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Femme, où es-tu ?

Il faut bien le reconnaître, malgré la loi sur la parité votée en 2000, qui oblige désormais les partis à présenter autant de femmes que d'hommes aux principales élections, la place de la femme est encore minoritaire en politique.

Pourtant, dès 1974, sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing, un premier pas avait été franchi avec l'arrivée de femmes comme Simone Veil ou Françoise Giroud au gouvernement.

En 1992, Simone Veil se souvient s'être sentie très seule au moment du vote de la loi sur l'avortement, face "à ces hommes qui étaient d'une agressivité, d'une oppression, d'une vulgarité vis-à-vis de la femme... On avait l'impression de leur arracher le pouvoir, mais aussi de les atteindre dans leur virilité" .

On parlait pourtant alors de "misogynie primaire". Monique Pelletier, Yvette Roudy, et Florence d' Harcourt témoignent de leur parcours du combattant.

En 1993, Françoise Giroud, signataire du "Manifeste des 577 pour une démocratie paritaire" revient sur la misogynie des milieux politiques.

En 1994, Alain Juppé fait entrer douze femmes dans son gouvernement. Elles seront affublées du diminutif de "Juppettes". Simple volonté d'affichage ?

 

En tout cas, ces "oriflammes féminins" seront évincés du gouvernement 10 mois plus tard !

En 1995, Nicole Ameline s'exprime sur "cette restructuration fonctionnelle dont les femmes ont clairement été victimes".

1998. "Le combat pour la dignité des femmes n'est pas encore gagné…", c'est ainsi que Ségolène Royal résumait le difficile combat des ministres-femmes pour obtenir la féminisation de leur titre par l'Académie française.

Edith Cresson, seule contre tous

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"L'hémicycle est majoritairement masculin, par conséquent, se faire entendre est un combat de chaque instant". C'est ce que soulignait Edith Cresson en 1997.

"Lorsque vous montez à la tribune de l'Assemblée nationale, vous n'avez que des hommes devant vous… certains vous insultent… vous ne vous sentez pas soutenue face à ces attaques qui sont presque toujours de nature sexiste…".

L'ancienne Premier ministre est bien placée pour parler du sexisme, puisqu'elle est à ce jour la seule femme à avoir été élue à ce poste au gouvernement de François Mitterrand. C'était en mai 1991 et l'annonce de sa nomination ne faisait pas l'unanimité. Certains la qualifiant même de "Pompadour de la gauche"…

Contestée, injuriée et dénigrée sur toutes ses actions, elle sera remerciée un an plus tard. En 1997, elle analysait ainsi ce déferlement de haine masculine à son  égard : "Ce que les hommes politiques redoutent le plus, c'est que les femmes disent la vérité… ce qui est en contradiction avec la langue de bois technocratique… Ce mensonge permanent, je l'ai vu de manière quotidienne…"

En 2006, en pleine campagne de Ségolène Royal, Edith Cresson évoque le "cauchemar" de son passage à Matignon. Elle cite des noms, tels Roland Dumas qui la calomniait ou Pierre Bérégovoy qui la jalousait.

Du sarcasme au dérapage

Les années passent, la parité s'installe, mais sur les bancs de l'Assemblée, le machisme n'est jamais loin. D'Edith Cresson, en passant par Françoise de Panafieu, ex "Jupette", ou plus récemment, Dominique Massonneau ("Je ne suis pas une poule"). Florilège peu élogieux de dérapages non contrôlés...

ou encore, Cécile Duflot et sa "jolie robe", qui émoustilla les députés en 2012...  

En 2007, Patrick Devedjian se fait épingler pour avoir qualifié Anne-Marie Comparini de "salope". Elle exige des excuses publiques.

En 2014, Arnaud Montebourg s'offusque des questions dérangeantes d'une jeune journaliste et demande avec condescendance :  "Il y a des livres qui ont été écrits. Vous devriez les lire, ça vous éviterait de poser des questions désagréables… Elle est toujours comme ça la petite ?"

Certains vont bien au-delà du sexisme verbal et passe aux actes. En 2015, la Cour de cassation confirmait que l'ex-secrétaire d'État Georges Tron serait bien jugé aux assises pour viol et agression sexuelle sur deux de ses anciennes adjointes.

Peut-on rire du sexisme ?

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Pour terminer par une note humoristique, découvrons un prix plutôt original, remis chaque année à l'occasion de la Journée Internationale de la Femme : le "Macho d'or".

Il est décerné par les "Chiennes de garde" pour la meilleure phrase sexiste de l'année.

En 2013, Pierre Blazy était "primé" pour sa phrase : "...vous n'avez pas d'avocates de renom… ça n'existe pas…"

En 2014, Bernard Ronsin lui succédait pour avoir déclaré que "la parité est une connerie, les femmes seraient mieux derrière leurs fourneaux à faire des confitures…"

Et si l'humour nous sauvait de la bêtise ?

En 2009, Stéphane Guillon consacre sa chronique humoristique aux supposés "appétits sexuels" de Dominique Strauss Kahn invité ce jour-là à la Matinale de France-Inter.

Laissons la conclusion à Guy Bedos qui affirmait en 1975 que les femmes étaient "Toutes des salopes"… Un sketch caustique, agrémenté d'un carré blanc lors de sa diffusion. À prendre au 10e degré bien-sûr.

Pour aller plus loin : 

Le documentaire Madame la ministre. Sept femmes ministres évoquent leurs parcours à travers des souvenirs et des documents d'archives, retraçant une évolution majeure de la politique française (2012).

Rédaction Ina le 11/05/2016 à 15:35. Dernière mise à jour le 12/05/2016 à 15:19.
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