Le 8 mai 1994, à 17h55 sur France 3, les téléspectateurs découvraient un nouveau magazine hebdomadaire de Jacques Chancel, consacré à l'actualité du paysage audiovisuel français et international. Retour sur quelques temps forts de l'émission qui dura quatre ans.

Un magazine qui scrute la télé, la radio et les médias en général, c'est le pari lancé par Jacques Chancel ce dimanche 8 mai 1994, lorsqu'il présente pour la première fois son magazine Lignes de mire en fin d'après-midi. L'animateur est un habitué des entretiens intimistes avec des personnalités médiatiques, exercice qu'il pratique quotidiennement sur les ondes de France Inter depuis 1968. Ce côté "confidences", on le retrouve dans le dispositif de l'émission puisqu'il reçoit ses invités en tête-à-tête, autour d'une table basse, pour évoquer leur actualité et celle des médias. Mais télé oblige, le magazine est illustré d'extraits d'émissions et de reportages courts portant entre autres sur les coulisses de la télévision, les nouvelles émissions ou celles qui se terminent. L'émission durera quatre ans, le dernier numéro sera diffusé le 21 juin 1998.

Ce magazine s'intéresse aux coulisses des émissions et scrute les motivations des hommes, leur vision du métier et de son avenir. Ses invités occupent le devant de la scène ou débutent leur carrière. Ils sont concepteurs, producteurs ou animateurs, directeurs, parfois même, des précurseurs de la télé.On y parle souvent des secrets de fabrication, comme ici en 1994, avec l'animateur Arthur qui évoque ses recherches à l'Ina pour la préparation de l'émission Les enfants de la télé.

Rien n'échappe au radar de Lignes de mire. Analyser un programme culte ou dénicher le prochain succès d'audience... c'est le but du magazine et c'est la clé de son succès. Ainsi, le divertissement, sur les chaînes publiques ou privées, n'échappe pas à l'analyse experte de Lignes de mire. En 1994, le magazine fait un focus sur le nouveau jeu musical de France 3 Fa Si La chanter, inspiré d'un programme américain qui cartonne et qui est présenté par Pascal Brunner.

Tous les types de programmes sont passés au crible. Le JT, pierre angulaire de la télé est décortiqué à plusieurs reprises, notamment dans cette interview de Bruno Masure qui présentait le JT de 20h00 en 1997. A l'époque, il était en tête de la tranche. S'il assumait un certain nombre de choix, il revendiquait le travail d'équipe.

Le magazine présente volontiers des premiers pas d'une chaîne, à l'image de ce reportage réalisé à la naissance de la cinquième chaîne présidée par Jean-Marie Cavada.

Mais il témoigne aussi du succès d'une autre, ici les dix ans de M6.

La radio n'est pas oubliée bien-sûr, en 1996, un reportage de Fabrice Drouelle dévoile les coulisses de l'émission nocturne Allo Macha de France Inter animée par Macha Béranger. Et l'on apprend que l'animatrice ne fait jamais une émission sans sa lampe fétiche…

Autre émission radio, autre ambiance… Les grosses têtes de Philippe Bouvard, qui passe également sur TF1 à l'époque. Le présentateur évoque sa manière de travailler puis ses "pensionnaires" dressent le portrait du "tôlier". Philippe Bouvard précise qu'il n'est pas "foncièrement méchant" et ne l'a été que lorsqu'on le payait pour l'être et plus surprenant, qu'il ne regarde jamais la télé !

La presse écrite est traitée elle aussi. En avril 1997, Jean-François Kahn vient défendre son nouvel hebdomadaire Marianne, nécessaire selon lui pour contredire le discours médiatique unique ambiant "faisant entendre d'autres paroles sur une autre musique".

Le magazine traite également des sujets de fond et saisit toutes les occasions de réfléchir à l'évolution des médias. En 1998, Pierre Tchernia explique que "tout est encore à inventer…" à la télé.

L'histoire de la télé n'est pas oubliée et un anniversaire est l'occasion de réfléchir au pouvoir – ou pas – des médias. En 1994, pour les vingt ans de l'éclatement de l'ORTF, Marcel Jullian, ex-PDG d'Antenne 2 évoque les pouvoirs de l'Etat et de l'argent sur la télévision.

Les médias étrangers n'échappent pas non plus à la moulinette du programme hebdomadaire. En 1995, Jacques Chancel reçoit un invité inattendu, le réalisateur Woody Allen qui porte à cette occasion un jugement sans concession sur la télévision américaine qu'il trouve très mauvaise, "véritablement médiocre". Il explique que ce n'est pas le média en lui-même qui lui pose problème mais l'utilisation qui en est faite, "c'est une honte". Il préfère donc se réfugier dans les programmes sportifs dont il est grand amateur et les infos, le reste ne l'intéressant pas.

Après quatre années de décryptage médiatique, le 21 juin 1998, Jacques Chancel présente sa dernière émission : "il faut savoir se prêter à d'autres expériences... ce qui est beau dans le métier que nous faisons c'est le changement". Xavier Gouyou-Beauchamps, président de France Télévision, présent sur le plateau, ajoute : "le métier de président, c'est la conduite du changement". Jacques Chancel conclut : "A très vite, à tout de suite sur l'antenne".

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Florence Dartois 

Rédaction Ina le 03/05/2019 à 17:09. Dernière mise à jour le 03/05/2019 à 17:38.
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