Il y a 50 ans, la loi Neuwirth légalisait la pilule

Redaction Ina le 24/12/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 19/12/2017 à 15:25.
Médecine, Santé Vie sociale
La pilule

Adoptée le 19 décembre 1967, la loi Neuwirth était votée le 28 décembre 1967. Cinq ans plus tard, le 8 mars 1972, le décret sur la contraception légalisant la vente de la pilule et autres méthodes anti-conception entrait en vigueur en France. Retour sur l'un des plus importants acquis féminins du XXe siècle.

La loi d'un homme...

Parce que "La contraception empêche le train de partir alors que l'avortement le fait dérailler", le député Lucien Neuwirth propose en 1967 une loi légalisant la contraception médicalisée. Malgré bon nombre d'opposants, cette loi est adoptée le 28 décembre de la même année. Il faut dire qu'à cette époque, la question de la maîtrise de la procréation est épineuse. Son principal obstacle étant la loi de 1920 qui limite l'accès à la contraception et réprime l'avortement. Retour en images sur l'un des plus importants acquis féminins du XXe.

Le carcan de la loi de 1920

Au sortir de la Première guerre mondiale, cette loi « anti-avortement » de 1920 s'affiche comme une mesure de circonstance, censée relancer la natalité mais aussi interdire toutes informations sur les méthodes contraceptives. Le seul moyen alors pour les femmes est de recourir à l'avortement clandestin. Une solution aux conséquences trop souvent funestes.
Face à ce constat, le Dr Marie-Andrée Lagroua-Weill-Hallé va tenter de diffuser en France les principes du "Birth Control" américain. Elle fonde en 1956 la "Maternité heureuse" qui deviendra en 1960 le Mouvement français pour le planning familial.

Outre la propagation de l'information sur les moyens anticonceptionnels, l'association fournit clandestinement les femmes en contraceptifs.

La libéralisation de la contraception

Mais l’indicible et l'illégalité sont de moins en moins acceptés par des femmes qui revendiquent ouvertement le droit d'avoir "un enfant si je veux, quand je veux". C'est ainsi que, porté par ce mouvement d'opinion, Lucien Neuwirth plaide le dossier sur la contraception auprès du général de Gaulle. "Vous avez donné le droit de vote aux femmes, je crois que maintenant, il faut leur donner le droit de maîtriser leur fécondité". Imparable !

Le Président de la République ordonne que cette proposition de loi soit inscrite à l'ordre du jour. Mais les débats à l'Assemblée sont houleux. Certains parlementaires regrettent « qu'un tel projet ne puisse pas être discuté à huis clos comme aux Assises quand il s'agit d'une affaire de mœurs » et affirment que « les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus que des objets de volupté stériles ».

Quoiqu'il en soit la loi Neuwirth est votée et scelle la libéralisation de la contraception en France. Il faudra attendre le 4 décembre 1974 pour que la contraception soit véritablement libéralisée et remboursée par la Sécurité Sociale, 7 ans après son autorisation et attendre la loi Veil de 1975 pour que l'IVG et la publicité sur les moyens de contraception soient légalisées.

Victime de son succès 

Depuis, la France a largement adopté les différentes méthodes contraceptives, notamment la pilule. Le taux d'utilisation de la pilule chez la femme de 20 à 44 ans passe de 5 % en 1970, à 37% en 1978 et même 60 % en 2001 (Ined).
Alors, plus de quarante ans après la loi Neuwirth sur la limitation volontaire des naissances, qu'en est-il ?

Aujourd'hui, si huit naissances sur dix sont planifiées, une grossesse sur trois n'est pas prévue. Ainsi, ce ne sont pas moins de 210 000 IVG qui sont pratiquées chaque année dans le pays.