Du 3 au 27 février 1913, se déroulait le procès de la "bande à Bonnot" dont le leader Jules Bonnot, était tombé sous les balles de la police quelques mois plus tôt. 

Au début de l’été 1907, les grèves dans le Midi viticole se multiplient. C'est dans ce climat social mouvementé que la bande à Bonnot va émerger. Pour Jules Bonnot, la revendication seule ne suffit plus, il faut agir contre son ennemi juré : la société bourgeoise. A cette époque, toute forme d’expression libertaire est interdite et surtout sévèrement réprimée. Les anarchistes, syndicalistes sont surveillés de près. Mais la bande à Bonnot était-elle vraiment l’expression de l’illégalisme anarchiste ? Jules Bonnot : simple voyou ou vrai anarchiste ? Ina.fr revient sur une affaire qui a fait parler nombre d’artistes et d’historiens spécialistes de l’anarchie…

Jules Bonnot

Entre 1906 et 1907, Jules Bonnot s'exerce à l'ouverture des coffres forts tout en ouvrant comme "couverture" deux ateliers de mécaniques à Lyon.  La nuit, il se transforme en truand avec son bras droit : Platano. En 1910, Bonnot se rend à Londres et entre en qualité de chauffeur au service de Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes ! C'est à son retour de son périple anglais que lui vient l'idée de "moderniser" sa technique de vols. Il est le premier à utiliser l'automobile dans l'arsenal du crime. Ce qui va lui donner, pendant quelques mois une suprématie certaine sur la police peu équipée en véhicules. C'est d'ailleurs pour lutter contre ce nouveau style de criminalité que Georges Clémenceau va créer la fameuse brigade du tigre qui utilisera la traction avant. 

Le premier coup

C'est le 21 Décembre 1911 que débute véritablement la saga de la "Bande à Bonnot" qui tiendra en haleine toute la France et ridiculisera la police démunie devant la rapidité et la mécanique de leurs automobiles. 
Ce jour-là, vers 9h du matin, Bonnot, Garnier, Callemin et un quatrième larron décident d'attaquer au garçon de recette de la Société Générale, rue Ordener à Paris. C'est donc la première fois qu'une voiture est utilisée pour un braquage. Le butin est plutôt maigre : des titres et seulement 5000 francs en espèce. Le garçon de recette, lui, est gravement blessé. Le lendemain la bande fait les gros titres de la presse. Traqués, les braqueurs errent dans Paris, sans évasion possible. D'autres se joignent à eux, comme René Valet et Soudy.

Edmond Locard, le créateur de la police scientifique de Lyon, évoque la bande à Bonnot et Jules qu'il connut bien. Il raconte ses propres souvenirs sur cette bande, qui inventa "le vol à fusillade". Selon lui, Jules Bonnot n'était pas anarchiste mais aimait le faire croire car il comptait ainsi être envoyé au bagne et éviter la guillotine. "C'était un voleur et un assassin". Il raconte sa fin. Il évoque le garage de Bonnot et son outillage près de Lyon qu'il perquisitionna. Il évoque la maîtresse de Bonnot et le mari de celle-ci, témoin consentant de cette liaison, qui sont tous deux passés aux Assises. Parmi les complices, "c'est le seul à avoir été condamné aux travaux forcés alors que le pauvre, n'avait qu'un seul défaut... celui d'être cocu !" voir (Audio, 1955)

L'étau se resserre

A la veille de Noël, Garnier et Callemin se réfugiente chez Kibaltchiche (Victor Serge) et Rirette Maitrejean, deux anarchistes mais quelques jours après leur départ Kibaltchiche et Rirette sont arrêtés sans toutefois dénoncer leurs amis. Pendant ce temps, la bande continuent ses exactions en France et en Belgique avec plus ou moins de succès : 
Deux armureries sont pillées à Paris. A Gand, ils volent la voiture d'un médecin. Dans la même ville, le 25 Janvier, le vol d'une seconde voiture dégénère. Ils assomment le chauffeur qui les surprend et abattent un agent de police qui tentait de les interpeller. C'est autour d'un certain Eugène Dieudonné de se faire arrêter. C'est un anarchiste et Caby le garçon de recette de la Société Générale le reconnaît formellement.
Dans la nuit du 2 au 3 Janvier 1912 à Thiais, deux vieillards sont assassinés. Puis le 27 Février à Paris à la suite d'une banale altercation un policier est abattu. Le 29 Février, le trio tragique abat un boulanger lors d'une tentative de cambriolage d'un pavillon.
Pour les illégalistes, désormais traqués, l'étau se resserre.

