Au petit matin du 19 février 1973, lorsque le gardien du cimetière de Port-Joinville de l'île d'Yeu entame sa ronde matinale, il ne se doute pas encore de ce qu'il va découvrir... A 9h00, l'employé municipal remarque que la pierre tombale du maréchal Pétain est anormalement propre et que les joints ont été fraîchement refaits. Il alerte la gendarmerie toute proche. Quelques heures plus tard en présence du préfet, les gendarmes constatent que le cercueil a été volé ! C'est le début d'une affaire d'état.

Petit retour sur les faits…

Philippe Pétain avait été jugé du 23 juillet au 15 août 1945 pour haute trahison.

D'abord  condamné à mort puis d'indignité nationale, la peine est commuée par le général de Gaulle à la perpétuité en raison de son grand âge. Le maréchal est incarcéré au fort de la Citadelle à l'île D'Yeu. En juin 51, malade, il est transféré dans une petite maison de l'île où il décédera le 23 juillet 1951. Il est inhumé dans le cimetière de la commune le surlendemain. Lui qui avait demandé dans son testament rédigé en 1938 à être enterré à Verdun au milieu de ses hommes, voit sa dernière requête refusée.

Cet exil posthume ne satisfait pas les tenants du héros de Verdun. Dès 1951, au nom de la réconciliation nationale, de nombreux anciens combattants de la Grande Guerre, où le maréchal s'illustra, réclament la translation du corps à l'ossuaire de Verdun.

Une opération rocambolesque

"J'aurais reçu un coup de matraque sur la tête que je n'aurais pas été plus stupéfait"… Le colonel Rémy s'insurge contre ce vol - lui qui est favorable à un transfert officiel du corps - et cite les propos étonnants du général de Gaulle concernant les actions du maréchal Pétain pendant l'occupation.

En 1973, des militants préparent une opération secrète d'extraction du cercueil. Le but de cette périlleuse mission ? Le transférer de l'île d'Yeu à l'ossuaire de Douaumont, à Verdun. Ils y voient une manière d'honorer ses dernières volontést. Mais rien ne va se passer comme prévu...

A la tête de l'opération, l'avocat et homme politique, Jean-Louis Tixier-Vignancour. Quelques mois avant l'aventure, cet ancien de l'OAS s'était rendu sur l'île en repérage. De retour à Paris, il monte l'opération avec Hubert Massol, qui organise une équipe de 5 personnes, dont un artisan funéraire. Tixier-Vignancour est te le commanditaire sans participer à l'extraction.

La date choisie n'est pas anodine. La nuit du 18-19 février tombe en pleine campagne législative et deux jours avant l'anniversaire de la bataille de Verdun dont le maréchal Pétain fut le héros.

Le 16 février, une complice se rend sur l’île avec une estafette Renault qu'elle abandonne sur place.

Les 5 autres membres du commando arrivent par le ferry. Dans la nuit du 18 au 19, ils se rendent dans le cimetière, déterrent le cercueil et le placent dans l'estafette. Ils referment le tombeau avec soin et repartent par le ferry de 4 heures du matin.

Sans se douter que leur forfait va être rapidement découvert, le commando prend la route vers Verdun. A l'heure du déjeuner, ils apprennent que le vol a été repéré. On en parle partout à la radio et à la télé.

Déstabilisés, ils décident de revenir vers Paris. Massol ne parvient pas à contacter Tixier-Vignancour placé sous surveillance policière. Il décide de cacher le cercueil dans un discret box de l'avenue Gabriel Péri à St Ouen.

Le 21 février, l'avocat et leader de l'Alliance Républicaine nie avoir eu vent du complot et ajoute concernant Hubert Massol, "rien n'aurait pu me faire penser qu'il aurait pris cette initiative".

L'affaire fait la Une dans la presse et les medias. Verdun est bouclé, on surveille les endroits clés.

La police remonte rapidement à la camionnette, la complice et l'artisan funéraire.

En concertation avec Tixier-Vignancour, Massol organise une conférence de presse dans un café. Il déclare qu'il dévoilera où est le cercueil à la seule condition que le président Georges Pompidou annonce officiellement le transfert du cercueil aux Invalides, avant un transfert à l'ossuaire de Douaumont à Verdun. Extrait de cette conférence de presse (audio). 

Arrêté, il va finir par avouer où est le cercueil.

Retour dans le petit cimetière...

Georges Pompidou ne cède pas et le cercueil est renvoyé par hélicoptère à l'île D'Yeu pour y être ré-inhumer.

Réactions d'anciens combattants à Douaumont qui regrettent que le cercueil ne soit pas transféré à Verdun.

Cérémonie de ré-inhumation. Images du transfert en hélicoptère, de la bénédiction et de l'enterrement. Une gerbe au nom du président de la République est également déposée.

Personne à la tête de l'Etat ne souhaitant que le sujet ne devienne une affaire dEtat, après avoir été brièvement incarcérés, tous les protagonistes de l'affaire sont libérés. Pas de procès, ni de condamnation… Le corps du maréchal Pétain repose toujours dans le petit cimetière marin.

Rédaction Ina le 16/02/2018 à 10:44. Dernière mise à jour le 16/02/2018 à 11:04.
Histoire et conflits