En construisant Notre-Dame, les bâtisseurs de la cathédrale étaient loin d'imaginer qu'elle deviendrait au fil des siècles le refuge de nombreuses espèces animales, notamment des oiseaux. Toute une faune mise à mal lors de l'incendie d'avril 2019 et qu'Allain Bougrain-Dubourg décrivait à la fin des années 70.

Moineaux, passereaux et même faucons crécerelles, les hautes tours de la cathédrale parisienne constituait depuis des années la plus haute volière de Paris mais l'incendie a bouleversé ce fragile écosystème. Partons à la rencontre des locataires à plumes de Notre-Dame de Paris tels qu'ils étaient en 1976. Cette année-là, pour le magazine animalier "Les animaux du monde", Allain Bougrain-Dubourg proposait un reportage sur les habitants à plumes de Notre-Dame de Paris. Le monument religieux est alors le lieu de vie de toute une hiérarchie d'oiseaux parfois surprenants.

Les plus petits volatiles (les moineaux) ont choisi le bas du bâtiment pour édifier leurs nids "coincés entre les parois et les statues", où comme le remarque malicieusement Allain Bougrain-Dubourg, "ils s'adonnent sans pudeur aux plaisirs de l'amour…"

Un peu plus haut se trouvent les pigeons. Ils ont investi les trous des échafaudages pour y élire domicile. "Certains d'entre eux se sont installés derrière les rois de France, dans la galerie située derrière les statues. D'autres moins respectueux n'ont pas hésité à occuper les couronnes royales."

Plus haut encore, les corniches servent de perchoirs aux corvidés. Parmi eux, des choucas qui mènent une guerre sans merci aux pigeons pour leur dérober leurs œufs. 

"Enfin, au sommet de la pyramide trône le faucon crécerelle. L'existence des quelques crécerelles de Notre-Dame constituent donc un symbole qui doit nous rappeler que les faucons méritent toute notre attention." Allain Bougrain-Dubourg décrit ensuite leur vol bien particulier et leur pratique du "Saint Esprit", qui consiste à rester suspendu immobile dans les airs en battant des ailes. Ces faucons ont toujours vécu sur les principaux bâtiments parisiens, se nourrissant essentiellement de petits rongeurs mulots, campagnols, souris). Des images nous les montrent à l'heure du déjeuner… En 2015, la plupart des oiseaux ont pu échapper à l'incendie, notamment l'unique couple de faucons crécerelles, toujours fidèle locataire de la cathédrale.

Que sont devenus les faucons crécerelles de Notre-Dame après l'incendie du 15 avril 2019 ?

Où sont passés les faucons ? Pour le savoir nous avons contacté, Emmanuel du Chérimont, le coordinateur du Groupe Faucons à la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)

Les oiseaux logeaient sur la façade-est du transept et la femelle s'apprêtait à pondre ses œufs. Ils ont fui leur nichoir à temps. L'expert raconte que deux jours après la catastrophe, les deux falconidés ont eu des velléités de retour dans leur logis de prédilection : "On a aperçu le mâle deux jours plus tard". Mais la forte activité humaine a perturbé les deux volatiles, sans parler d'autre intrus inhabituels comme le raconte le coordinateur de la LPO : "Les vols des drones utilisés pour les relevés télémétriques ont fait fuir les oiseaux… On a même une photo prise du mâle qui fuit le drone ! Il y avait trop de mouvement". Plus tard, "les travaux de mise hors d’eau de l’édifice n’ont rien arrangé. La cathédrale est une vraie ruche en ce moment, avec environ 80 personnes sur site.."

"On a perdu leur trace durant un an"

Une année interminable durant laquelle les membres de la LPO ont scruté les refuges potentiels. Emmanuel du Chérimont précise qu'une trentaine de couples de faucons crécerelles nichent à Paris intramuros. Mais il alerte : "La population baisse. Elle a diminué de 40% depuis 20 ans". Un phénomène que l'amoureux des rapaces explique notamment par la baisse du nombre des moineaux (-73% depuis 2003) qui constituent l'essentiel de l’alimentation des bébés faucons crécerelles. Pendant la période d'élevage de leurs petits, les parents plutôt friands de mulots ou de campagnols, abandonnent leurs proies habituelles, "il faudrait les chasser trop loin de la nichée". Leur seule option est de se rabattre sur des proies plus proches. "Je vais moins loin et je prends ce qu’il y a localement : les moineaux", explique Emmanuel du Chérimont avant de poursuivre : "Donc, moins de moineaux, moins de faucons. Moins on a de proies, moins on a de prédateurs".

Quant à nos deux "amoureux à plumes" de Notre-Dame, où se sont-ils réfugiés ? A cette question, le coordinateur de la LPO est heureux de nous dévoiler un "scoop" : le couple a été repéré "sur la Sainte Chapelle de l’île de la cité", mais il tempère son annonce : "mais on n’a pas de certitude car les faucons de Paris ne sont pas bagués."

Un retour conditionné à une restauration "amicale"

Il apparaît clairement que le couple ne reviendra pas nicher sur Notre-Dame avant la fin des travaux prévus en 2025. Selon le responsable des faucons, une condition sera nécessaire pour qu'ils réintègrent le plus haut perchoir de capitale :"Il faudrait que les trous de boulins* de la nouvelle charpente ne soient pas obturés, comme ils l’ont été sur la tour nord de la cathédrale. Cela permettrait aux oiseaux d’y installer une nouvelle nichée"

Emmanuel du Chérimont ajoute que pour permettre à d’autres oiseaux d'y nicher, comme les martinets ou les hirondelles, "la bonne idée serait d’incorporer des nichoirs dès la construction de la charpente". Une idée qu’il souhaite soumettre au général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d'Etat-major des armées qui a été placé à la tête de l'Etablissement public chargé de restaurer Notre-Dame en décembre 2019. Repenser la construction du site en y intégrant sa biodiversité, voilà un beau projet qui se concrétisera peut-être dans les années à venir. (Entretien réalisé le 13 avril 2021)

* [Un boulin est une pièce d'échafaudage en bois, horizontale, engagée dans un ouverture dans la maçonnerie nommée "trou de boulin"] 

Pour aller plus loin :

Les faucons de Notre-Dame. Des longues vues ont été installées sur le parvis de Notre-Dame pour observer les faucons qui ont élu domicile dans la cathédrale. (Actualités régionales Ile de France, 20 juin 1993)

Un système vidéo permet de suivre en direct l'arrivée au nid des adultes venant nourrir leur progéniture. Des passionnés les font découvrir au public. Interview David Laloi, membre du centre ornithologique d'Ile de France sur leur comportement. Leur alimentation. (F2 Le Journal 13H00, 21 juin 1996) 

Le guide du faucon crécerelle réalisé par la LPO (2013)

L'observatoire des rapaces (LPO)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 16/04/2019 à 14:01. Dernière mise à jour le 14/04/2021 à 21:03.
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