« Pour nous, les acteurs, il semblait original, pour les autres il semblait un peu dingue »... L'acteur Andreas Voutsinas, qui l'a connu, Edgar Morin, ainsi que le critique de cinéma René Chateau, qui lui a consacré un ouvrage en 1975, évoquent la personnalité d'un jeune acteur à la sensibilité à fleur de peau...

Pour l'acteur et metteur en scène Andreas Voutsinas, qui l'a côtoyé aux cours de l'Actors Studio, James Dean est un homme attachant. Dans une interview donnée en 1973, il se souvient de son originalité, et raconte cette drôle de scène survenue dans un restaurant.

James Dean fait semblant de vomir sa nourriture, pour amuser ses amis et provoquer ses voisines de table, des vieilles dames empreintes de bonnes manières. Un comportement excentrique qui trouve son origine, selon Voutsinas, dans un mal-être relationnel : 

« Ça faisait partie d’une hostilité intérieure. Il semblait dire : - Pourquoi vous me regardez comme ça ?  »

Le critique de cinéma et producteur René Chateau, fan de la première heure de la star américaine, lui consacre un essai en 1975.

Une blessure d'enfance

Il y évoque la fragilité d'un jeune homme blessé par le mort de sa mère, survenue quand il avait huit ans, et par la froide distance que lui témoignait son père. Un manque affectif qui l'a poussé à chercher souvent un rapport maternel avec les femmes qu'il a côtoyées. Sur les plateaux de tournage, il était ainsi bien plus apprécié des femmes que des hommes.

Trop donner, et puis rejeter

Selon René Chateau, la fragilité de James Dean se comprend dans cette difficulté à exprimer et à recevoir l'amour des autres.

« Il voulait absolument qu’on l’aime, il projetait son amour sur les gens, [...] la plupart du temps les gens se rétractaient, ils ne voulaient pas de tout cet amour, ils ne comprenaient pas, que ce soient les hommes, les femmes, ils étaient un peu en retrait, et lui à ce moment là les rejetait, il ne voulait plus les voir ». 

Vivre sa vie à l'écran

Et cette forte sensibilité rejaillit sur l'écran. James Dean est le prototype de l'acteur qui est plus qu'il ne joue à être. Edgar Morin, dans son essai Les stars, paru en 1957, est l'un des premiers à voir en James Dean l'essence naturelle du jeune rebelle qui joue sa propre vie, et qui en plus, « a authentifié les rôles de ses films dans sa propre mort ».

Sa fin tragique a participé au mythe. Le 30 septembre 1955, alors qu'il vient tout juste de terminer le tournage de son troisième film, Giant, il meurt au volant de son bolide de course sur une route de Californie, à l'âge de 24 ans.

Pour René Chateau, « James Dean dans la vie, c’était le gamin perdu - comme disait Marlon Brando à propos de lui - un peu pitoyable, qu’on voit sur l’écran, qui nous touche beaucoup, et James Dean dans la vie c’était ça ».

Secrets de tournage de A l'Est d'Eden...

C'est Elia Kazan qui révèle Dean au cinéma avec A l'Est d'Eden (1955). Chez le jeune acteur, il saisit tout de suite la faille psychologique, la fragilité, dont il a besoin pour incarner le rôle de Cal Trask. Et qu'il utilise, parfois aux dépens de son acteur.

Andreas Voutsinas rapporte une scène du tournage de A l'Est d'Eden. Il s'agit de la scène où Carl, le personnage incarné par Dean, se présente à son père avec l'argent ; c'est l'une des plus célèbres scènes du film. Or, James Dean n'arrive pas à la jouer avec justesse.

Kazan lui passe un savon, et lui dit « tu n’es pas bon, cette scène est très mauvaise, elle sera coupée, alors c’est pas la peine d’essayer de la jouer, parce que de toute façon tu es l’acteur le plus pourri que je connaisse ! [...] allez ça fait rien, continue, allez, on tourne ! ». La mort dans l'âme, James Dean tourne cette scène cruciale du film pensant que de toute façon elle serait coupée au montage, et qu'il ne vaut rien. Résultat ? 

« On sait que cette scène, non seulement n’a pas été coupée, mais que c’est une scène très importante du film ». 

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 08/03/2019 à 14:58. Dernière mise à jour le 14/03/2019 à 20:34.
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