Le 11 janvier 2015, après les attentats contre "Charlie Hebdo" et l'Hyper Cacher, plus d'un million de personnes défilent à Paris et en France avec un même cri de ralliement "Je suis Charlie". Retour sur une journée historique.

Quelques jours après les attentats, par un beau dimanche ensoleillé, une marche républicaine est organisée suite à la vague d'attentats qui vient d'ensanglanter Paris (Charlie Hebdo, Montrouge et Vincennes). La foule est tellement massive que la manifestation doit être divisée en plusieurs cortèges : les familles des victimes et les blessés en tête. Viennent ensuite François Hollande et les chefs d'Etats invités, derrière eux, les responsables des différentes communautés religieuses, marchant côte à côte. Enfin, le million et demi de Français venu rendre hommage aux disparus, apporter leur soutien aux victimes et affirmer un mot d'ordre unique repris sur toutes les pancartes : "je suis Charlie. Je suis un flic. Je suis Juif."

"Dans des moments forts comme ça, ben on est là et on a pas peur ! " affirme cette femme aux joues peintes aux couleurs du drapeau français et au front orné du slogan "Je suis Charlie"

Une ambiance incroyable ou le "même pas peur" alterne avec la Marseillaise, reprise de toute part. Dans la foule de nombreux enfants brandissant crayons et pancartes pour seule arme, celle de la liberté d'expression.

Cet homme est venu en famille pour "Il fallait absolument qu'on soit là, qu'on partage ce moment en famille, ce moment  de communion nationale avec tout le monde pour partager avec nos enfants les valeurs de la liberté d'expression, de la République et de la démocratie."

Et cette image qui fera date, celle de cet homme embrassant un CRS !

Son geste, il l'explique ainsi : "On les voit toujours comme ceux qui vont casser les gens, vont les traquer, vont faire cela mais ils font un boulot exceptionnel. Il risque leur vie pour nous et moi je les remercie !"

"Unis pour faire front commun contre le terrorisme."

A la demande de François Hollande, quarante-quatre chefs d'État défilent à Paris.

Aux côtés du président français : Angela Merkel, Mahmoud Abbas, Benyamin Netanyahou ou David Cameron défilent étroitement serrés en tête de cortège sous les applaudissements de la foule.

Image historique, s'il en est, de la portée symbolique et du retentissement de ces attentats au niveau international. La journaliste souligne le caractère exceptionnel de cet événement : "C'est la première fois, depuis 1990, qu'un président en fonction participe à une manifestation publique entouré de gouvernants du monde entier pour une marche et cette minute de silence dans les rues de Paris."

"Un peu plus tôt ces chefs d'Etats et de gouvernements étaient arrivés ensemble dans un même bus sous escorte. Dispositif diplomatique et logistique exceptionnel."

Quelques heures plus tôt, François Hollande avait accueilli ses invités un à un dans la cour de l'Elysée. Pour Antonis Samaras, Premier ministre grec, la France "a toujours été un phare de la liberté pour tout le monde et aujourd'hui nous nous rallions autour de la France. Nous sommes une chose avec les Français, nous pensons la même chose : la liberté."

David Cameron, le Premier ministre britannique raconte ensuite l'intense moment d'émotion ressentie dans les rues de Paris : "Ce que je n'oublierai pas c'était ces affiches aux fenêtres, pas les drapeaux tricolores non, mais les affiches qui disaient "je suis Charlie. Je suis un flic. Je suis Juif." Une façon de s'identifier aux victimes et de dire c'est ça la France, une démocratie incroyablement fière de sa liberté de parole, de sa constitution, de ses valeurs européennes qui nous sont chères."

Matteo Renzi, président du conseil italien demande quant à lui à ce que ce mouvement aboutisse à des décisions politiques concrètes : "le défi contre le terrorisme sera gagné par une Europe politique, pas seulement l'Europe de l'économie, de l'austérité, de la croissance, de l'investissement. La chose la plus importante c'est l'Europe des valeurs, des cultures, l'Europe des idéaux. Pour ces raisons nous sommes ici."

Les familles des victimes au centre de l'émotion

Les familles des victimes des trois attentats défilent en tête de la marche républicaine. L'émotion est très intense. Parmi les images marquantes : la détresse de l'urgentiste Patrick Pelloux - l'un des premiers à être arrivé à "Charlie Hebdo" après la tuerie - qui tombe en larmes dans les bras du président Hollande. "L'urgentiste n'en finit pas de pleurer ses amis disparus. A ses côtés Luz, l'un des dessinateurs rescapés, tente de le consoler."

"François Hollande échange quelques mots avec les familles. Il prend dans ses bras Philippe Brinsolaro, le frère de Franck, le policier tué en voulant protéger Charb… il serre les mains des proches de Michel Saada, ce retraité mort dans la supérette de Vincennes où il venait acheter son pain. Tué parce qu'il était Juif."

Plus loin dans la foule, le cousin de l'agent de maintenance tué au siège du journal satirique veut lui rendre hommage : "il est tombé le premier, il était là au mauvais moment, au mauvais endroit. Voilà, je suis fier de la France également, de cette union contre la barbarie. Je pense à lui énormément."

Ces manifestations du 11 janvier sont les plus gros rassemblements jamais réalisés depuis la Seconde Guerre mondiale sur le territoire français. Le retentissement de ces événements fut considérable, aussi bien en France qu'à l'étranger.

Rédaction Ina le 07/01/2020 à 17:21. Dernière mise à jour le 07/01/2020 à 17:30.
Economie et société