En déplacement dans l'Aisne et la Somme, Emmanuel Macron devait rencontrer des élèves de la primaire au lycée pour évoquer l'importance de la lecture. Donner le goût de la lecture aux enfants, ce n'est peut-être pas si compliqué. Et s'il suffisait de leur offrir un large choix d'ouvrages. Dans les années 70, ces collégiens avaient des goûts bien précis.

En déplacement en Picardie, Emmanuel Macron a déclaré la lecture "grande cause nationale". Au cours de de déplacement dans la Somme et l'Aisne, il devait aussi célébrer le 400e anniversaire de Jean de la Fontaine, l’un des auteurs les plus étudiés en France. C'est aussi pour le chef de l'Etat l'occasion de lancer une année d'initiatives destinées à favoriser l’apprentissage et la pratique de la lecture.

La lecture a toujours été au centre des préoccupations des adultes et des parents en particulier, notamment en matière d'acquisitions de connaissances. Mais quelle relation entretenaient les enfants aux livres au début des années 1970 ? Lisaient-ils plus qu'aujourd'hui ? Aimaient-ils lire? Que lisaient-ils ? Autant de questions que leur avait posé Patrice Laffont le 29 juin 1972, au collège de La Varenne, pour l'émission "Aujourd'hui madame". Et comme on le constate, lire n'était pas une évidence. Mais pour ceux qui se lançaient dans la lecture, l'aventure était au rendez-vous.

-      "Est-ce qu'il t'arrive de lire des vrais livres ?"

-      "Non !"

-     " Pourquoi ?"

-      "Parce que ça ne me plait pas et je ne les finis jamais, alors ça ne sert à rien !"

De l'aventure avant toute chose

Ainsi commence ce reportage. Le journaliste va vite découvrir que les enfants ont déjà des idées bien arrêtées sur la lecture. Comme les enfants d'aujourd'hui, fans de BD et de mangas, ils adoraient aussi se plonger dans les bulles des "illustrés" comme on les appelait à l'époque : "Pif, Babar, Mickey…" pour celui-ci, "Bob Morane, Astérix, Tintin ou Lucky Luke…" pour celui-là. Force est de constater que l'influence des parents n'a que peu de poids dans leurs choix : "Tes parents ne te demandent pas de lire autre chose ?", "Si ! Ben, je ne le fais pas !

Lorsque leur progéniture choisit un livre, il est d'abord question d'évasion. Ce sont souvent des ouvrages d'aventure, comme cette fillette qui avait acheté "tous les Frison-Roche", un alpiniste ! Sans surprise, la comtesse de Ségur avait toujours la côte, Alphonse Daudet ou Jack London étaient aussi plébiscités par les petits lecteurs. Ceux qui avaient accès à une bibliothèque familiale avaient des choix éclectiques : beaucoup de livres d'aventure, d'animaux, d'imaginaire. Les adaptations cinématographiques de romans donnaient souvent envie aux enfants de découvrir l'œuvre originale, telle cette fillette fan de "films de cape et d'épée" qui s'est lancée dans la lecture du Capitaine Fracasse de Théophile Gauthier : "Les films, ils trichent un peu, tandis que dans les livres tout est expliqué...". Le goût du mystère poussait certains vers Jules Verne. Enyd Blyton, auteure du "Club des cinq", était très en vogue chez les collégiens qui s'identifiaient facilement aux héros de leur âge.

"J'ai trouvé ça barbant…"

Du côté des professeurs, il était question de transmission intelligente : "J'avoue que si un livre ne me plait pas, je l'abandonne très vite et j'ai conseillé à mes élèves de ne pas poursuivre une lecture qui leur parait ennuyeuse. Je crois qu'il faut éviter tout ce qui peut les rebuter." Les enfants de 1972 lisaient principalement pendant les vacances ou le soir. A l'époque, comme aujourd'hui, les parents leur mettaient la pression, estimant qu'ils "ne [lisaient] pas assez ou mal". Si aujourd'hui, les livres jeunesse disposent d'un large catalogue et ont rencontrés le succès, au début des années 70, l'offre de littérature enfantine était quasi inexistante. C'est ce que regrettait d'ailleurs cet autre professeur : "C'est une grosse carence. La littérature enfantine, ce sont souvent des livres d'adultes coupés, censurés et je trouve ça très mauvais." Il prenait l'exemple de Moby Dick, un très grand livre qu'on a fait passer pour un livre pour enfants : "Comme ils lisent des versions pour enfants, ils n'ouvriront plus jamais ces livres de leur vie, c'est dommage", déplorait-il.

A l'école, les séances hebdomadaires de lectures expliquées permettaient aux professeurs de proposer de nouvelles pistes de lectures "plus attrayantes" aux élèves. En l'occurrence, cette fois-là, il s'agissait de la trilogie de Pagnol. Mais les élèves ne semblaient pas tous sensibles à la prose de l'écrivain marseillais : "J'ai trouvé ça barbant… L'histoire ne m'a pas plu, c'est enfantin !". "Le château de ma mère" dont le narrateur est un enfant de leur âge les séduisait d'avantage. Les élèves se disaient ouverts aux conseils de lecture...

Plan bibliothèques

Mais c'est quoi la recette du succès ? Du suspens, avec des personnages de leur âge car "les grandes personnes ne m'intéressent pas… on ne comprend pas toujours ce qu'ils font", "j'aime bien les histoires tristes aussi". Au terme du reportage, filles et garçons étaient d'accord pour dire que lire "les garçons comme les filles, ça les instruit". Et cette fillette de conclure : "On n'est jamais assez instruits !". 

Aujourd'hui, la littérature jeunesse est un secteur qui se porte plutôt bien en France grâce à une offre très variée, notamment les sagas pré-adolescentes... En 2019, un livre sur cinq vendu en France était un livre jeunesse. Les pré-ados alimentant même les ventes. Mais encore faut-il avoir accès au livre. En Picardie, Emmanuel Macron devait annoncer 40 millions d’euros pour le "plan bibliothèques" en 2021-2022 et permettre ainsi à une centaine de bibliothèques d’étendre leurs horaires d’ouverture.

Florence Dartois

Pour aller plus loin : 

La littérature jeunesse de Bécassine à Hunger Game. (Article)

Le livre de poche et le mépris. Un étudiant en médecine affirme la nécessité d'une aristocratie des lecteurs, déplorant que le Livre de Poche offre "un droit de mépris". (1964)

Quand le fantastique booste la littérature. (Article)

Le château de ma mère joué par des enfants en 1978. (Article)

Rédaction Ina le 17/06/2021 à 15:14. Dernière mise à jour le 17/06/2021 à 15:54.
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