Une canette de soda par jour suffit à nuire à la santé selon un rapport de l’Inserm sorti début juillet 2019. Dès la fin des années 70 et au début des années 80, des études alertaient déjà sur les conséquences d’une consommation excessive de sodas sucrés.

L'étude parue le 10 juillet 2019 dans The British Medical Journal (BMJ) et réalisée sur 100 000 Français, pointe du doigt les sodas mais aussi les jus de fruits consommés chaque jour. Un verre de 10 cl augmenterait de 18 % le risque de cancer, et de 22% celui du sein, selon cette étude. Ces risques pour la santé étaient déjà identifiés dès la fin des années 70 et en particulier dans ce magazine de 1982.

1982 : boissons sucrées ou édulcorants ?

Le magazine C'est la vie, consacré à la consommation de sucre des Français, pose la question des sodas. Dans le reportage d'Elisabeth Eiselé, le docteur Astier-Dumas, conseil juridique en hygiène publique est formel : les risques pour la santé de la saccharine présente dans ces boissons sont connus  : "Ces produits [saccharine] ont été taxés d'un pouvoir cancérigène..."

Au début du magazine Jean-Claude Allanic expose que les Français consomment trop de sucre, environ 36kg par an et par personne. Un sucre présent principalement dans les boissons et les aliments très sucrés qu'ils achètent. En France à l'époque, les consommateurs n'ont pas le choix entre sodas avec sucre ou sodas dont le sucre est remplacé par des édulcorants artificiels, comme cela est alors possible ailleurs.

La journaliste Elisabeth Eiselé constate qu'une bouteille de soda contient environ vingt morceaux de sucre et s'étonne que contrairement aux USA, des substituts au sucre, type édulcorants, ne soient pas proposés. Elle en demande la raison au docteur Astier-Dumas, conseil juridique en hygiène publique. Elle explique pourquoi les édulcorants de synthèse sont interdits dans la fabrication des boissons en France : "Nous pensons que ces produits sont en majorité consommés par les enfants et à partir de ce moment-là, nous préférons qu'ils ne soient pas additionnés à des produits dont la sécurité nous parait, disons, hypothétique, en tout cas non démontrée parfaitement."

"Ces produits ont été taxés d'un pouvoir cancérigène..."

Elle cite notamment la saccharine dont les contrôles sont difficiles à faire : "Ces produits ont été taxés d'un pouvoir cancérigène et nous pensons qu'il n'est pas nécessaire d'en donner à des enfants jeunes."

Pourtant la saccharine est en vente libre dans les pharmacies et Elisabeth Eiselé se procure des "sucrettes", composées de saccharine, sans problème. Trouvant cela étonnant, elle interroge le docteur Astier-Dumas sur cette contradiction. Cette fois la médecin déclare que cela ne la choque pas : "car en pharmacie il y a des tas de produits qui ont des activités ou thérapeutiques ou toxiques et qui sont en vente plus ou moins libre parce que c'est dans l'essence du médicament de posséder un certain risque toxique."

De côté des fabricants de sodas, on trépigne d'impatience. Interrogé sur l'interdiction des édulcorants dans l'Hexagone, Jacques Crenon, directeur gérant Pepsi Cola France a son opinion sur la législation française qui interdit l'ajout de ces substances aux sodas : "il y a peut être le résultat d'une certaine politique économique. Très certainement en France, un pays qui produit le double du sucre dont il a besoin. Il y a très certainement le désir de protéger l'industrie betteravière et l'industrie du sucre."

Le sujet s'achève en appelant les consommateurs à plus de raison dans leur choix, en privilégiant les boissons les moins sucrées et de l'eau, et l'industrie, à mieux signaler sur les bouteilles les teneurs en sucre.

En 1979 déjà, le sucre était pointé du doigt

Ce constat de la présence massive de sucres dans les boissons, il avait déjà été fait, toujours dans le magazine C'est la vie, en 1979.

"Menthe à l’eau, grenadine, jus d’orange…" une étude réalisée par le de recherches Foch et par les diététiciennes françaises, près de 80% des enfants interrogés admettent qu'ils boivent beaucoup moins d'un litre d'eau par jour... sil les filles choisissent plus facilement l'eau, ce sont les garçons de 13 à 15 ans qui consomment le plus de boissons sucrées, mais aussi de vin et de bière. Et une fois les habitudes prises, il est difficile d'en changer."

1981, "l'eau ! Tout court. Du robinet."

Dans la même émission, deux ans plus tard, en 1981, le médecin-pédiatre, le docteur Vermeil est catégorique ces boissons contiennent "de très grandes quantités de sucre de type saccharose, c'est un sucre très rapidement assimilable qui fait un énorme apport d'un seul coup et qui provoque la mise en route de tous les systèmes de régulation et l'obligation de stocker cette quantité de sucre et très souvent la transformer en graisse."

Parmi les autres risques pour les enfants, il identifie celui des caries. et conseille aux parents une boisson favorable aux enfants : "l'eau ! Tout court. Du robinet."

Pour aller plus loin

Les édulcorants

En France, c’est à la fin des années 80 que les édulcorants sont autorisés à la vente en grande surface, et non plus uniquement dans les pharmacies. Enfin, en 1988, les industriels ont l’autorisation de les utiliser dans leurs produits afin de diminuer les teneurs en sucre sans pour autant impacter le goût sucré.

Les boissons à l'aspartame favorise le diabète des femmes (19 20. Edition nationale, 7 février 2013)

Vaincre la "maladie du soda". On l'appelle la maladie du soda.... une atteinte grave du foie... également appelée Nash... qui n'est pas provoquée par la consommation d'alcool mais par celle de boissons sucrées, et une alimentation trop grasse. Seule une hygiène de vie irréprochable permet d'éviter l'opération. Le reportage nous entraîne dans le quotidien de patients du centre hospitalier de Lille, confrontés à cette pathologie. (12/13 Edition Nord-Pas-de-Calais, 2 mai 2017)

La taxe "soda"

Depuis le 1er juillet 2018, une nouvelle "taxe soda" est entrée en vigueur en France. Mise en place en 2012, elle concerne toutes les boissons sans alcool contenant des sucres ajoutés. Si auparavant elle était fixe, désormais elle sera proportionnelle aux quantités de sucre ajouté. En France, depuis 2013, l'ensemble des boissons contenant une quantité - même minime - de sucres ajoutés sont taxées à raison de 7,53 euros par hectolitres.

Taxe sur les sodas et boissons sucrées. En 2006 le gouvernement envisageait déjà de taxer les sodas, les nectars de fruits et les sirops au motif de lutter contre l'obésité et de renflouer les caisses de la Sécurité sociale. 
 Micro-trottoir sur les taxes et interview d'Arnaud Cocaul, nutritionniste, qui pense que cela ne sera pas bénéfique...(JT de 13h00 de F2, 21 juillet 2006)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 11/07/2019 à 11:53. Dernière mise à jour le 11/07/2019 à 14:29.
Economie et société Médecine, Santé