Ida Grinspan, l'une des dernières survivantes de la Shoah, rescapée du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, vient de disparaître à l'âge de 89 ans. Toute sa vie, elle lutta contre l'oubli et raconta son expérience de la déportation dans tous les lycées de France. Hommage.

Ce dimanche 29 avril 2001, c'est la journée nationale des victimes et des héros de la déportation... Les yeux des lycéens sont fixés sur une petite dame joviale, au ton déterminé, installée derrière un bureau sur une estrade. A peine plus haute que le micro dans lequel elle raconte ses souvenirs, cette femme c'est Ida Grinspan, une rescapée de la Shoah. Pour elle, c'est un devoir de mémoire de témoigner devant ces jeunes. Elle a décidé de sillonner la France pour raconter son histoire dans les écoles et les lycées. Pour que personne n'oublie et pour que cela ne se reproduise jamais.

L'émotion est palpable. Les adolescents silencieux écoutent pendant deux heures ses mots qui décrivent l'inconcevable.

Ida avait 14 ans, à pleine plus âgée que son auditoire, lorsqu'elle a été déportée au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau.

Elle ne prend pas de gants pour décrire son arrivée dans le camp. Marquer les esprits, c'est une victoire sur l'ignorance : "Les femmes n'ont pas pris de gants et nous ont dit très brutalement ce qui se passait dans le camp. Qu'il y avait des chambres à gaz et des fours crématoires et que les gens qui étaient arrivés ce matin, c'était fini… Et bien je dois vous dire qu'aucune de nous ne les a crues".

A cet adolescent qui lui demande si elle ne ressent pas la culpabilité de la survivante, elle répond : "Mon père et ma mère sont morts en déportation. Alors je pense avoir payé le plus lourd tribut qu'un individu puisse payer".

A l'issue de la conférence, les adolescents sont conscients de l'importance du témoignage et prennent la mesure de l'atrocité de la "solution finale". Ce jeune garçon déclare : "Il faut toujours être vigilent, ça peut se reproduire. Et comme les gens ne seront plus là pour en parler, il faut bien que quelqu'un en parle, c'est pour ça qu'il faut pouvoir en parler à toutes les générations à venir."

Comment croire en l'horreur ?

Ces jeunes ne connaissent les camps de déportation que par le cinéma. Les propos de l'ancienne déportée sont illustrés par une exposition de photos terrifiantes, que les adolescents découvrent avec stupeur. Certains détournent les yeux face aux corps décharnés des morts vivants des camps. Les survivantes les accompagnent pour les aider à affronter ces clichés de l'horreur.

Cet élève de 1ère déclare : "Je faisais le malin et tout. Je veux venir voir, mais là c'est vrai que [Silence] dire que ça c'est des hommes comme nous, comme moi, comme vous, c'est un peu difficile de croire. Voir des tas comme ça et se dire que c'étaient des hommes comme moi, ils marchaient, ils parlaient."

Passer le flambeau aux jeunes générations, c'était son combat. A eux désormais de transmettre ces témoignages irremplaçables.

Pour aller plus loin

Ida Grinspan en visite dans une école primaire (2014) 

Ida Grinspan raconte son histoire à des lycéens du lycée Kyoto de Poitiers pour le 70ème anniversaire de la libération d'Auschwitz (2015) 

Rédaction Ina le 25/09/2018 à 14:30. Dernière mise à jour le 25/09/2018 à 15:59.
Histoire et conflits Seconde Guerre mondiale