« C’est un choc pour tous les jeunes gens qui ont lu ce livre. Parce qu’il a cette qualité extraordinaire […] d’intimité : vous êtes dès le début porté par la voix de ce jeune homme, de ce Holden Caufield, […] un jeune américain paumé et malheureux, et qui trois jours durant à New York évite le retour à la maison ; il a été viré de la pension dans laquelle il était étudiant et il n’ose pas rentrer chez lui. Pendant trois jours, il traîne et vagabonde dans New York et le journal est la confession à la première personne de ce qui arrive à ce gosse, à cet adolescent complètement perdu qui contemple la corruption, la bêtise, la connerie, il n’y a pas d’autres termes, des adultes »…

Philippe Labro, comme tant d'autres amoureux de la littérature, est tombé sous le charme de ce livre écrit en 1951 par l'Américain J.D Salinger (sous le titre original de The Catcher in the Rye). Un livre qui s'est vendu à plus de 65 millions d'exemplaires à travers le monde, rencontrant toujours, près de 70 ans après sa parution, le même succès d'édition.

Pour Philippe Labro, qui connaît bien l'Amérique pour y avoir étudié pendant deux ans en Virginie, à l'âge de 18 ans, Salinger « porte ce regarde de l'adolescent sur la comédie des adultes, sur toutes ces choses qu'il trouve absurdes et auxquelles il ne veut pas participer. Et en plus, il a une histoire... car évidemment s'il est aussi paumé, aussi perdu, aussi malheureux, et s'il est aussi plein de dérision, d'ironie et de méchanceté puisqu'il passe son temps à agresser les autres et donc à se faire agresser [...], c'est parce qu'il a un frère qui a disparu quand il était très jeune ». 

Un mythe littéraire qui participe aussi de la personnalité de l'auteur, le mystérieux J.D Salinger... 

Salinger naît le 1er janvier 1919 à New York, d'un père juif d'origine polonaise et d'une mère catholique d'origine irlandaise. Peu doué pour l'école, il s'enthousiasme pour les cours d'écriture qu'il suit à l'université Columbia en 1939. Ses premières publications et nouvelles rencontrent un certain succès d'estime. Il participe à la Seconde Guerre mondiale sur le front européen de 1942 à 1945. Une expérience qui se révèle déterminante et traumatisante. Il est parmi les premiers à pénétrer dans les camps de concentration libérés. En 1945, il est hospitalisé pour cause de stress post-traumatique.

Ses origines familiales l'inspireront notamment dans la construction fictive de la famille Glass, dont les personnages reviendront dans plusieurs de ses écrits, et notamment Franny et Zooey, paru en 1961.

A son retour de la guerre, Salinger se remet à l'écriture. En 1948, il signe une nouvelle parue dans le New Yorker qui fait sensation, Un jour rêvé pour le poisson banane, qui l'installe parmi les auteurs importants de la littérature américaine. 

L'Attrape-coeurs, un succès qui est trop lourd à porter pour son auteur...

C'est avec le succès phénoménal de l'Attrape-coeurs que Salinger commence à se retirer du monde, abandonnant sa vie new yorkaise pour le calme et l'isolement de la petite ville de Cornish, dans le New Hampshire.

Sa dernière publication, Hapworth 16, 1924, date de 1965. Jusqu'à sa mort survenue en 2010, l'écrivain vit reclus, n'accordant plus aucune interview et refusant tout entretien, même avec ses pairs. Une légende se créée autour de son personnage, provoquant chez de nombreux admirateurs l'envie de se confronter à ce personnage hors norme. Une réputation que raconte Philippe Labro au micro de France Inter, en 2010.

Reste alors pour les jeunes (et moins jeunes) du monde entier la lecture et la relecture de ce chef-d'oeuvre de la littérature qu'est l'Attrape-coeurs. En 1973, la jeune comédienne Martine Verovet racontait avec enthousiasme sa passion pour ce livre. 

Rédaction Ina le 28/12/2018 à 17:18. Dernière mise à jour le 03/01/2019 à 18:34.
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