Au cœoeur de la Guerre d'Algérie

Au début des années cinquante, la France considère l'Algérie comme faisant partie intégrante de son territoire. Pourtant la population musulmane a de plus en plus de mal à supporter l'inégalité de la société algérienne, dans laquelle elle se retrouve sous-représentée politiquement et opprimée par un système économique qui ne profite qu'aux colons.
Des nationalistes, regroupés dans le Front National de Libération (FNL), passent à l'offensive à l'automne 1954. Au cours de la « Toussaint Rouge », dans la nuit 31 octobre au 1er novembre, plusieurs attentats sont perpétrés dans une trentaine de points du pays. La guerre d'Algérie éclate.

La terreur des attentats

Deux ans plus tard, devant les différents succès remportés par l'armée française, le FLN décide de porter la guerre au cœur de la capitale. Son but : terroriser la population « européenne » et obliger la France à intensifier la répression. Ainsi, le 30 septembre 1956, le FNL commet les premiers attentats aveugles au centre d'Alger. Les bombes font trois morts et 62 blessés dans deux bars de la ville, le Milk Bar et la Cafétéria. Le préfet d'Alger ordonne alors le barrage des rues qui permettent d'accéder à la Casbah : la vieille ville est isolée et les habitants doivent faire des détours pour accéder aux différents quartiers de la ville. En France, le Parlement somme Guy Mollet, président du conseil français, de « rétablir l'ordre à Alger ».

Déclaration du Président Guy Mollet : "La France n'abandonnera jamais l'Algérie"

De la traque à la torture

Le gouvernement va alors tout mettre en œuvre pour en finir avec cette vague de terreur. C'est ainsi que Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, fait appel aux hommes du général Massu.

14 ans après les événements, le général Massu revient sur cet épisode du conflit, dans une interview donnée à Pierre Dumayet en 1971

Le 7 janvier 1957, le général Jacques Massu se voit remettre les pleins pouvoirs de police. Avec son chef d'état-major Godar, il fait quadriller la ville par la 10e division parachutiste : 7000 hommes surveillent la Casbah. Ce qu'on appelle la Bataille d'Alger, c'est l'action menée par l'armée en 1957, pour remplir une mission : traquer la cellule algérienne des principaux chefs du FNL.

Les débuts d'un imposant dispositif militaire à Alger

Ben M'Hidi Larbi est arrêté mais les chefs Yacef Saadi et Ali-la-Pointe demeurent introuvables.

En mars, l'arrestation de deux chefs du FLN, Ben M'Hidi Larbi et Brahim Chergui

Les autorités militaires françaises emploient alors tous les moyens, torture et exécutions sommaires incluses, pour remonter leur piste.
En réponse, le FLN augmente la fréquence et l'impact des attentats : le 27 juillet, ce sont neuf bombes qui explosent simultanément dans Alger. Dès lors, une course contre la montre est lancée : elle s'achèvera par l'arrestation de Yacef Saadi et de ses lieutenants le 24 septembre 1957.

L'arrestation du chef du FLN dans la casbah, Yacef Saadi, marque la fin de la bataille d'Alger

Une France victorieuse, mais une réputation ébranlée

Au même moment, la question algérienne est inscrite à l'ordre du jour à l'Onu. Le 18 novembre, le ministre français des Affaires étrangères, Christian Pinault, rappelle la position de la France devant les Nations Unies : « Nous ne reconnaissons pas aux Nations Unies le droit de trouver une solution au problème algérien. C'est une affaire française et c'est à nous de régler la situation ».
Ainsi, si les parachutistes du général Massu ont remporté une victoire sur le FNL, la position de la France aux yeux de la communauté internationale et de l'opinion publique devient plus délicate. La Bataille d'Alger est donc un succès militaire pour la France mais l'usage de la torture, dénoncé par des officiers, des prêtres, des intellectuels de gauche comme de droite, engendre un conflit politique et moral. Son issue : la chute de la IVème République et l'arrivée au pouvoir du général De Gaulle en 1958.

En 1991, des protagonistes des événements reviennent sur la question de la torture

En 1966, le cinéaste italien Gillo Pontecorvo réalise "La bataille d'Alger", finalement censuré en France en 1970 sous le pression d'associations d'anciens combattants et de ressortissants "pieds noirs". Un an après, l'émission Panorama réunissait sur ce sujet le producteur du film, l'Algérien Yacef Saadi, chef du FLN et arrêté par les Français pendant la bataille d'Alger, et le colonel Roger Trinquier. Les deux anciens ennemis échangent leurs points de vue sur la bataille d'Alger, la torture, la guerre subversive, le rôle du peuple algérien. 

En 1971, débat entre Yacef Saadi et le colonel Roger Trinquier

Rédaction Ina le 06/01/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 04/01/2017 à 12:00.
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