Le corps sculpté

La  nudité est glorifiée depuis l’Antiquité. La statuaire fourmille de représentations de corps d’éphèbes, d’athlètes ou de déesses dénudées et magnifiées. Le sculpteur Praxitèle a traversé les siècles, il est le premier artiste grec à oser représenter un nu féminin : une modeste poitrine qui a révolutionné l’histoire de l’art.

 L'exposition Praxitèle au Louvre 2007

Plus près de nous, la pureté du regard du sculpteur catalan Aristide Maillol s’expose au musée d’Art Moderne en 1961. Adorateur du corps de la femme, il célèbre la vie à travers ses œuvres : rondeur et plénitude des formes se combinent à l’élégance et à la force.

Le Sculpteur Aristide Maillol, 1961

Certains s’amusent librement avec les proportions et les volumes de la plastique humaine. Botero y excelle. En 1994, les Parisiens admirent ses créatures toute en rondeurs sur les Champs-Élysées.

Botero sur les Champs Elysées, 1994 

En 2009, une exposition croisée des œuvres de Matisse et Rodin présente le travail de ces deux amoureux de la chair. Leurs traits se confrontent : longuement exercés au crayon pour le peintre, obsessionnel du mouvement pour le sculpteur.

Expo croisée de deux maîtres du nu Rodin-Matisse 2009

D’autres, comme Yves Klein, mettent en scène les corps féminins. En 1983, il organise un happening en enduisant ses modèles nus de peinture bleue les transformant ainsi en  pinceaux vivants.

 Performances d’Yves Klein, 1983.

Ode à la femme

Au fil des siècles, la nudité féminine reste une source inépuisable d’inspiration pour les artistes. Florilège des plus belles toiles de nus.

Les peintres de la femme, 1953

Mais ne l’oublions pas, un tableau est avant tout le reflet d’un corps de chair et de sang, celui du modèle. La pose dénudée est la substance de l’œuvre. L’art abstrait y puise sa part d’humanité. C’est ce que nous explique le peintre contemporain Georges Rohner en 1975 dans son atelier, en pleine séance de pose académique.

Dans l'atelier de Georges Rohner, 1975

Cachez ce sein…

La nudité dans l’art séduit autant qu’elle dérange. Le regard du peintre, témoin de son époque et de ses mœurs, offre le spectacle de chairs lascives parfois déroutantes pour ses contemporains. Ainsi, le célèbre tableau de Manet « Déjeuner sur l’herbe » est interdit d’exposition en 1863. Le peintre reprend les codes de l’Antiquité en incluant une femme nue dans sa scène bucolique. En glissant des vêtements froissés aux pieds de la belle, il amplifie l’aspect réaliste et le courroux du public heurté par tant de véracité.

 Manet, inventeur du moderne, au musée d’Orsay 2011

Gustave Courbet est passé maître dans la représentation d’un monde érotique sublimé et des amours défendus à l’exemple du tableau « Le sommeil ».

 Les nus de Courbet, 1977

C’est aussi l’auteur d’une œuvre sulfureuse restée longtemps cachée par ses propriétaires successifs : « L’origine du monde ». En 1995, elle entre enfin au musée.

L’origine du monde de Courbet à Orsay, 1995

La même année, Jacques Henric auteur du livre "Adorations perpétuelles", la choisit pour illustrer la couverture de son livre. Il déclenche un véritable scandale : l’ouvrage est dissimulé par la plupart des libraires. On le retire des vitrines et son auteur ne sera jamais invité aux émissions littéraires, ni au journal télévisé.

Aléas, la censure n’existe pas, 1995

Cependant, rarement un peintre n’aura souffert d’une aussi mauvaise réputation qu’Egon Schiele. Au début du XXème siècle, ce précurseur de l’art expressionniste est qualifié de pornographe, psychopathe ou de diable. En cause : des thèmes trop sulfureux pour ses contemporains.

Le sulfureux Egon Schiele, 1993

Les peintres actuels se confrontent toujours au nu et provoquent eux aussi la polémique. A l’instar de Lucian Freud, petit fils du célèbre psychanalyste. Il peint le corps et les chairs dans toute leur crudité. L’artiste aime provoquer et ne laisse pas indifférent.

Exposition Lucian Freud à Beaubourg, 2010

De la toile à l’image fixe

A partir du XIXème siècle, la pellicule remplace la gouache. Pas facile de poser nu pendant des heures. Les artistes utilisent la photographie pour soulager leurs modèles. Ces clichés de poses académiques deviennent à leur tour des œuvres d’art. Un outil de travail au parfum de scandale.

Exposition sur le nu féminin à la BNF, 1997

Peintres et sculpteurs d’alors se sont beaucoup inspirés de la photographie. Gustave Moreau est l’une des grandes signatures travaillant sur la photographie. Falguières, Toulouse-Lautrec, Courbet ou encore Delacroix… tous vénèrent le corps féminin.

Photos de nus du 19e, 1997

L’œuvre photographique devient l’écrin des corps qui s’exposent plus librement. En 2005, Spencer Tunick photographie 1500 Lyonnais en tenue d’Eve et d’Adam.

Des Lyonnais photographiés nus

La nudité est plus que jamais un hymne à la vie. Gregor Podgorski immortalise 400 personnes et suit leur évolution sentimentale sur cinq ans. Le photographe constate étonné qu’1/3 des conjoints de son projet se sont séparés. La vie n’est décidément pas une image fixe.

Nouvelle série de photographies de Gregor Podgorski, 2006

L’œuvre d’art prend parfois l’apparence d’un calendrier à l’image de celui de la marque Pirelli, réservé aux VIP comme Johnny Hallyday ou Jacques Chirac. Les collectionneurs se l’arrachent à prix d’or. Le prix du nu s’est envolé.

Calendar girls, 2005

Désormais, le papier glacé remplace le marbre et les dieux antiques cèdent leur place à ceux du stade. La beauté masculine s'apprécie au fils des mois...

Dieux du stade, Photos de Carter Smith, 2004. 

Rédaction Ina le 14/11/2013 à 14:27. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 10:43.
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