Témoignages d'anciens prisonniers sur le STO...

 

Lorsque le 16 février 1943, Pierre Laval décide de l’instauration du STO, des dizaines de milliers de Français ont déjà contribué à l’effort de guerre allemand depuis 1940. Le transfert se précise à partir de juin 1942. Pierre Laval est au pouvoir, et à Berlin, Fritz Sauckel est nommé plénipotentiaire général pour l'emploi de la main-d'œuvre. Il est chargé de fournir au Reich des travailleurs en provenance de toute l’Europe afin de combler les pertes allemandes. Des accords entre gouvernements français et allemand  permettent alors la mise en place de la « Relève », qui prévoit l’échange de travailleurs français spécialisés contre le retour de prisonniers de guerre, à raison de 3 travailleurs pour 1 prisonnier. Une intense propagande vichyste tente de prouver aux Français les bienfaits moraux et économiques du travail en Allemagne. Mais cette politique ne séduit pas les Français. Sauckel, surnommé « le négrier de l’Europe », fait pression pour que le gouvernement de Vichy rende cette politique obligatoire. Jusqu’à la fin 1942, et malgré l’adoption d’une loi en septembre 1942 prévoyant la conscription obligatoire pour les hommes de 18 à 50 ans, le nombre de Français partant en Allemagne reste faible.

Avec l’intensification de la guerre en Europe, Hitler décide à la fin de l’année 1942 l’incorporation de 300 000 ouvriers allemands dans l’armée. La pression de Sauckel vis-à-vis de Vichy est alors très forte, ce qui amène à la création par Laval et son gouvernement du STO. Cette archive de 1993, extraite de l'émission radiophonique L'histoire en direct présente les conditions historiques de la mise en place du STO, avec les analyses de Patrice Gélinet, Patrice Vittori, Jean-Pierre Rioux Yves Durand et François Cavanna.

La responsabilité du régime de Vichy dans la mise en place du STO.

 

François Cavanna a 21 ans lorsqu’il part dans le cadre du STO, le 20 février 1943, quatre jours seulement après avoir reçu sa convocation. Il travaille alors depuis peu comme maçon aux laboratoires Bailly à Nogent-sur-Marne. Avec cinq autres collègues, il se retrouve à Berlin, après avoir transité par Metz. Trois jours de voyage en train à bestiaux éprouvants, pendant lesquels il ne peut dormir. Exténué, il arrive dans un camp de plusieurs centaines de personnes où se trouvent plusieurs nationalités : Français, Ukrainiens, Russes, Hollandais et Belges.

Dans ce camp de triage, transformé en « marché aux esclaves » dans lequel les patrons allemands viennent faire leur marché en fonction de leurs besoins en main d’œuvre, François Cavanna a la chance de rencontrer Maria, une jeune Russe avec laquelle il entretiendra une relation amoureuse et platonique. A la libération de son camp par les Russes, il la cherchera en vain pendant plus d’un mois. Une histoire poignante qu’il raconte dans son livre « Les Russkoffs », en 1979.

 Témoignage de François Cavanna.

Georges Brassens a 22 ans lorsqu’il est convoqué à la mairie du XIVe arrondissement de Paris pour recevoir sa feuille de route. Il quitte Paris le 8 mars 1943, direction Basdorf, dans la région de Berlin. Il y est chargé du contrôle des moteurs d’avions de chasse. Un travail qu’il ne prend pas avec beaucoup de zèle. Des témoins racontent qu’il ferme souvent les yeux devant sa tâche. Déjà musicien à l’époque, il salue rituellement un gardien allemand par un « je t’emmerde » en français, tous les matins. C’est notamment dans ce camp qu’il rencontre son ami René Iskin. Aujourd’hui encore, la place de la gare commémore le souvenir de cet illustre travailleur forcé.

 Focus sur l'expérience du STO de Georges Brassens.

Début 1943, refuser le STO est encore difficile, car la police française est encore très efficace et zélée à cette époque. Les agents accompagnent souvent les réquisitionnés jusqu’aux trains, comme le raconte Henri Salamonovitch, ancien travailleur STO qui témoignait en 2014 au micro du Parisien. L’émotion le gagne lorsqu’il repense à son arrivée dans un camp de concentration, gardé par des soldats flanqués de chiens. Avec un ami, il est affecté dans une petite boulangerie de la région, tenue par un fanatique d’Hitler. Reconnaissant le travail de ses employés, il les met en garde cependant en nettoyant régulièrement son revolver sous leurs yeux…

Témoignage d'Henri Salamonovitch.

Expérience traumatisante pour tout un pays et difficile à appréhender d'un point de vue historique, tant les différentes modalités de travail se sont superposées (entre les départs volontaires et ceux obligatoires), la mémoire du STO reste vive dans la France d'Après-guerre, et ce jusque dans les années 1980. Un cas reste emblématique des passions déclenchées par ce souvenir, celui de Georges Marchais, accusé en 1970 par deux anciens résistants, Charles Tillon et Auguste Lecoeur, d'avoir menti sur sa biographie : contrairement à ce qu'il avait écrit dans ses mémoires, il serait en fait parti travailler volontairement en Allemagne. La polémique refait surface à la veille de l'élection présidentielle de 1981. Georges Marchais se défendit jusqu'à sa mort de cette accusation, mais des zones d'ombre continuent de planer sur ce dossier, signe de la complexité d'une période dramatique de l'Histoire de France...

Georges Marchais se défend d'être parti volontairement travailler en Allemagne.

Rédaction Ina le 14/02/2018 à 16:19. Dernière mise à jour le 16/02/2018 à 09:09.
Histoire et conflits