Le 20 février 1952, s'ouvre le premier procès de Marie Besnard, inculpée pour l'empoisonnement de son mari, puis pour celui de douze autres personnes. La rumeur publique jouera un grand rôle dans les accusations portées contre elle. Retour sur les faits en images.

Marie Besnard s'est trouvée plongée dans l'une des affaires judiciaires les plus commentées du XXe siècle. En mai 1962, dans l'émission Lectures pour tous de Pierre Dumayet, de sa petite voix fluette, coiffée d'un petit bibi à voilette, elle présente son ouvrage intitulé Mes mémoires, dans lequel elle raconte ses trois procès et son acquittement. "Ça a été très pénible [de se replonger dans l'affaire] mais ça a été aussi un soulagement...". elle voulait surtout évoquer "les choses qu'on avait pas dites." Notamment la sympathie qu'on lui a prodigué, la ténacité de ses avocats. "J'aurais préféré entendre dire par le président du procès : Marie Besnard est innocente, plutôt qu’acquittée. J'ai toujours eu confiance car je n'avais rien fais, alors je me disais pourquoi on me condamnerait... C'est pour ça que j'ai pu tenir 14 ans."

Elle raconte une anecdote qui se déroula en attendant le verdict, lorsque les gendarmes l'on invité à boire du vin... Elle évoque aussi les nombreuses lettres anonymes reçues et qu'elle a brûlé. Elle explique qu'elle n'en veut plus à ceux qui ont voulu lui faire du mal et qu'ils ont quitté la ville de Loudun depuis.

A l'ouverture de son premier procès, le 20 février 1952, Marie Besnard est d'ores et déjà condamnée par l'opinion publique. Pourtant elle se déclare innocente devant le juge. De quoi l'accuse-t-on ?

Une première mort mystérieuse

Le 25 octobre 1947, Léon Besnard, commerçant à Loudun, meurt après une agonie de plusieurs jours. Le diagnostic suppose une crise de foie, mais la rumeur, elle, accuse l'épouse…
Une amie et locataire des époux Besnard, madame Pintou, confie à un proche cette histoire : le mari, avant de mourir, aurait confié que sa femme "lui aurait servi de la soupe dans une assiette où se trouvait déjà un liquide." Marie Besnard est soupçonnée d'avoir tué son mari. Le corps du défunt est exhumé : on retrouve 19,45 mg d'arsenic, sans que la terre du caveau et le bois du cercueil n'en portent la moindre trace. Marie Besnard est inculpée.

Douze cadavres

En 1949, l'enquête, soutenue par le témoignage de nombreux habitants de Loudun, met en avant plusieurs décès dans l'entourage de l'accusée. Des autopsies sont alors réalisées sur douze autres corps : elles révèlent des traces d'arsenic dans chacune des dépouilles. Parmi les victimes : le premier mari de Marie Besnard, sa grand-tante par alliance, sa mère, son beau-père, sa belle-mère.
Deux mobiles attirent l'attention du magistrat instructeur : l'argent, Marie Besnard ayant hérité directement ou indirectement des biens de ces personnes. Et la passion : Marie Besnard est supposée avoir noué une relation très intime avec un ancien prisonnier allemand, Alfred Dietz, que le couple avait recueilli chez lui et conservé comme homme à tout faire.

Des procès à rebondissements

A l'ouverture de son premier procès, le 20 février 1952, Marie Besnard se déclare innocente devant le juge. La psychiatrie se penche sur son cas et en conclut que Marie Besnard est "anormalement normale". Les experts scientifiques se suivent à la barre des témoins, mais leurs conclusions sont plus ou moins nuancées et se contredisent. Dans l'émission Les dossiers de l'écran, en 1980, le toxicologue Jean-Marc Rouziaux revient sur les ratés des expertises, qui ont permis, par la suite de faire évoluer la discipline. Dans l'impossibilité de trancher, le juge reporte le procès.

Deux ans plus tard se déroule le deuxième procès. Dans la confusion la plus totale. Impossible de déterminer d'où provient l'arsenic contenu dans tous ces corps. D'un empoisonnement ? D'engrais chimiques qui polluent la terre du cimetière ? La Cour de Poitiers renvoie l'affaire devant la Cour d'Assises de la Gironde et Marie Besnard au fort du Ha.

Une histoire sans vérité ?

En 1960, Maître Gauthrat, son avocat, revient sur l'affaire de sa cliente qui lui avait demandé de l'aider avec cette phrase : "Si vous avez refusé mon dossier c'est que vous me croyez coupable et et vous me croyez coupable c'est que vous n'avez pas lu mon dossier. Et marie Besnard avait raison !" il revient notamment sur les expertises et les fréquentes erreurs judiciaires dans les affaires d’empoisonnement.

Fin 1961, troisième et dernier procès.

Le 21 février 1961, le chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher, qui a suivi toute l'affaire depuis ses débuts, fait le compte-rendu de l'ouverture du troisième procès de Marie Besnard, alors âgée de 65 ans. Il précise : "Si ce n'est pas une femme intelligente, c'est une femme de tête..."

Marie Besnard est acquittée. La voilà avant son verdict.

L'arsenic proviendrait du sulfatage des fleurs et des ornements funéraires du cimetière. Les preuves ne sont donc pas fondées. Devant les jurés, celle qu'on surnomme "la bonne dame de Loudun" pardonne même à son ancienne amie, madame Pintou.
Le verdict du troisième procès met fin à douze ans de rebondissements judiciaires. Marie Besnard rentre chez elle, où elle s'éteindra le 14 février 1980.

Pour aller plus loin

Cinq colonnes à la Une : rétrospective de l'affaire Besnard (6 mars 1959)

D'autres documents vidéos et audios sur cette affaire.

Rédaction Ina le 18/02/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 19/02/2019 à 13:09.
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