Le navire chargé d’effectuer les premiers forages du champ éolien en baie de Saint-Brieuc a perdu une centaine de litres d’huile en mer. Un nouveau coup dur pour un projet instauré en 2013 et qui cumule les retards.

Lundi 14 juin, à 6 h 30 du matin, le navire Aeolus, affrété par Iberdrola pour effectuer les forages des 62 éoliennes du parc éolien offshore de la baie de Saint-Brieuc, a déclaré aux autorités maritimes une fuite de 100 litres d’huile. Une nappe s'est constituée aux abords du chantier. La traînée d'hydrocarbures a été observée par le satellite Cleanseanet, avant d'être confirmée sur zone par l’avion des douanes. "Face à cette pollution d’ampleur significative, la préfecture maritime de l’Atlantique a rapidement transmis les éléments observés au procureur de la République de Brest, à présent en charge du dossier", indique la préfecture dans un communiqué.

C'est un nouveau coup dur pour ce chantier qui peine à voir le jour depuis les premières réunions publiques en 2013. A l'époque, la méfiance était déjà de mise du côté des associations et de certains habitants. Cinq ans plus tard, le projet était toujours entravé. Ce reportage du 7 mars 2018, diffusé dans le 19-20 Bretagne, revient sur les nombreux obstacles venus ralentir le lancement de la construction du futur parc éolien de la baie de Saint-Brieuc. Un plan d'envergure qui prévoyait l'implantation de 62 éoliennes à 15 km des côtes et qui avait tout pour séduire sur le papier. C'était la première fois en France que de telles éoliennes marines de 5000 tonnes et 60 mètres de haut devaient être installées en mer. A terme, ces ailes océaniques devraient être capables de produire 2 mégawatts d'électricité chacune.

"La France a fait un flop au niveau de l'industrie éolienne"

Le sujet nous montre le baptême du prototype inauguré quelques semaines plus tôt à St-Nazaire mais qui n'a pas été installé sur site, et pour cause, en France, l'éolien en mer n'est qu'une chimère. Les premiers projets ont pourtant été lancés en 2012. Des investissement à hauteur de six milliards d'euros, soutenus en partie par l'Etat qui rêvait de faire de la France la championne mondiale de l'éolien.

A l'image d'Eric Besson, ministre de l'Industrie, qui déclarait alors sa volonté de faire de la France "un leader mondial en terme d'industrie éoliennes offshore". Oui mais voilà, sept ans plus tard, aucun kilowatt n'a été produit sur les 20 000 km de côtes françaises. La filière éolienne française est en crise et ses deux leaders, Alstom et Areva, ont été en partie rachetés par les Etats-Unis pour le premier, et par un conglomérat germano-espagnol pour le second. Les deux entreprises ont dû céder leur filière de l'éolien. A tel point qu'en 2016, Hervé Morin, le président de la région Normandie, déplore que "la France a fait un flop au niveau de l'industrie éolienne".

Un contexte industriel et financier compliqué et un contexte local agité comme le montre le reportage en tête d'article. D'abord du côté des habitants, qui craignent que le parc éolien ne gâche la vue, tel ce monsieur interrogé sur le port : "En pleine mer ce serait mieux, ici tout va être visible !", ou cette dame qui souhaite qu'on les installe ailleurs…

Il y a aussi les pêcheurs, inquiets de l'installation des mats sur leur zone de pêche. La pêche emploie près d'un millier de personnes sur le secteur. Pour eux c'est un "non" catégorique. C'est le cas de Julien Tréhorel, interrogé sur son bateau. Lui pêche les bulots et les crustacés sur le futur site. Il a déjà constaté des pertes lors de l'installation des socles des éoliennes : "Nos casiers étaient juste à côté de ces bateaux-là et déjà les homards ont disparus de nos casiers dans la journée même ! Aujourd'hui je défends mon métier. Je défends la faune et la flore qui me font vivre !". En préalable au démarrage du projet, le comité des pêches a demandé des études d'impact sur le bruit et les vibrations causées par les travaux. Grégory Le Dougmaguet du Comité départemental des pêches maritimes et élevages marins 22, souligne l'importance de ces études préalables, "sinon, le message il était clair : il n'y aurait pas de construction et puis c'est tout !"

Même ton du côté des associations. D'ailleurs pour chaque projet de ce type, des organisations se mobilisent, organisent des manifestations et déposent des recours. Les militants écologistes dénoncent avant tout le coût de l'électricité éolienne et le manque de fiabilité des installations. Un argument résumé en une phrase par Jean-Louis Butré de la Fédération Environnement durable électricité chère et non fiable : "Pas de vent, pas d'électricité !"

Une lourdeur administrative préjudiciable

Et c'est l'un des points d'achoppement du retard pris par la France par rapport à des pays comme le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Danemark ou même la Chine, qui possèdent des milliers d'éoliennes qui produisent plusieurs gigawatts d'électricité grâce au vent. Dans ces pays, une seule autorisation est nécessaire pour lancer le projet alors qu'en France ce sont deux ou trois, et toutes attaquables en justice. Un projet prendra donc en moyenne entre cinq et sept ans pour aboutir "et comme les technologies avancent vite, les parcs français sont dépassés avant même de voir le jour", relève le commentaire. Pour accélérer le développement de l'éolien, Emmanuel Rollin, le directeur d'Ailes marines, le constructeur du parc de Saint-Brieuc, réclame un cadre administratif plus souple : "On a parfois l'impression de faire face à une machine à ne pas faire. C'est extrêmement complexe…. Il ne faut pas laisser les autres pays prendre un avantage qui soit irrattrapable ensuite pour la France." A l'époque, le gouvernement promettait une simplification des démarches et espérait obtenir trois gigawatts en mer en 2023, soit l'équivalent d'une centrale nucléaire.

Après la fuite d'huile sur la zone du chantier au large de saint-Brieuc, le bâtiment de soutien et d’assistance (BSAA) Sapeur et son matériel de lutte antipollution est arrivé sur zone mardi 15 juin au matin. Selon les déclarations d’Ailes Marines à la préfecture maritime de Brest, "l’Aeolus devait quitter la baie de Saint-Brieuc également dans la matinée du mardi 15 juin et rejoindre un port hollandais pour y conduire des vérifications sur les équipements de forage."

Florence Dartois

Pour aller plus loin : 

Actualités Françaises : Érection d'une éolienne génératrice d'électricité près d'Alger. (4 septembre 1957)

Grain de sel : c'est quoi l'énergie éolienne ? Le Service de la Recherche de l'ORTF propose à des enfants de réagir aux thèmes de la vie et de la nature (le vent, le froid, le feu...). En plateau, explication du fonctionnement de l'énergie éolienne. Images de différentes petites éoliennes construites sur une plage. (9 janvier 1974)

Thalassa : les pêcheurs hostiles aux éoliennes de mer au large de Dunkerque. Energies renouvelables : le Danemark a investi dans les éoliennes, qui ont été intégré également le paysage marin. A la pointe sud du Danemark, étude de l'impact des éoliennes sur l'environnement et notamment sur les poissons et les oiseaux. (12 novembre 1999)

20h00 de France 2 : Energie éolienne : le gouvernement vient d'autoriser le lancement du premier parc français d'éoliennes en mer. Il sera construit au large de la Seine maritime, à 7 km des côtes de Veulettes-sur-Mer. (15 septembre 2005)

Rédaction Ina le 15/06/2021 à 16:00. Dernière mise à jour le 15/06/2021 à 17:11.
Economie et société