Un dernier forfait

Leurs photos s'étalent dans les journaux. Les têtes sont mises à prix. Bonnot tente un coup de force. Après avoir volé une voiture sur la route de Melun, lui et sa bande se dirigent vers Chantilly où ils espèrent braquer la banque de la Société Générale. Garnier, Valet Callemin entrent dans la banque revolver au poing. Soudy fait le guet à l'entrée. Le bilan est de deux morts pour 50 000 frs. (7600€)
La police engage 200 inspecteurs pour les débusquer, tandis que la banque offre une prime de cent mille francs (15 000€) à quiconque dénoncera les bandits.
Pendant toute une semaine, la presse relate l'avancée de la traque. Soudy se fait arrêter à Berck-sur-mer le 30 Mars 1912.

Le 7 Avril, c’est au tour de Raymond Callemin. Le 24 Avril un dénommé Monier est arrêté, il a participé aux affaires de Montgeron et de Chantilly. Pendant ce temps Bonnot se cache dans un appartement abandonné. Fin Avril, le sous-chef de la sécurité repère Bonnot mais se fait tuer en tentant de l'arrêter. Bonnot est blessé au bras. Il parvient à regagner Paris sans encombre. Sa piste semble perdue lorsqu'un pharmacien de Choisy-le-roi déclare qu'il a donné des soins à un homme blessé à la main et dont le signalement correspond à celui du fugitif le plus recherché de France. Bonnot trouve refuge chez un autre anarchiste : Dubois.

La fin de Bonnot

Le Dimanche 28 Avril 1912, une quinzaine d'inspecteurs cernent le pavillon de Dubois qui se fait tuer rapidement tandis que Bonnot se barricade. La fusillade soutenue éclate, obligeant les policiers à se mettre à l'abri. Le siège commence. La fusillade a alerté les riverains. Fait incroyable, bientôt, de Choisy, d'Alfortville, de Thiais des hommes se regroupent armés de carabines, de fusils de chasse... Bientôt ce sont plus de 500 hommes armés qui entourent la maison où se trouve le fuyard. Ils sont rejoints par le maire de Choisy et le préfet Lépine et deux compagnies de la Garde républicaine.
20 000 personnes accourent pour assister au "spectacle". L’ordre est donné d'acheminer l'entier régiment d'artillerie stationné à Vincennes. On demande également une mitrailleuse lourde. Un cordon de tirailleurs cerne maintenant la maison.
A midi, il y a près de 30 000 personnes autour du pavillon. Le siège se prolonge ponctué de tirs fournis. Finalement, décision est prise de dynamiter le repaire. Bonnot se sachant perdu occupe ses derniers instants à écrire un testament ! Le pavillon explose. Les policiers entre dans les débris et trouve Bonnot agonisant mais toujours enragé il leur crie "salauds". Ils tirent six balles et l'achèvent.

Témoignage sur l'arrestation de Bonnot le 28 avril 1912 à Choisy-Le-Roy, par madame Bernadac, 103 ans. (Audio, 1995)

Un autre témoin, André Grillot, raconte l'arrestation de Jules Bonnot, à laquelle il assista enfant. Il raconte que les voisins vendirent après l'arrestation des morceaux de la maison de Bonnot . (Audio, 1995)

La fin de la bande à Bonnot

Il reste deux membres de la bande à Bonnot en liberté : Garnier et Valet. La police les repèrent dans un pavillon de banlieue à Nogent-sur-Marne. Le 14 Mai 1912, la police investit les lieux et le siège va être encore bien pire que celui de Bonnot... Après 9 heures de siège, le pavillon est dynamité mais les deux hommes sont toujours là. 

Valet et Garnier se déchaînent. Après avoir éventré le pavillon à la dynamite, les policiers tentent une approche mais les deux malfrats les mitraillent à bout portant. L'assaut est donné à 2h00 du matin. Garnier et Valet tentent une dernière fois de tirer puis sont abattus. Le lendemain, les corps sont jetés dans la fosse commune du cimetière de Bagneux.

Tournage du film La bande à Bonnot de Philippe Fourastié, lui-même anarchiste, en 1968. Interview du réalisateur et de Jacques Brel qui joue (Raymond la science) sur le film, les thèmes soulevés dont l'anarchie et la misère. "On a oublié que les gens avait faim et froid à ce point là, il y a seulement 50 ans". 

La bande à Bonnot en chanson...

Joe Dassin, La bande à Bonnot

Jacques Brel, La bande à Bonnot

Pour aller plus loin

bonnot312

Après Bonnie... Bonnot (documentaire premium, 1968)

Chroniques sauvages : la bande à Bonnot et l'anarchie, de Robert Arnaud (émission audio Premium, France Inter juin 1995)

Reportage sur la pièce de théâtre La bande à Bonnot jouée au théâtre de l'ouest parisien en 1971 (vidéo)

Rédaction Ina le 20/04/2012 à 09:31. Dernière mise à jour le 28/02/2018 à 08:56.
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