La Russie, pays durement frappé par le terrorisme

Redaction Ina le 04/04/2017 à 18:08. Dernière mise à jour le 05/04/2017 à 10:37.
Histoire et conflits

Saint-Pétersbourg a été la cible d'une attaque terroriste lundi 3 avril. Une explosion dans une rame du métro a provoqué la mort de 14 personnes. La Russie vit donc un nouveau drame qui s'ajoute à la longue série d'attentats qui ont meurtri le pays depuis les années 1990. Retour sur ces événements tragiques.

I. Les attentats à Moscou en 1996

Alors que les élections présidentielles du 16 juin approchent, un attentat est perpétré le 11 juin 1996 dans le métro de Moscou, faisant 4 morts et 12 blessés. Pour le maire de Moscou, Iouri Loujkov, cette attaque est issue de « forces réactionnaires qui agissent pour saboter les élections ». Il pense sans les nommer et sans preuve, aux communistes, emmenés par Guennadi Ziouganov, donnés favoris de l’élection pendant longtemps et rattrapés dans les sondages par Boris Eltsine, le Président en exercice.

Les élections se déroulent finalement sans heurts, donnant la victoire au Président sortant Boris Eltsine avec 53,82% des voix. Mais le 11 juillet, un nouvel attentat se produit dans un trolleybus à Moscou. Non revendiqué, il blesse 5 personnes. La piste tchétchène est désormais privilégiée par les autorités russes.

Le lendemain, 12 juillet, une nouvelle explosion survient dans un trolleybus, faisant une trentaine de blessés. Le maire de Moscou met en cause les indépendantistes tchétchènes, et annonce le début d’une vaste « opération de nettoyage » dans la capitale « visant en vrac les sans-abris, les mendiants, les hors-la-loi et les ressortissants des républiques du Caucase, responsables perpétuels de tous les maux qui accablent la Russie ». Le journaliste ajoute dans son commentaire que ce mode opératoire semble plutôt viser « à faire peur plutôt qu’à tuer, comme un avertissement, mais à l’adresse de qui ? »

II. Vague meurtrière d’attentats en Russie en 1999

Cette année voit une vague d’attentats particulièrement meurtriers frapper plusieurs villes du pays. Perpétrés principalement contre des immeubles d’habitation entre le 31 août et le 16 septembre, ces attaques font au moins 290 morts et un millier de blessés.

Cette série macabre débute par un premier attentat le 31 août 1999 à Moscou. Une bombe placée dans une salle de jeux en sous-sol du plus grand centre commercial de Russie, place Manej, près du Kremlin, explose et fait une quarantaine de blessés. Un tract est retrouvé dans les décombres, émanant de « l’Union des écrivains révolutionnaires », un groupe jusque là inconnu, qui se dit en guerre contre la société de consommation. Mais les enquêteurs n’excluent pas d’autres hypothèses, comme celle du début des combats entre l’armée rouge et les rebelles wahhabites de Tchétchénie.

Le 9 septembre 1999, une forte explosion retentit à Moscou. La déflagration détruit 72 habitations d’un quartier du sud-est de la ville. 94 personnes trouvent la mort. On dénombre plus de 2000 blessés. Pour le FSB, le service de renseignement russe, la nature de l’explosion et le nombre de victimes désignent la piste terroriste.

Le 16 septembre à Volgodonsk, au sud de la Russie, un camion piégé explose près d'un complexe d'appartements, tuant 17 personnes et en blessant 69. Pour Gilles Rabine, envoyé spécial en Russie, « le pays vit depuis le 31 août au rythme d’un attentat tous les 4 ou 5 jours. Il s’agit bien d’une véritable campagne planifiée depuis longtemps et si implacablement orchestrée que les Russes doutent de plus en plus de la piste officielle, celle de terroristes islamistes. La question que tout le monde se pose, pour reprendre une vieille expression des temps soviétiques : qui peut en être le chef d’orchestre clandestin ? ».

Le contexte géopolitique dans lequel s’inscrit cette vague d’attentats est bien expliqué dans ce reportage de France 3 qui montre l’intensification de la guerre dans le Caucase, en Tchétchénie et au Daghestan. Le Président Boris Eltsine a en effet demandé à son Premier ministre Vladimir Poutine de « riposter à la guerre par la guerre ».

