Le nombre des moineaux, comme de nombreuses espèces d'oiseaux, est en déclin. Lorsqu'il disparaîtra, l'homme perdra un compagnon de plusieurs millénaires. Portrait de ce petit volatile commun des champs et des villes.

On n'y prête peu attention, tant il est commun, mais le moineau est un oiseau intimement lié à l'homme. Le moineau domestique (Passer domesticus) est un volatile entièrement dépendant de l’Homme et de son habitat, tant au niveau de la campagne avec l’agriculture que dans les villes. Comme il ne trouve plus de nourriture dans les campagnes, il a migré vers les centres urbains. On le qualifie de ce fait de commensal obligatoire de l’Homme comme l'expliquait Hervé Mouget, co-fondateur de la ligue des oiseaux de l'Oise, en 2015.

"Il niche chez nous, il mange avec nous, c'est l'oiseau près de l'homme par excellence."

"C'est ce qu'on appelle un commensal de l'homme, un peu comme la souris grise  ou d'autres animaux comme ça qui mangent à la même table que l'homme. Il profite de ce que nous rejetons : les déchets, les morceaux de pain, les mangeoires aussi dans les jardins sont très appréciées des moineaux. Et puis le moineau, il niche dans les bâtiments, il niche près des hommes, il niche sous les toits, dans des anfractuosités, entre deux pierres etc. Des trous de murs, parfois des arbres creux aussi. Donc, il niche chez nous, il mange avec nous, c'est l'oiseau près de l'homme par excellence."

Les ornithologues sont passés maîtres dans l'art de traduire leurs gazouillis et leur langage qui n'est pas si mélodique que cela. Hervé Mouget nous l'apprend : "C'est un batailleur, c'est un bagarreur, il est tout le temps en train de se chamailler avec ses congénères." La concurrence fait rage en mai lorsque les mâles cherchent leur belle qui les accompagnera dans le nid flambant neuf.

"Après, les femelles choisissent en fonction du plumage du mâle. Elle va savoir s'il a trouvé un bon emplacement pour le nid, si le nid va être en sécurité."

Ce petit caïd des mangeoires qu'on pensait indéboulonnable commence pourtant à battre de l'aile. Les populations de moineaux déclinent dans toute l'Europe.

L'ornithologue Frédéric Baroteaux confirme que la population de moineaux a perdu 15% depuis une trentaine d'années : "Mais dans certaines villes européennes, notamment en Angleterre, il y a des chutes dramatiques allant jusqu'à plus de 50% des individus."

Une situation qui devient alarmante dans l'indifférence quasi générale. Hervé Mouget déplore qu'on ne regarde plus assez nos moineaux : "le jour où l'on ne regarde plus un moineau ou un merle, il faut arrêter l'ornithologie. Il y a toujours un nouveau comportement, un nouveau plumage, c'est un plaisir qui se renouvelle tout le temps. Je ne me lasserai jamais de regarder les moineaux."

D'abord vénéré dans l'Antiquité, le moineau a ensuite aussi été persécuté car considéré comme nuisible. Aujourd'hui son espèce est protégée mais on doit batailler pour qu'on le remarque.

On estime que les populations ont diminué depuis les années 80 de 70% à la campagne, de 95% dans les villes. Les milieux suburbains (banlieues des grandes villes) et dans les petites villes sont peu touchées par cette baisse des effectifs.

Pourquoi cette hécatombe ?

En premier lieu à cause de la diminution des sites de nidification (réhabilitation des bâtiments moins adaptés à la nidification, destruction des nids…), et bien-sûr, notamment à la campagne, la raréfaction de la ressource alimentaire pour les jeunes essentiellement nourris avec des insectes qui ont drastiquement chuté suite à l’utilisation massive des pesticides et insecticides. Enfin, le manque de graines pour les oiseaux adultes (probablement lié aux changements d’habitats, à la pollution de l’air ou au changement climatique). La prédation par les rapaces et certains animaux domestiques (chats…) pourraient expliquer la baisse des effectifs, ainsi que l’augmentation et/ou la vitesse du trafic routier causant une mortalité directe. 

Pour aller plus loin

Moineaux de Paris et pollution. La pollution et l'architecture font progressivement disparaître les moineaux de Paris. (JT de 20h00, avril 2003)

La place des moineaux dans la capitale. Depuis 2003, Paris a perdu les trois quarts de ses moineaux ! En 2008, une étude démontrait que le célèbre petit "piaf" parisien préférait les quartiers populaires aux beaux quartiers. La raison de ce choix : les petites miettes laissées aux terrasses des nombreux bistrots…

Inquiétude des ornithologues quant à la raréfaction des moineaux. (JT de Reims, avril 2006) 

Oiseaux : Les espèces menacées (13h00 de France 2, Août 2009) 

Recensement des oiseaux par les particuliers à l'initiative de l'association Vigie Nature (13h00 de France 2, mai 2013)

Planète environnement : Les moineaux des villes mangent trop de pizza !  (Le 7/9, France Inter, octobre 2015)

De belles histoires d'amitié entre l'homme et le moineau

Kiki, le moineau de Paris. Histoire d'amitié entre un épicier et un moineau. (Actualités Françaises, 1955) 

Trente millions d'amis : le gamin et le moineau de Paris. Joan a huit ans et son compagnon de jeu préfère, c'est un moineau qu'il a recueilli alors qu'il était tombé du nid. Depuis "Fifi" ne quitte plus l'épaule de Joan, du matin au soir, même à l'école. (1981)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 11/03/2019 à 14:16. Dernière mise à jour le 20/03/2019 à 09:22.
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