Une IVe République trop fragile

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les empires coloniaux éclatent dans la douleur. Avec l'Indochine, la Tunisie ou le Maroc, celui de la France ne fait pas exception. L'Algérie, elle, conserve son statut particulier de département français. Parallèlement, en métropole, c'est la politique des partis qui fait rage. A tel point que les gouvernements se succèdent et les problèmes de décolonisation auxquels la France doit faire face demeurent. Le président René Coty (1954 à 1959) voit défiler nombre de présidents du conseil : par exemple, Pierre Mendès-France gouverne sept mois et demi, Edgar Faure neuf mois et enfin Guy Mollet un an et trois mois.

L'appel « au plus illustre des Français »

En mai 1958, après la chute du gouvernement de Guy Mollet, René Coty n'arrive plus à constituer une majorité fiable : à l'Assemblée nationale, la gauche domine. Il fait alors appel « au plus illustre des Français », le général De Gaulle. Il menace même de démissionner sur-le-champ en cas de refus d'investiture du Général. Ce dernier accepte la tâche de constituer un nouveau gouvernement. En échange, il exige les pleins pouvoirs et une révision constitutionnelle. Le 1er juin 1958, au palais Bourbon, Charles De Gaulle dresse un bilan catastrophique de la IVe . Au vu de l'insurrection en Algérie, il reproche la gestion des événements par un pouvoir militaire et non pas politique. Il est investi par 329 voix contre 250.

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Les pleins pouvoirs

Dès le lendemain, il reçoit les pleins pouvoirs pour six mois, le temps pour lui de rédiger une nouvelle Constitution, proche des propositions avancées lors de son discours de Bayeux, le 16 juin 1946. Il doit cependant respecter plusieurs conditions : conserver des principes fondamentaux comme la séparation des pouvoirs et la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée. Il devra aussi soumettre la nouvelle Constitution à un référendum populaire. L'Assemblée est « mise en sommeil » jusqu'à sa rentrée en octobre. René Coty, lui, termine son mandat en janvier 1959 et la IVe République s'éteint ainsi peu à peu.

Trois mois pour une Constitution !

Charles De Gaulle s'entoure de représentants de chaque grande force politique (mis à part le parti communiste qui ne veut pas participer à l'aventure) et ébauche la nouvelle Constitution… en trois mois. Le texte sera adopté en Conseil des ministres le 3 septembre 1958. Le lendemain, le 4 septembre, De Gaulle séduit les foules place de la République : ce sont aux Français maintenant d'accepter, ou pas, cette Constitution. Le 28 septembre est la date retenue pour le référendum. La participation a dépassé toutes les prévisions : 85 % des électeurs inscrits ont fait le déplacement ! Quant au « oui », il avoisine les 80 % ! C'est le 4 octobre 1958 que la Ve République est officiellement promulguée.

Premiers jours…

Mandat de 7 ans, possibilité de dissoudre l'Assemblée nationale, accès à des pouvoirs exceptionnels selon l'article 16… Avec la nouvelle Constitution, le Président de la république voit son pouvoir renforcé. Entre fin octobre 1958 et le printemps 1959, De Gaulle favorise alors des centaines de lois organiques, d'ordonnances et de décrets qui redessinent le pays. De nouvelles structures de la vie publique voient le jour, comme les nouveaux modes de scrutin, la création du Conseil supérieur de la magistrature et du Conseil constitutionnel. Mais c'est aussi à cette époque que des structures de la vie quotidienne, toujours actuelles, sont organisées : les transports en commun à Paris, les Centres hospitaliers universitaires (CHU) ou les conventions collectives dans les entreprises. Pour favoriser une croissance mise à mal et remonter le moral de ménages français un peu en berne, Charles De Gaulle va aussi instaurer le nouveau franc, avec l'aide d'Antoine Epinay, ministre des finances. Il s'agit là de la grande révolution de ce début de Ve République !

Rédaction Ina le 26/09/2008 à 00:00. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 10:50.
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