Le 19 avril 1943, les juifs survivants du ghetto de Varsovie se soulèvent dans un ultime geste de révolte contre la barbarie nazie. 40 jours de combats plus tard, le ghetto est entièrement détruit mais la dignité a vaincu. Hommage en images.

Le ghetto : premier pas vers "la solution finale"

En septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne. C’est le début d’un long calvaire pour les juifs polonais. Les nazis commencent à les persécuter (port obligatoire d’un brassard, identification des magasins juifs, confiscation des radios, interdiction de voyager).

Le mois suivant, apparaissent les premiers ghettos : à Lublin, et un autre à Łódź. D’autres suivront. Celui de Varsovie naît en octobre 1940.

Retour sur les lieux en 1975 .

Le ghetto de Varsovie, d’hier et d’auhourd’hui, 1975

Le ghetto de Varsovie se situe en plein cœur de la ville. La communauté juive y est parquée : 380 000 personnes s’entassent sur 300 hectares. Les rafles des environs apportent un flot ininterrompu de nouveaux arrivants. En juin 1941, il y a 431 000 juifs enfermés et coupés du reste de la ville. En 1941, un soldat allemand prend des photos du ghetto.

Exposition de photos, Grande Arche de la Défense, 1992

Des conditions de vie inhumaines

Surpeuplé, l’endroit devient rapidement invivable. Dès le premier hiver, la nourriture et le combustible de chauffage manquent cruellement. L’hygiène se dégrade. La famine est le lot quotidien des familles enfermées derrière 16 kilomètres de murs et de fils barbelés. 40 ans plus tard, un témoin évoque l’horreur de cette période.

Un témoin en 1983

Le marché noir s’organise. L’écrivain Martin Gray , rescapé, raconte la vie quotidienne dans le ghetto et son activité de contrebande.

Témoignage de Martin Gray, 1973

100 000 personnes périssent d’épidémie et de famine. En 1983, Léon Abramovitch, raconte « la faim, le froid et la terreur » qui régnait dans le ghetto. Il décrit ce qu’ont vu ses yeux d’enfant de 12 ans.

Léon Abramovitch, 1983

Seuls les plus résistants et les plus chanceux survivent. En 2002, Roman Polanski, lui-même rescapé du ghetto, raconte l’histoire vraie d’un pianiste qui survécut dans le ghetto grâce à des circonstances extraordinaires. Le film intitulé « Le pianiste » remporte la Palme d’or à Cannes.

Le pianiste, 2002

La mort est partout, les corps décharnés s’accumulent dans les rues et sont jetés dans la fausse commune. Le processus d’élimination, jugé trop lent par les Allemands, se double bientôt de l’envoi de convois de juifs vers l’Est…

Le soulèvement des survivants

A l’été 42, une déportation massive se met en place. Les rafles sont quotidiennes. Les prisonniers sont conduits à la gare de triage de Varsovie, puis envoyés vers les camps de déportation : Treblinka, Auschwitz.

Dès le printemps 43, les nazis intensifient  les rafles et décident de détruire le ghetto. Le 19 avril 1943 , le général SS en charge de la zone ordonne à ses troupes d’attaquer . Il ne reste plus que 40 000 juifs coincés dans ce piège.

Dans un dernier sursaut de dignité, les survivants s’organisent, s’arment comme ils le peuvent et se battent au nom de la dignité humaine. Leur seul objectif est de mourir debout. Marek Edelman, l’un des derniers survivants du soulèvement décrit leur état d’esprit.

Marek Edelman, 2008

Les allemands comptaient éradiquer le ghetto en trois jours, contre toute attente, les combats dureront six semaines.

La destruction du ghetto, Jean-Marie Drot, 1956

En 1961, Frédéric Rossif réalise un documentaire sur le soulèvement de 1943.

Extrait du film Le temps du ghetto de Frédéric Rossif

Le documentaire est constitué d’images d’archives, de photos et de témoignages de rescapés. Il décrit son travail de reconstitution.

Frédéric Rossif, 1961

En 1965, une survivante Anna Langfus, donne un témoignage poignant de l’insurrection menée par une poignée d’hommes, de femmes et d’enfants à peine armés.

Anna Langfus, 1965

 

Vaincre l’oubli

Les rescapés témoignent pour que l’on n’oublie pas le courage de leurs amis disparus.

En 2005, l’écrivain Marek Halter, rescapé du ghetto, assiste à une commémoration à Auschwitz. Très ému, il insiste sur le devoir de mémoire.

Marek Halter, ancien prisonnier du ghetto et déporté à Auswitch, 2005

Certains polonais préservent les souvenirs du drame en veillant sur les vestiges du ghetto.

Le gardien du mur, 2008

Les 40 jours de combats n’ont laissé que des ruines. Mais ces héros anonymes du ghetto ont su préserver le plus important pour les générations futures : l’espoir et la dignité.

Pour aller plus loin

Les dossiers de l'écran : le ghetto se suicide (24 avril 1973, Premium)

Chroniques sauvages : Les chroniques du ghetto de Varsovie. (Emission audio, 1988)

Présentation du film Korzak d'Andrzej Wajda à Cannes en 1990.

Rédaction Ina le 15/04/2013 à 17:48. Dernière mise à jour le 13/04/2018 à 14:53.
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