Des marges remplies de bonhommes

Il est une houppette qui reste emblématique. Sans oublier des pantalons de golf, une chemisette blanche et un chien fidèle : voici la panoplie de l'aventurier du XXe siècle, Tintin. Bonhomme dessiné qui a fait le tour du monde, il est la création de Georges Rémi, dit Hergé. Véritable artiste, Hergé a su imposer son style : la « ligne claire ».

Pas d'animaux, pas de dessins académiques : sa passion, c'est de dessiner des personnages. Durant sa jeunesse, il noircit les marges de ses cahiers des aventures d'un petit garçon aux prises avec l'envahisseur. Georges Rémi est né le 22 mai 1907 dans la banlieue bruxelloise et son enfance est marquée par la Première Guerre mondiale. Issu d'une famille catholique, il rejoint le mouvement scout et commencera à publier quelques dessins dans la revue « Le Boy-Scout belge ». Le jeune dessinateur y met en scène Totor, une sorte d'esquisse de Tintin. On ne parle pas encore de bande dessinée. Il s'agit plutôt d'illustrations, qui se suivent mais sans aucune écriture.

Découvrir les bulles

En 1925, Hergé est alors engagé au sein d'un journal politiquement très à droite : « Le Vingtième siècle ». Sa fonction : reporter-dessinateur. Il bénéficie du soutien du directeur, l'abbé Norbert Wallez, qui l'encourage à s'instruire et à se cultiver. Ainsi, quelques années plus tard, alors qu'il est devenu rédacteur en chef du supplément jeunesse, «Le Petit Vingtième », Hergé découvre les comics américains et leur système de bulles. Le dessinateur va alors passer progressivement du récit illustré à la bande-dessinée. Il utilise cette technique pour son nouveau personnage.

Le 10 janvier 1929, apparaît « Tintin au pays des Soviets ». C'est le début des aventures de ce jeune reporter et de son chien Milou. Ensemble, ils parcourront le monde pendant plus de cinquante ans.

Un héros qui fait le tour du monde

Hergé envoie son héros en Afrique, via un récit qui reflète l'esprit missionnaire et colonialiste de l'époque : « Tintin au Congo ». En septembre 1931, le reporter part pour le Nouveau Monde, dans « Tintin en Amérique ». Hergé commence alors à se documenter davantage, lisant notamment un ouvrage sur les Indiens. A l'été 1940, le « Vingtième siècle » cesse sa parution. C'est « Le Soir » qui s'offrira le talent d'Hergé. Ce dernier publie les nouveaux épisodes de Tintin au rythme d'un strip quotidien. Ainsi paraissent « Le Crabe aux pinces d'or » (marquée par l'apparition du capitaine Haddock et dans laquelle Tintin s'attaque à des trafiquants), puis « L'Étoile Mystérieuse » (récit d'une expédition scientifique à la recherche d'une météorite), « Le Secret de la Licorne » et « Le Trésor de Rackham le Rouge » (une course au trésor s'étalant sur deux volumes, et menée avec l'aide d'un nouveau venu, le professeur Tournesol), et enfin « Les Sept Boules de cristal »(une variante de la malédiction de la momie).

BD et actualité internationale…

L'œuvre d'Hergé ne souffrira pas vraiment de la censure allemande : aucun de ses albums ne sera interdit sous l'Occupation, l'auteur prenant soin d'écrire des récits d'évasion, en évitant les références à la situation politique internationale. D'ailleurs, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Hergé sera soupçonné de collaboration, ayant travaillé durant quatre ans pour un journal sous contrôle de l'Occupant. Il est provisoirement interdit de publication. Il ne peut travailler qu'à la refonte de ses précédentes œuvres. Mais en 1946, il est contacté par un ancien résistant, Raymond Leblanc, qui lui propose de créer un nouveau journal.

C'est ainsi que paraît le 26 septembre 1946, le premier numéro de l'hebdomadaire « Tintin ». Les aventures de Tintin se poursuivent : « Le Temple du Soleil » en 1946 (qui poursuit l'intrigue des « Sept Boules de cristal »), « Au pays de l'or noir », en 1948, (qui reprend l'histoire interrompue par le début de la guerre), « Objectif Lune » en 1950 et « On a marché sur la Lune ». Hergé désirant être particulièrement rigoureux et voulant se documenter au maximum pour ces aventures lunaires, il fonde en 1950 les Studios Hergé, où une dizaine de collaborateurs l'aideront dans sa tache.

L'appel du cinéma et de la télévision

Tintin devient alors un succès mondial ! Les ventes d'albums s'envolent. Chaque album est traduit dans une quarantaine de langues. Il y aura même des adaptations au cinéma, d'abord sous forme de films avec acteurs (« Tintin et le mystère de la Toison d'or » en 1960, « Tintin et les oranges bleues » en 1964). Puis des dessins animés sont ensuite produits par les studios Belvision. Simultanément, les parutions des aventures de Tintin s'espacent de plus en plus : « Les Bijoux de la Castafiore » en 1963, « Vol 714 pour Sydney » en 1968 et « Tintin et les Picaros » en 1976. Tintin est de moins en moins une priorité pour Hergé, qui se met à voyager beaucoup, jusqu'à son décès survenu le 3 mars 1983. Hergé laisse derrière lui une œuvre encore mythique, malgré un certain goût d'inachevé. En 1986, « Tintin et l'Alph-art », la dernière aventure du reporter paraît sous forme d'esquisses… elle ne connaît pas de fin.

Interview audio d'Hergé par ses personnages radiophoniques

Ecoutez les aventures de Tintin (audio)

Rédaction Ina le 03/01/2009 à 00:00. Dernière mise à jour le 27/09/2016 à 12:32.
Littérature