En décembre 1980, le metteur en scène Jean-Louis Barrault fait visiter un chantier de travaux bien particulier, situé en plein cœur de la gare d’Orsay. Magnifique exemple de l’architecture industrielle de la fin du XIXe siècle, la gare a été choisie pour devenir le musée que nous connaissons aujourd’hui. Mais saviez-vous qu'avant de devenir un musée, la gare d'Orsay avait été pendant les années 1970 le coeur d'une étonnante expérience culturelle ? 

Jean-Louis Barrault a une excellente raison d’assister à la transformation de cet espace et d’en faire la visite à une équipe de télévision : De 1972 à 1979, avec la complicité de son épouse et consoeur Madeleine Renaud, il a installé sa troupe de théâtre au cœur de cet immense espace, faisant du « théâtre d’Orsay » l’un des espaces de création les plus populaires et les plus originaux de la capitale…

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Jean-Louis Barrault faisant visiter en décembre 1980 les restes de son théâtre sous l'imposante voûte de la gare d'Orsay.

De 1972 à 1973, c'est sous un chapiteau de cirque que se déploie le nouveau théâtre d'Orsay...

Au début de l'aventure, en 1972, c’est sous un chapiteau de cirque logé sous la grande voûte de la gare d’Orsay que la troupe Barrault-Renaud s’installe : « Nous avions commencé là-bas au fond de la gare sous un chapiteau du cirque Fanni où l’on donnait Sous le vent des îles Baléares, qui est la 4e journée du Soulier de Satin ». Une installation originale pour un théâtre, fruit de l'accord passé entre Jean-Louis Barrault et la SNCF.

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Photo prise en octobre 1972 : on aperçoit la première configuration du théâtre, sous le chapiteau du cirque Fanni, avec les trains de la gare en contrebas.

En 1973, le théâtre s'installe sous une nouvelle charpente en bois... 

Après une première expérience d'une année sous ce chapiteau de cirque, la troupe prend possession au printemps 1973 d'un décor charpenté, toujours dans la même gare d’Orsay. Un espace de 2500 mètres carrés, démontable, fruit des nombreuses expériences itinérantes de la troupe : « une grande salle de 900 places avec une magnifique charpente, il faut vous dire que comme c’était la 8e fois que nous changions rien que pour Paris, on avait eu soin de faire notre grande salle démontable ».

Une précaution qui va s’avérer utile, la troupe trouvant après la gare d’Orsay un nouveau point de chute au théâtre du Rond Point, où la charpente sera réutilisée.

A côté de la grande salle où se jouent principalement des pièces du répertoire classique ou populaire, Harold et Maud, Zarathoustra, Le soulier de satin, Zadig, Le nouveau monde de Villiers-de-l’Ile Adam, une autre salle, plus petite, de 180 places, pour des auteurs plus contemporains : Beckett, Sarraute, Duras.

Et pendant que ces représentations ont lieu, la gare, située au niveau inférieur, continue à accueillir ses trains. Heureusement pour la concentration des acteurs et le confort des spectateurs, un arrangement est trouvé entre le metteur en scène et le chef de gare : 

« Le chef de station était très gentil, j'étais allé le voir et on s'était arrangés pour ordonner le passage des trains sur des voies qui n'étaient pas sous le chapiteau, [...] alors comme ça on était pas très gênés ». 

Un espace vivant qui fait la fierté de Jean-Louis Barrault...

En plus des deux salles, un troisième espace, peut-être le plus symbolique de la magie des lieux, aux yeux de Jean-Louis Barrault : un foyer où artistes et spectateurs peuvent « échanger de vue, faire connaissance [...], si bien que les gens ne viennent pas voir seulement une seule pièce, mais passer la soirée ».

Cette alchimie entre l'originalité d'un lieu, situé en plein coeur de la capitale, et la qualité de l'accueil et des installations du théâtre font la joie de Jean-Louis Barrault : « c'est une réussite, avec Madeleine Renaud nous en sommes encore épatés. La réussite est totale. Les gens viennent vers 19h30, puis ils ne s'en vont pas, il faut éteindre vers 1h30 du matin ou même 2 heures. On est là, ensemble ».

Ensemble, et dans une belle ambiance, propice à l'improvisation et aux échanges : « On parle par petits groupes, on fait connaissance, un soir on danse, un autre soir on invite des musiciens qui jouent du jazz, de la pop, [...] on improvise, et les gens sont très sensibles à cette chaleur humaine ».

Une expérience en tous points réussie, attirant chaque année près de 300 000 spectateurs, qui permettra certaines des plus importantes représentations théâtrales parisiennes des années 1970.

En 1979 cependant, devant l'avancée du projet de nouveau musée du XIXe siècle, la troupe Barrault-Renaud se résout à quitter sa gare pour se trouver un nouveau théâtre.

En 1981, l'aventure continue, de l'autre côté de la Seine, au théâtre du Rond-Point, avec cette même scène démontable en bois qui avait fait les grandes heures du théâtre d'Orsay...

Rédaction Ina le 23/01/2019 à 11:43. Dernière mise à jour le 25/01/2019 à 11:03.
Art et Culture