En 1999, Matrix révolutionnait le cinéma de science-fiction avec ses effets spéciaux spectaculaires. En 2001, l'émission Comme au cinéma rencontrait Emmanuel Carlier, l'inventeur de l'effet "Bullet Time", utilisé pour la première fois dans un long métrage.

Les effets spéciaux du film Matrix sont l'un des ingrédients du succès du film. Parmi les trouvailles technologiques utilisées par les frères Wachowski  - qui depuis sont devenues des sœurs – il y a l'effet "Bullet Time" qui permet de saisir sous tous ses angles et en une fraction de seconde un personnage réel suspendu en pleine action dans l'espace. Ce procédé crée un mouvement spectaculaire à partir d'une image arrêtée comme lorsque Neo esquive les balles tirées par son adversaire en se déplaçant plus vite que les projectiles. Ce n'est pas une caméra qui peut créer cet effet mais un dispositif impressionnant d'appareils photo. C'est dans l'esprit d'un Français qu'est né ce procédé.

En 2001, dans l'émission Comme au cinéma, ce reportage de Carine Roy nous dévoile les secrets de Matrix avec les interviews de John Gaeta, directeur des effets spéciaux sur le film et Emmanuel Carlier, son concepteur.

John Gaeta explique que ce procédé a été conçu spécialement pour Matrix. "Je pense que les réalisateurs ont su observer et utiliser les possibilités technologiques au mieux pour le film. Dans cette séquence il y a 120 appareils photo et deux caméras."

"Pour que ça marche, ce n'est pas religieux mais c'est un moment très spécial."

Emmanuel Carlier, photographe plasticien, le créateur du "Bullet Time", a inventé cette technique au début des années 90. Il explique son fonctionnement : "à l'origine, ça consiste dans un cercle d'appareils photo, installés à une distance équivalente, qui reconstituent un travelling circulaire autour d'une action. On installe ce système d'appareils photo autour du sujet, tous synchronisés entre eux. On déclenche au bon moment le système donc tous les appareils photo attrapent ce même instant. On récupère les images, on va les assembler entre elles et les enchaîner à la même vitesse que le cinéma ou la vidéo, à 24-25 images/seconde et en reliant toutes ces images, on recrée un mouvement artificiel qui est le mouvement du cinéma. Mais l'action qu'on a photographié n'évolue pas dans le temps."

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Le réalisateur ne peut faire qu'une seule prise à la fois. il ne faut pas rater l'instant visé : "C'est un truc de feeling pour attraper le bon moment. On ne peut pas régler ça avec des capteurs parce que ça ne marche jamais. Il y a une tension en fait. Pour que ça marche, ce n'est pas religieux mais c'est un moment très spécial. C'est une espèce d'arrachement. Moi j'ai l'impression d'avoir les yeux qui me sortent de la tête au moment où j'appuie sur le bouton et l'écraser, de tout détruire."

Avec cet effet bluffant, Matrix a révolutionné le cinéma de science-fiction. Le procédé n’apparaît que quatre ou cinq fois dans le film mais il a demandé d'énormes moyens de réalisation, ce que confirme Emmanuel Carlier : "Il y a une espèce de surenchère sur cet effet, c'est-à-dire qui va le faire de manière le plus fluide possible, avec le moins de variations de lumière entre les appareils… Une caméra, c'est une optique qui tourne. Là, c'est 200 optiques... ce qui coûte très cher, c'est la post production. Il faut utiliser des machines qui sont complexes. Ça prend du temps."

Emmanuel Carlier complexifie encore le système en l'utilisant en décors naturels et l'effet est toujours plus spectaculaire. Cet effet est rentré dans l'histoire du cinéma et son inventeur reconnait que : "Ça surprend toujours les gens parce qu'ils voient quelque chose dont ils savent profondément que c'est réel. Ils savent que ce moment arrêté, il existe. Et tout d'un coup, ils peuvent tourner autour de ça. Donc ils sont un peu voyeurs d'un moment d'éternité. Moi, la première fois que je l'ai fait, j'ai trouvé quelque chose d'effrayant, un petit peu. Parce que ça fait peur de voir un personnage arrêté comme ça."

Pour aller plus loin : Matrix, un casse-tête pour les journalistes …

Le film des frères Wachowski sort en France le 23 juin 1999. Aux USA, il a déjà fait un carton puisqu'il a rapporté 200 millions de dollars en sept semaines.

Ce jour-là, France 2 et France 3 diffusent chacune un sujet sur le film dans leurs éditions de 12h00 et de 20h00, avec interviews des deux des acteurs principaux, Keanu Reeves (Neo) et Carrie-Ann Moss (Trinity). Mais comme vous allez le voir, résumer Matrix et en extraire sa "substantifique moelle" n'était pas si simple que cela, même pour des journalistes culturels aguerris. C'est même une gageure semble-t-il pour Michel Vial, visiblement passé à côté du message véhiculé par le film.

Le journaliste a surtout vu "un film violent", aux effets spéciaux impressionnants mais qui ne masqueront pas le manque de teneur… il demande cependant à Keanu Reeves, qui incarne Neo, son opinion sur la portée de la science-fiction. Pour l'acteur, la science-fiction "c'est une façon de se projeter dans ses ambitions, ses espoirs et dans ses peurs de l'avenir. Tout cela en termes de comportement, de technologie, de science et même de politique."

Les acteurs donnent ensuite leur vision de la "Matrice", élément central du film. Carrie-Ann Moss (Trinity) estime que "la Matrice ça peut être n'importe quoi. Tout ce qui peut nous contrôler et c'est vrai que les médias contrôlent aujourd'hui notre société."  Mais Keanu Reeves la modère : "ils ne nous contrôlent pas, il faut faire attention. Ils ne nous contrôlent que si on le veut bien."

Pour le 20h00, Nicole Cornuz- Langlois  a visiblement mieux intégré la portée quasi spirituelle du film, en insistant dès le départ sur la puissance de la phrase répétée par Morpheus à Neo : "Libère ton esprit Neo…" Elle perçoit l'enjeu métaphysique qui se joue entre la perception de la réalité et la vérité dissimulée dans la Matrice. Ses questions vont dans ce sens. Keanu Reeves explique que lorsque Lawrence Fishborne lui dit "vas-y frappe-moi…" et qu'il le fait, il est bien question de se surpasser.

Quant à Carrie-Ann Moss, elle confirme une intuition de son interlocutrice sur la relation entre son personnage "Trinity" et la sainte trinité : "Je pense que rien n'est dû au hasard dans ce film. Il y a beaucoup de métaphores, d'idées religieuses et finalement tout est là."

Keanu Reeves ajoute : "Je crois que quand les réalisateurs ont écrit le film, ils ont pris la mythologie et tous ses archétypes classiques et ils les ont réinventé avec un sens moderne." Nicole Cornuz Langlois conclue sur sur le fait que les effets visuels ne sont pas là uniquement pour le spectacle mais qu'ils deviennent alors "un ressort dramatique et que dans les combats chorégraphiés à la manière de Hong Kong, le héros reste guidé par la foi…

Florence Dartois

Rédaction Ina le 19/06/2019 à 17:59. Dernière mise à jour le 19/06/2019 à 18:16.
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