Un ancien rédacteur en chef des Inrocks a admis avoir été membre de la « Ligue du LOL », un groupe de journalistes qui a harcelé en ligne plusieurs personnes. En 2014, il analysait les dérives sur les réseaux sociaux.

L’affaire a éclaté avec la parution d’un article du site de fact-checking de Libération, «CheckNews». Pendant plusieurs années, de jeunes journalistes ont tenu un groupe Facebook fermé « La Ligue du LOL » et sont accusés d'avoir harceler des femmes ou des hommes sur Twitter, ou d'avoir réalisé des canulars téléphoniques douteux. Certains ont été mis à pied comme D.D., rédacteur en chef du magazine et du site des Inrocks.

Des journalistes qui avaient été embauchés dans les rédactions à la fin des années 2000 pour leur connaissance du web et des réseaux sociaux.

En 2014, D.D. est donc l’invité de l’émission « Un soir à la tour Eiffel » diffusée sur France 2 et présentée par Alessandra Sublet. Un des thèmes abordés… la dérive des réseaux sociaux.

Lorsque Alessandra Sublet demande au journaliste s’il existe une solution pour réguler les réseaux sociaux et leur violence, il répond : « C’est important de dire que l’anonymat fait partie de la liberté d’expression. Elle s’intègre dedans. C’est important de la préserver sur Internet. Il n’y a personne qui est totalement anonyme car on laisse des traces notamment l’adresse IP. Lorsqu’une infraction a été commise, on peut porter plainte. » Afin d’illustrer ses propos, il revient sur le hashtag polémique #unbonjuif qui avait défrayé la chronique en 2012 : « Il y avait des jeux de mots, des vannes sur la communauté juive en France.  L’UEJF (l’union des étudiants juifs de France) a porté plainte et a réussi à avoir les auteurs qui étaient derrière ces tweets. » 

Le journaliste connaissait l’impact des clashs et du cyber-harcèlement. Toujours dans cet entretien, il expliquait : « Il y a un journaliste américain qui a fait une étude. Il tweetait des tweets assez négatifs et des informations. Il s’est rendu compte que les tweets négatifs avaient un écho plus important que ces tweets normaux. »

Puis Alessandra Sublet interroge le journaliste sur l’impunité des internautes cachés derrière ces comptes anonymes : « Est-ce qu’on ne se sent pas un peu invincible quand on est derrière son petit ordinateur ? »  Réponse : « C’est une forme de soupape de compensation. Cette frustration, ils l’évacuent sur les réseaux sociaux et ils ne l’évacuent peut-être pas ailleurs. Ce ne sont que des propos de comptoir. Vous allez dans un bistrot un soir, il va y avoir des propos affreux qui vont être tenus. Sauf que sur internet, les écrits restent et les paroles s’envolent. Quand une personne tweete, ce tweet reste de manière infinie. »

C’est ce qui est arrivé ces derniers jours. Certains tweets anonymes de harcèlement provenant de cette communauté, sans que l'on sache exactement qui les a écrits, ont été déterrés. 

Dans un long texte posté sur Twitter, l’ex-rédacteur en chef des Inrocks a posté un message d’excuse. S'il admet les canulars téléphoniques, il assure n'avoir jamais participé à aucune opération de harcèlement.

                                                                                                                                                                                                                                 Jérémie Gapin (INA)

Rédaction Ina le 14/02/2019 à 16:54. Dernière mise à jour le 24/10/2019 à 11:15.
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