Du romancier au dramaturge

giraudoux

Jean Giraudoux est né à Bellac dans le Limousin en 1882.

Festival Giraudoux à Bellac, 1969

Après de brillantes études littéraires (reçu à l’École normale supérieure en 1903 et à Harvard en 1906), le jeune homme entame une carrière diplomatique : vice-consul, inspecteur des postes diplomatiques et consulaires, commissaire à l’information.

Hommage à Giraudoux dans son lycée de Chateauroux, 1982

En parallèle, le diplomate s’essaye avec succès à l’écriture et publie plusieurs romans : « Simon le pathétique » (1929), « Suzanne et le Pacifique » (1921), également « Juliette au Pays des hommes » (1924).

Giraudoux à propos de l’œuvre romanesque et théâtrale 27 avril 1939 (audio)

Sa rencontre avec un célèbre comédien et metteur en scène de théâtre va bouleverser sa vie artistique

Louis Jouvet : une collaboration fertile

En 1928, le romancier croise la route de Louis Jouvet. Les deux hommes ont une vision commune de la littérature. L’acteur incite l’écrivain à adapter l’une de ses œuvres, Giraudoux choisit « Siegfried et le Limousin ».  

Piccoli joue Siegfried, 1963

La pièce est rapidement montée à la Comédie des Champs Élysées. Durant plusieurs semaines la salle ne désemplit pas.

Pendant onze années, les deux hommes travaillent de concert à la grandeur de l’art dramatique. Chaque rentrée théâtrale est marquée par une nouvelle pièce : « Amphitryon 38 » (1929), « Intermezzo » (1933)

Intermezzo : extrait, 1956

et le semi-échec de « Judith » (1931).

Extraits de Judith, 1964

Le péril monte

En 1934, Jean Giraudoux est nommé inspecteur général des postes diplomatiques et consulaires et assiste à la progression d’Hitler. La montée des périls en Europe lui inspire ce qui va rester comme l’un de ses chefs-d’œuvre : « La guerre de Troie n'aura pas lieu », une pièce pessimiste qui décrit le cynisme et les mensonges des politiciens.

La guerre de Troie n'aura pas lieu, 1988

Jean Vilar écrivit même à l’époque qu’il s’agissait de l’une des plus grandes œuvres de ces cent dernières années.

Jean Vilar, 1963

En 1936, Jean Zay lui propose la direction de la Comédie-Française, il la refuse. La même année, il devient commandeur de la Légion d'honneur. Sa productivité dramaturgique est au sommet. En 1953, au micro de Léon Zitrone, son fils évoque sa capacité exceptionnelle de travail

Travailleur acharné, 1953 (audio)

En 1937, à la présentation d’Électre certains le comparent à Racine.

Electre à la Comédie Française, 1959

Deux ans plus tard, s’inspirant de la littérature allemande, qu’il admire depuis ses études, il écrit une tragédie-féérie intitulée « Ondine » (1939). Interview du maître avant la première représentation de sa pièce.

Interview du maître Ondine, 1959 (audio)

Le trouble de la guerre

A l’approche de la guerre qu’il sait inévitable, Giraudoux s'engage en politique. Lors du remaniement ministériel du 29 juillet 1939, il est nommé par Édouard Daladier « commissaire général à l'information » et prononce ses « Messages du Continental », contre la guerre hitlérienne.

Allocution contre la propagande radiophonique allemande, 1939 (audio)

En mars 1940, Paul Reynaud le nomme président d'un « conseil supérieur de l'information », qu’on rapproche plus de la propagande. Sa situation pendant l'Occupation est complexe et encore sujette à débat. Après la défaite, il démissionne et part rejoindre sa mère près de Vichy. Jouvet a quitté la France, le théâtre s’éloigne également de l’auteur.

Il poursuit néanmoins ses travaux littéraires et publie : « Apollon de Bellac », « Sodome et Gomorrhe » ainsi que « La Folle de Chaillot ».

La folle de Chaillot, 1980 

Giraudoux devient également directeur littéraire chez Gaumont et participe à des adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires : « La Duchesse de Langeais » de Balzac pour le film éponyme de Jacques de Baroncelli ou des « Anges du péché » pour Robert Bresson. 

En 1943, de retour à Paris, il monte « Sodome et Gomorrhe » dans lequel Gérard Philipe joue un ange.

Sodome et Gomorrhe, enregistrement de 1953 (audio) 

Une mort mystérieuse

Après le décès de sa mère en 1943, sa santé se dégrade. Jean Giraudoux meurt le 31 janvier 1944, il a 61 ans. Selon la version officielle, à la suite d'un empoisonnement alimentaire, mais, plus probablement, d'une inflammation du pancréas. 

Obsèques de Giraudoux, février 1944

Cependant, quelques jours après son inhumation, Claude Roy fait courir le bruit qu'il a été empoisonné par la Gestapo. Allégation reprise ensuite par Louis Aragon. Le mystère des conditions exactes de la disparition du dramaturge persiste toujours.

En seize pièces seulement, cet auteur de génie a marqué l’art littéraire et dramatique d’une empreinte indélébile et inspiré de grands auteurs contemporains. En 1983, Jorge Semprun raconte pourquoi Giraudoux est à l’origine de sa vocation littéraire.

Jorge Semprun, 1983

Pour aller plus loin : 

Collection audio "Pages arrachées à Jean Giraudoux"

Oeuvres théatrales de Jean Giraudoux à la radio

Oeuvres théatrales de Jean Giraudoux à la télé

Rédaction Ina le 24/01/2014 à 10:31. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 11:32.
Littérature Théâtre