Plus de vingt ans après le meurtre de Sophie Toscan du Plantier, le journaliste irlandais Ian Bailey, 62 ans, principal suspect, doit comparaître aux assises à Paris mais les autorités françaises n'ont jamais réussi à obtenir de l'Irlande l'extradition de l'accusé. Retour sur une affaire qui défraie toujours la chronique.

C'est à quelques kilomètres d'un petit village paisible d'Irlande, dans le comté de Cork, que s'est déroulée l'une des plus sordides affaires de ces vingt dernières années. Le 23 décembre 1996, à Schull, en bord de mer celtique, Sophie Toscan du Plantier est retrouvée assassinée par une voisine. Son corps est défiguré. C'est le début d'une longue enquête dans ce petit village de pêcheurs, où aucun meurtre n'avait été commis auparavant.

Troisième femme du célèbre producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier, la victime était venue passer quelques jours seule dans sa maison isolée. Pour la police, l'assassin connaissait bien les alentours. Quelques jours après l'assassinat, Noel Smith, commissaire en chef de la région de Cork établissait un premier profil de l'assassin : "Nous devons rester ouverts à toute éventualité mais il semble qu'elle connaissait son agresseur." Autre élément, la maison de la victime était située dans un endroit isolé et très difficile d’accès. Malgré plus de 60 inspecteurs mobilisés, l'enquête n'obtient aucun résultat probant. Un mois après la découverte du corps, Noel Smith lançait même un appel à témoins lors d'une émission de télévision : "Je sais que les gens de la région de Cork sont traumatisés par la mort de cette française et ceux qui savent quelque chose doivent nous aider à trouver son meurtrier."

"Je suis innocent, je n'ai rien à voir avec ce meurtre."

                        Ian Bailey, principal suspect

Très vite, un suspect va être entendu : Ian Bailey. Journaliste et poète à ses heures perdues, il est accusé par deux témoins. Une femme assure l'avoir vu la nuit du meurtre tandis qu'un autre témoin aurait reçu ses aveux. Il devient le suspect numéro un, d'autant qu'il est l'un des premiers à s'être rendu sur les lieux du crime. Dans ses articles, figurent aussi des éléments qui n'ont jamais été communiqués à la presse par les enquêteurs. Interrogé à deux reprises en 1997 et 1998, il est pourtant relâché faute de preuves. Le 14 février 1997, quelques jours après son interrogatoire, il tentait de se défendre à la télévision : "Je ne l'ai jamais rencontrée, je n'ai jamais parlé avec elle. Je l'ai aperçue une fois, c'est un voisin qui me l'a montrée." Avant de rajouter, sûr de lui : "Si la police avait des preuves contre moi, je ne serais pas en train de vous parler. Ils ne m'auraient pas relâché. Je sais que je suis innocent, je n'ai rien à voir avec ce meurtre.". Et quand le journaliste lui demande si il a tué Sophie Toscan du Plantier, Ian Bailey répond catégoriquement : "Non !". Sans preuve matériel, la police irlandaise ne peut pas incarcérer Ian Bailey d'autant qu'il a un alibi. Sa femme assure qu'il a passé la nuit avec elle lors du meurtre. 

Ian Bailey ne fait l'objet d'aucune poursuite en Irlande. La France demande alors son extradition mais la justice irlandaise refuse. Une bataille judiciaire que regrettait Marguerite Bouniol, la mère de la victime, en 2003 : "Dans le compte rendu des gens qui avaient parlé en Irlande devant le juge, on s'est dit que ce n'était pas possible qu'on ne l'ait pas arrêté avec tout ça."

Ian Bailey doit être jugé ce lundi aux assises de Paris. Un procès marqué par son absence. En cas de condamnation, il devrait faire l'objet d'une nouvelle demande d'extradition. 

Jérémie Gapin

Rédaction Ina le 27/05/2019 à 13:49. Dernière mise à jour le 28/05/2019 à 09:42.
Economie et société