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15 février 1989 : les Soviétiques quittent Kaboul dans le calme

15 février 1989 : les Soviétiques quittent Kaboul dans le calme

Les derniers soldats américains ont quitté l’Afghanistan plus tôt que prévu, le 30 août dans la soirée, marquant leur retrait définitif d’un pays dont ils avaient chassé les talibans en 2001. En 1989, les Soviétiques quittaient eux aussi ce pays en pleine débâcle, mais leur départ de Kaboul se faisait dans un calme contrastant avec les images de ces derniers jours.

 

Par Cyrille Beyer - Publié le 13.04.2018 - Mis à jour le 30.08.2021

15 février 1989 : les Soviétiques quittent Kaboul dans le calme

Les derniers soldats américains ont quitté l’Afghanistan plus tôt que prévu, le 30 août dans la soirée, marquant leur retrait définitif d’un pays dont ils avaient chassé les talibans en 2001. En 1989, les Soviétiques quittaient eux aussi ce pays en pleine débâcle, mais leur départ de Kaboul se faisait dans un calme contrastant avec les images de ces derniers jours.

 

Par Cyrille Beyer - Publié le 13.04.2018 - Mis à jour le 30.08.2021
Situation à Kaboul - 1989 - 02:55 - vidéo
 
Situation à Kaboul - 1989 - 02:55 - vidéo

C’est un retrait après des semaines de chaos et de confusion qu'ont effectué les 300 soldats encore présents à Kaboul, ce lundi 30 août, avec un jour d'avance sur la date butoir du départ des forces américaines d’Afghanistan fixée par le président Joe Biden. Depuis le 15 août, date de la prise de Kaboul par les talibans, des milliers d’Afghans se sont massés tous les jours à l’aéroport dans l’espoir d’être évacués. Des scènes de panique ont émaillé le pont aérien, causant la mort de plusieurs personnes. Jeudi 26 août, un attentat perpétré par l’Etat islamique (EI) à l’aéroport de Kaboul faisait au moins 170 morts civils, en plus des 13 militaires américains tués.
Après vingt ans d’une présence militaire initiée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis se retirent d’un pays qu’ils laissent aux mains de leurs ennemis talibans, avec tous les risques que cela comporte sur le plan du terrorisme islamiste international.

Avant les Etats-Unis, l'URSS

Ce départ des Américains rappelle celui des Soviétiques, il y a trente-deux ans. Le 15 février 1989, après dix ans de présence en Afghanistan pour soutenir le régime communiste à Kaboul dans sa lutte contre les différents groupements moudjahidins afghans soutenus par les Etats-Unis, les derniers soldats de l'Armée rouge quittaient le pays. Malgré l’envoi d’environ 150 000 soldats, Moscou n'avait pas réussi au terme de dix années de guerre à stabiliser le pays. En 1989, les moudjahidins, dirigés notamment par le commandant Massoud, contrôlaient une grande majorité du pays. Seule Kaboul obéissait encore au régime communiste du président Mohammad Najibullah.

Des soldats de l'Armée rouge entourés par la presse internationale patientent à l'aéroport de Kaboul en attente de leur avion, le 13 février 1989. Crédit : AFP

Des soldats de l'Armée rouge entourés par la presse internationale patientent à l'aéroport de Kaboul en attente de leur avion, le 13 février 1989. Crédit : AFP

C’est cet événement qu’explique l’archive en tête de l’article, un reportage diffusé au cours du journal télévisé de FR3 le 15 février 1989. Une situation qui présente un parallèle avec la situation actuelle, ainsi que de grandes différences. Parallèle, car les deux grandes puissances quittent l’Afghanistan humiliées. Grandes différences néanmoins, car, comme le montre le reportage de Gilles du Jonchay, le départ des Soviétiques de Kaboul se déroule alors dans un calme étonnant, bien loin des attentats et des scènes de chaos du Kaboul de 2021 : « Journée historique pour l’Afghanistan. Le dernier soldat soviétique a quitté le pays aujourd’hui même. Le régime pro-soviétique de Kaboul ne tient visiblement qu’à un fil, et pourtant les moudjahidins, en situation de force, n’ont pas lancé d’attaque. La situation est calme dans la capitale, mais jusqu’à quand ? »

Ce 15 février 1989, jour où « Kaboul n’a jamais été aussi calme », marque en fait le début d’un répit de trois ans pour le président Mohammad Najibullah, un répit rendu possible par les dissensions qui se font jour entre rebelles moudjahidins et par la poursuite du soutien logistique soviétique, jusqu’en 1990. En avril 1992, la capitale tombe finalement aux mains des hommes du commandant Massoud, et le président Najibullah trouve refuge dans les bâtiments de l’ONU (avant de finir exécuté en 1996 lors de la prise de la ville par les talibans).

Sauver la face aux yeux du monde

Le retrait soviétique définitif du 15 février 1989 est l’aboutissement d’un processus engagé un an plus tôt, le 15 mai 1988, conséquence de l’accord de Genève signé le 14 avril 1988 entre l’Afghanistan, le Pakistan, l’URSS et les Etats-Unis. Dans le reportage ci-dessous, diffusé le 18 mai 1988 sur Antenne 2, on assiste à la cérémonie organisée par l’armée soviétique pour le début de l’opération. Après avoir franchi le fleuve Amou Daria qui sépare l’Afghanistan de l’Ouzbékistan, les premières troupes à quitter le pays étaient félicitées par des gradés soviétiques. L’Armée rouge tentait ainsi de sauver la face aux yeux du monde et de transformer son retrait en victoire. Mais durant les neuf mois que durait leur retrait, 523 soldats de l'Armée rouge devaient encore perdre la vie lors d'attaques de convois.

 

Retrait russes Afghanistan
1988 - 01:45 - vidéo

Après leur départ, le soutien qu’avaient apporté les Américains aux groupes les plus fanatiques des moudjahidins, estimant que ceux-ci seraient plus efficaces dans leur lutte contre les communistes, allait contribuer à renforcer le mouvement taliban au détriment des combattants modérés, comme ceux affiliés au commandant Massoud.

La guerre civile allait faire rage entre les Afghans, et le pays tombait sous la coupe des talibans en 1996. Les attentats du 11 septembre 2001 seront le point de départ d’un nouveau conflit, les Américains se retournant contre leurs anciens protégés talibans et s’embourbant à leur tour dans une longue guerre, à l’image de leurs anciens ennemis soviétiques.
 

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