « ennemis du Reich ».

Dans cette archive, il est également fait mention de la rencontre entre le Secrétaire général de la police vichyste René Bousquet avec les chefs de police allemands Oberg et Knochen, à Paris, (elle s'est déroulée le 16 juin 1942). C'est au cours de cette rencontre que le français va  s'engager à la « livraison » de 10 000 Juifs apatrides de zone libre. Les images montrent aussi la rencontre des officiers nazis avec deux autres agents de la collaboration, Louis Darquier de Pellepoix, conseiller de Paris (il avait été nommé commissaire aux questions juives), ainsi que de Brinon, secrétaire d’État et représentant officiel du gouvernement de Vichy dans la capitale.

Les bases de la déportation ainsi posée par les SS, la police vichyste allait organiser la rafle en deux semaines seulement.

La préparation de l'opération « Vent printanier »

Le 10 juillet 1942 allait se tenir une conférence préparatoire à l'opération « Vent printanier , un nom bucolique décrivant,de fait la future rafle du Vel' d'Hiv'. Le 13 juillet, une circulaire du préfet de police de Paris prévoyait une rafle de 27 361 Juifs étrangers et apatrides (y compris tous ceux que Vichy venait de dénaturaliser). Mais la circulaire allait fuiter et la moitié des juifs visés parviendrait à fuir in extremis. 

Le 16 juillet, à 4 heures du matin, pour éviter le regard de la population, munis d'une liste de 27 391 noms, 9 000 policiers et gendarmes commencent donc à écluser les arrondissements pour rafler le plus de juifs possibles. Au total, le 17 juillet, après une trentaine d'heures de traque, la police parisienne aura raflé 12 884 juifs. Dont une majorité de femmes et d'enfants (4.051 enfants et 5.802 femmes). Du jamais vu ! Les rafles précédentes s’en étaient tenues aux hommes et aux jeunes de plus de 16 ans. Arrêtés, les raflés allaient être conduits au vélodrome d'Hiver de Paris ou à Drancy.

Il existe peu d'images ou de photos d'époque, ce n'est qu'à la fin des années 1960 que les études et les témoignages vont commencer à émerger. Notamment à travers un ouvrage intitulé La Grande Rafle. Cette description  circonstanciée des faits installe dans l'imaginaire collectif la rafle comme un symbole des persécutions contre les juifs, et le Vel'd'Hiv', comme l'antichambre à la déportation et à l’extermination.

Documenter et témoigner

Dans l'archive audio ci-dessous, extraite de l'émission « Enquêtes et commentaires : La Grande Rafle », diffusée le 22 juin 1967, Jean Rabaut s'entretient avec l'un des deux co-auteurs du livre, Claude Lévy, (Paul Tillard, l'autre auteur est décédé l'année précédente). Au cours d'une longue interview, ils reviennent ensemble sur la préparation de la rafle, sa réalisation pratique et les organismes français compromis dans l'affaire.

La grande rafle du Vel d'hiv
1967 - 05:56 - audio

Nous retrouvons Claude Lévy dans l'archive audio ci-dessous, diffusée le 10 mai 1967, dans le journal parlé de 13h00 de France Inter. L'écrivain est venu relater une nouvelle fois le « jeudi noir » de la rafle. Il évoque ironiquement les arrestations effectuées par la police française « sans brutalité excessive mais avec efficacité ». Il décrit ensuite les conditions de réclusion inhumaines dans l'enceinte du vélodrome. Il insiste sur le fait que les enfants ont été arrêtés à la demande exclusive  de Pierre Laval. Ce sont 4 000 enfants qui ont été enfermés au Vel'd'Hiv' avec leurs parents, dans le dénuement le plus total. C'est encore Pierre Laval qui a ensuite demandé à les faire déporter, au grand étonnement des Allemands qui n'avaient pas prévus cette éventualité. A tel point que Theodor Dannecker avait dû appeler Berlin pour prendre des instructions. Adolf Eichmann mettant lui-même 10 jours à lui donner l'autorisation finale de déportation. Le chef du gouvernement de Vichy avait été bien au-delà de la demande de l'occupant.

