En cette rentrée des classes, un hommage sera rendu à Samuel Paty. Un texte de Jean Jaurès sera lu aujourd'hui dans les classes dans lequel il défend l'autonomie de l'enseignant. expliquer la laïcité aux élèves s'avère parfois compliqué dans certains collèges. En 2015, quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo, trois professeurs d'histoire géo faisaient part de leur méthode respective et de leurs questionnements.

Le 21 janvier 2015, le 20 heures de France 2 se rend en milieu scolaire pour découvrir les méthodes utilisées par les professeurs dans la transmission les valeurs de la République et la défense de la tolérance et de la laïcité, suite à l'attentat de Charlie Hebdo. La caméra se glisse dans les classes d'Arnaud Donneger, professeur d'histoire géographie à Beauvais, Jean-Riad Kechaou et Olivier Gomez, professeurs d'histoire géographie à Chelles.

"On essaye de faire comprendre qu'il y a l'Histoire et il y a la croyance"

Dans la classe de 5e d'Arnaud Donneger, deux élèves condamnent les caricatures. L'un d'eux a du mal à expliquer pourquoi, "Je ne suis pas Charlie parce que je pense que ce n'est pas bien ce qu'ils ont fait. Une religion, c'est sacré, faut pas attaquer une religion par des caricatures. Lorsque la journaliste lui demande pourquoi on n'aurait pas le droit de faire des caricatures, le garçon répond, "je ne sais pas vraiment mais je pense que ce n'est pas bien… d'après moi, c'est pas bien. La journaliste lui demande d'où lui vient cette conviction, il répond "déjà de moi et sur les réseaux sociaux".

Le professeur, lui, tente de leur donner un esprit critique en utilisant l'Histoire. Arnaud Donneger admet, "je peux comprendre que certains élèves pensent que je vais là sur un terrain où je n'ai pas le droit d'aller. Mais on essaye de faire comprendre qu'il y a l'Histoire et il y a la croyance. Il y a la liberté de croyance et il y a la liberté historique basée sur la méthode du prof d'histoire géo, basée sur les sources. Travailler sur les textes" insiste-t-il.

"Ce sont des élèves qui ont grandi en ressentant une certaine attaque de leur religion"

A Chelles, en Seine-et-Marne, "la moitié des élèves est de culture musulmane et les enseignants ont dû faire des heures de pédagogie pour désamorcer les tensions". Jean-Riad Kechaou se sert du petit journal qu'il réalise depuis dix ans avec ses élèves. Une fillette a écrit un article dans le numéro spécial consacré aux attentats de Charlie Hebdo, elle explique avoir voulu dire que "ce qu'ils ont fait, ce n'est pas une attitude de musulman. Le prophète avec tout ce qu'on lui a fait, c'était pire que des dessins, ben, il s'est jamais vengé".

Pour ce professeur, l'incompréhension ne date pas d'hier et il a vu, en quelques années, monter la colère de certains élèves musulmans, il explique pourquoi à son avis "ce sont des élèves qui ont grandi en ressentant une certaine attaque de leur religion, en pensant que la laïcité, c'était une sorte de remise en cause de leur religion. Avec ces affaires sur le voile, sur la viande halal, sur les prières, sur le fait que leurs mamans ne pouvaient pas faire les sorties scolaires avec eux quand ils étaient à l'école primaire. Ça a beaucoup joué".

"Ce n'est pas les quelques débats, que l'on peut avoir avec les élèves, qui vont avoir un impact définitif"

Dans la salle d'à côté, Olivier Gomez a lui aussi passé beaucoup de temps à organiser des débats avec ses élèves, "pessimiste, ce qui l'inquiète c'est l'impuissance de l'école face aux plus radicaux".

"je pense que ce n'est pas une heure d'éducation civique ou les heures d'éducation "faits religieux" que l'on peut avoir en 6e ou en 5e. Ce n'est pas les quelques débats, que l'on peut avoir avec les élèves, qui vont avoir un impact définitif, qui vont complètement changer les choses. Les élèves de ce collège sont confrontés à une multitude de discours, ont des sources d'informations multiples, n'ont pas toujours la réflexion nécessaire ou n'ont pas toujours ancré les connaissances pour pouvoir entièrement tirer parti de ce qui s'est passé ici".

Le commentaire précise pour conclure que ce professeur insiste sur l'importance de l'apprentissage du français "car dans sa classe 10 sur 25 n'ont pas le vocabulaire minimum pour comprendre des notions complexes comme République et laïcité".

Rédaction Ina le 19/10/2020 à 15:43. Dernière mise à jour le 02/11/2020 à 09:28.
Economie et société