III. La Russie, durement frappée depuis les années 2000

Le 8 août 2000, une explosion dans un passage souterrain sous la place Pouchkine à Moscou tue 13 personnes et fait des dizaines de blessés. Le FSB privilégie la piste terroriste tchétchène. Les contrôles dans la ville se multiplient, notamment à l’égard des Caucasiens. Le souvenir des attentats de 1999 est dans tous les esprits.

 

Du 23 au 26 octobre 2002 a lieu une prise d’otages à Moscou. Une cinquantaine de terroristes tchétchènes lourdement armés retiennent plus de 800 personnes à l’intérieur d’un théâtre. Les forces russes donnent l’assaut, après avoir préalablement introduit un mystérieux gaz incapacitant par le système de ventilation. Ce drame coûte la vie à 130 otages. Les membres du commando sont tous tués dans l’assaut final.

 

Le 5 juillet 2003, deux femmes kamikazes actionnent leur ceinture d’explosifs à l’entrée d’un concert de rock à Moscou faisant 16 morts parmi les festivaliers. L’attentat est perpétré au lendemain du feu vert donné par Vladimir Poutine pour la tenue d’une élection présidentielle en Tchétchénie en octobre 2003.

Le 5 décembre 2003, deux jours avant les élections législatives, un attentat perpétré dans un train, près de la Tchétchénie, fait 40 morts et plus de 100 blessés. Une kamikaze a déclenché sa ceinture d’explosifs à l’intérieur de la rame. Pour le Président Vladimir Poutine, « cet acte est une tentative de déstabilisation du pays à la veille des élections législatives ».

Le 6 février 2004, une explosion dans une rame de métro bondée le matin, en pleine heure de pointe, fait au moins 40 morts et une centaine de blessés. Vladimir Poutine accuse Aslan Maskhadov, le chef des indépendantistes tchétchènes et appelle à « l’union contre le terrorisme ». Une habitante moscovite appelle à « rayer la Tchétchénie de la carte ».

Le 24 août 2004, deux avions s’écrasent en Russie, dans la région de Toula et dans la région de Rostov-sur-le-Don. 90 personnes y trouvent la mort. Quelques jours après, les services de renseignement confirment qu’il s’agit bien là d’un attentat terroriste, imputé aux rebelles tchétchènes.

Le 1er septembre 2004, un commando tchétchène prend en otage un millier d’enfants dans une école de la ville de Beslan, en Ossétie du Nord. Le 3 septembre, après trois jours de siège, les forces spéciales donnent l’assaut après des tirs de la part des terroristes. Le bilan est dramatique : 334 civils trouvent la mort, dont 186 enfants.

Le 27 novembre 2009, une bombe explose sur le trajet du train Nevsky Express n°166, reliant Moscou à Saint-Pétersbourg, faisant 27 morts et 96 blessés. La responsabilité du terrorisme caucasien est là aussi établie.

Le 29 mars 2010, deux femmes kamikazes se font exploser dans le métro, en pleine heure de pointe, dans deux stations du centre de Moscou. 39 personnes trouvent la mort et plus de 100 autres sont blessées. Les autorités pointent la responsabilité de terroristes nord-caucasiens.

Le 24 janvier 2011, l’aéroport Domodedovo de Moscou est touché par une forte explosion qui fait 35 morts et plus de 180 blessés. L’attentat se produit dans la zone de livraison des bagages du terminal des arrivées des vols internationaux. Dokou Oumarov, leader de l’auto proclamé « Emirat du Caucase », le revendique.

Le 29 décembre 2013, la ville de Volgograd, anciennement Stalingrad, est touchée par un attentat dans la gare de la ville. Sur des images particulièrement impressionnantes, on voit l’explosion à l’intérieur du bâtiment, suivi d’un fort dégagement de fumée. Une femme kamikaze déclenche sa ceinture d’explosifs, pulvérisant le hall. 16 personnes sont tuées. On compte une cinquantaine de blessés. Six semaines avant la tenue des Jeux olympiques de Sotchi, cette attaque, suivie le lendemain par une explosion dans un trolleybus faisant 14 morts, semble porter la marque à nouveau du terrorisme caucasien, et de celles qu’on appelle les « veuves noires », en référence aux veuves des combattants du Daguestan.