Lorsque Fritz Lang, réalisateur né à Vienne en 1890, s’attelle à la réalisation de Metropolis, il est déjà un cinéaste réputé, travailleur infatigable au fort caractère, établi à Berlin depuis la fin de la Première guerre mondiale. Marié depuis 1922 à l’actrice, romancière et scénariste Thea Von Harbou, qui écrira tous les scénarios de ses films jusqu’à son départ d’Allemagne en 1933, il a déjà réalisé des films ambitieux, comme Docteur Mabuse le joueur (1922) et Les Nibelungen (1924). Fritz Lang devient l’un des grands noms d’un cinéma allemand qui rayonne alors en Europe. Berlin, capitale de la nouvelle République de Weimar, foisonne d’une vie artistique marquée par les avant-gardes et le théâtre de Bertolt Brecht. Des films importants, réalisés avec de grands moyens financiers et techniques, sont alors réalisés. La Ufa (Universum Film AG), société de production majeure de ces années, produit Metropolis.

Tournage et synopsis d'un film mythique...

Le tournage dure presque une année et mobilise 36 000 figurants dont beaucoup seront traités sans ménagement par un réalisateur souvent décrié pour son manque d’empathie avec les acteurs. Des conditions de tournage difficiles, mobilisant une technique impressionnante, accouchent d’un film que Fritz Lang dira avoir aimé tourner, mais pour lequel il regrettera un scénario faible et mal structuré. Le film raconte l’histoire d’une ville, Metropolis, où quelques nantis, riches oisifs vivant dans les hauteurs luxueuses de gigantesques gratte-ciels, ignorent tout de la ville basse qui les fait vivre, où grouillent des millions d’ouvriers, esclaves de la machine et déshumanisés. Lorsque Freder, le fils du maître de Metropolis, s’éprend de la belle Maria, pauvre ouvrière des bas-fonds, il réalise la dure réalité sociale sur laquelle son milieu prospère. Echouant à convaincre son père, il s’enfonce dans la ville basse, où la révolte gronde. Mais alors que tout le film repose sur cette lutte pour la survie d’une population méprisée par les plus puissants, la fin postule la possibilité d’une entente entre les deux classes, grâce à la présence d’un médiateur (l'amour entre Freder et Maria) qui les unira : « le cœur pourra réaliser la jonction entre la tête et les bras », entre les riches nantis et les ouvriers robotisés…

Commentaire du film et interview de Fritz Lang

Ainsi, le réalisateur déplore un scénario dont il rejette la morale trop facile et irréaliste. Une morale qui d'ailleurs est perçue différemment en fonction des sensibilités politiques de chacun. Ainsi, comme le raconte Noël Simsolo dans l'interview qui suit, le jeune réalisateur bulgare Slatan Dudow, collaborateur pendant le tournage, quitte le projet car ses convictions marxistes ne pouvaient accepter la morale que proposait la fin du film. Mais Fritz Lang reconnaît d'un autre côté sa fascination pour les prouesses techniques et visuelles d’un film considéré comme un précurseur de la science-fiction. En tant « qu’explorateurs », Fritz Lang et ses collaborateurs ont expérimenté et créé sans le savoir un genre et imaginé le futur. Ainsi du visiophone, qu’une scène du film représente comme une communication téléphonique et télévisée.

 

Un relatif échec commercial et critique

Dans une interview donnée en 1984, Noël Simsolo revenait dans les « mardis du cinéma » sur la réception du film. Le film est en effet un échec commercial, boudé par les critiques qui y voient un déséquilibre entre l’élément narratif et l’élément visuel. Le cinéaste Louis Bunuel écrivait par exemple à l’époque : « Metropolis n'est pas un film unique. Metropolis, ce sont deux films collés par le ventre, mais avec des nécessités spirituelles divergentes, d'un extrême antagonisme. Ceux qui considèrent le cinéma comme un discret conteur d'histoires éprouveront avec Metropolis une profonde déception. Ce qui nous est raconté est trivial, ampoulé, pédant, d'un romantisme suranné. Mais, si à l'anecdote nous préférons le fond “plastico-photogénique” du film, alors Metropolis comblera tous les vœux, nous émerveillera comme le plus merveilleux livre d'images qui se puisse composer ».

En 1984, Noël Simsolo revenait sur la réception critique du film

 

Mais le film finit par acquérir un statut d'icône du septième art, par sa beauté visuelle et la puissance évocatrice de son univers social et machiniste. Dans une interview donnée en 1965, Fritz Lang se réjouissait du succès des projections de Metropolis à la Cinémathèque française, et de ses films en général. Pour Jean-François Balmer, Metropolis est un film admirable, qui résume toutes les capacités visuelles du cinématographe.

Dans "Ephémérides", en 2001, Jean-François Balmer s'enthousiasmait pour Metropolis

1933 : Quand Fritz Lang était convoqué par Joseph Goebbels...

Le relatif échec commercial de Metropolis fragilise financièrement la Ufa mais Fritz Lang continue à tourner avec succès. En 1933, après la victoire des Nazis aux élections de novembre 1932, Fritz Lang est convoqué par le nouveau ministre de l’Intérieur, Joseph Goebbels, qui lui dit l’admiration des Nazis pour ses films et lui propose de devenir le réalisateur du régime. Dans cette interview passionnante, il raconte ce moment clé de sa vie qui précipite sa décision de quitter l’Allemagne…

Fritz Lang raconte sa rencontre avec Joseph Goebbels en 1933 et son exil de l'Allemagne nazie

Un film plusieurs fois revisité en musique

Metropolis a été plusieurs fois mis en musique par des artistes aux styles musicaux divers. Ainsi, en 1984, l'Italien Giorgio Moroder restaure et produit une version de 80 minutes.

Interviewé sur le film, le musicien évoque son goût pour cette oeuvre toujours contemporaine

 

La version moderniste de Giorgio Moroder n'est pas du goût de tous les passionnés de Fritz Lang. Ainsi, le critique Noël Simsolo avouait à demi-mots son incompréhension devant cette musique mais reconnaissait l'intérêt d'une version qui contenait de nouveaux plans jamais vus auparavant. 

Noël Simsolo : l'intérêt de la version de Giorgio Moroder et le génie du cinéma de Fritz Lang

En 2004, le groupe français Art Zoyd proposait une interprétation musicale forte de l'oeuvre de Metropolis.

Extrait du ciné-concert d'Art Zoyd et interviews des membres du groupe

Rédaction Ina le 18/10/2011 à 10:40. Dernière mise à jour le 10/01/2017 à 09:05.
Cinéma