Au vélodrome du 15e arrondissement, rien n'avait été prévu pour l'accueil d'un si grand nombre de Juifs. Ils allaient se retrouver parqués 7 jours, sans vivres, dans des conditions d'hygiène précaires. Dans cette archive radio, une rescapée, Ida Nisbaum, apporte à son tour son témoignage. Elle raconte comment elle a échappé à l'arrestation et a pu s'enfuir avec son bébé. Puis viennent les témoignages d'Alain Spiro, écrivain, auteur de La dénonciation et de madame Lichstein, une autre rescapée (par téléphone) : elle raconte son arrestation sur dénonciation.

Raconter l'indicible

Après la guerre, une chape de plomb a recouvert le drame du Vel d’Hiv'. Le bâtiment a été finalement détruit en 1959.  il faudra encore attendre 3 ans pour qu'une plaque soit inaugurée à l’occasion des vingt ans de la rafle du Vel d’hiv (nous n'avons pas d'archives de cet événement commémoratif dans nos archives). Ce jour-là, quelques 10 000 personnes étaient pourtant venues assister à la cérémonie de commémoration. 

Trente ans après la rafle, en 1972, le journal de 20H00 retraçait en images le déroulement de ces journées du 16 et 17 juillet 1942. Dans cette archive à découvrir ci-dessous, de nouveaux témoignages édifiants venaient éclairer ces deux jours sombres de l'histoire française. Un parisien travaillant alors dans un dispensaire juif rue Amelot décrivait ce qu'il avait vu. Parmi les enfants déportés, quelques-uns avaient survécus, à l'instar de Lazare Pytkowicz, 14 ans à l'époque. Il racontait comment, raflé avec ses parents, il avait réussi à s'échapper profitant d'un moment de confusion lorsque les mères privées de lait avait forcé les policiers à les laisser traverser la rue jusqu'à une épicerie voisine pour acheter de quoi nourrir leurs enfants. Le pire déclarait-il, c'est qu'elles étaient ensuite retournées dan l'enceinte mortifère.

Faute d'eau, de nourriture et de médicaments, la situation sanitaire allait dégénérer rapidement dans le vélodrome où se multipliaient les crises de folie, les suicides et les décès. Deux médecins juifs rescapés évoquaient ici les cris et les pleurs des enfants, les malades de la scarlatine, précisant qu'« à chaque fois c'était un refus absolu de traiter ces malades ou de les évacuer ». Seuls trois médecins et quelques infirmières de la Croix-Rouge auront été finalement autorisés à intervenir auprès des raflés rassemblés.

L'évacuation allait se dérouler 6 jours plus tard, les prisonniers étant transféré vers le camp de Drancy puis vers Auschwitz, d'où il ne reviendrait jamais. Le philosophe Vladimir Jankélévitch concluait ce reportage émouvant en évoquant la question du pardon, soulignant la différence à ses yeux entre l'oubli et le pardon : « L'oubli nous n'avons pas le droit... le pardon est une bouffonnerie ».

Désormais chaque commémoration allait être l'occasion de diffuser de nouveaux témoignages tout aussi terribles et accusateurs vis-à-vis des autorités de Vichy. Le 16 juillet 1992, le journal de 20 heures de France 2 présentait le témoignage d'un rescapé de la rafle, Léon Fellmann, 17 ans au moment des faits. Il avait perdu tous ses camarades et personne n'était jamais revenu. Difficile pour lui de raconter l'inracontable : « Je ne cherche pas à faire pitié. Comment voulez-vous raconter ? », déclarait-il à jamais meurtri . Mais la question qui le taraudait 50 ans après, c'était la responsabilité du gouvernement français de Vichy dans la déportation d'innocents. Comment avait-il « pu favoriser l'envoi de 4 000 enfants à la mort ». Il s'interrogeait encore, sans obtenir de réponse.

Pour les enseignants et leurs élèves

L'équipe de Lumni enseignement a réuni dans un même article trois archives sur la rafle du Vel' d'Hiv'.

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