Grèce : la dictature des colonels

Redaction Ina le 10/07/2014 à 15:39. Dernière mise à jour le 18/04/2017 à 11:48.
Histoire et conflits Politique

Il y  a 50 ans, le 21 avril 1967, les Athéniens découvraient au réveil les chars postés aux points stratégiques de la ville. La dictature militaire des colonels allait sévir en Grèce jusqu’en 1974. Retour sur ces sept années de plomb, jusqu’à la crise chypriote de juillet 1974 et au rétablissement de la démocratie…

De l'instabilité à la dictature

Depuis le milieu des années 60, la Grèce connait une instabilité politique qui met en péril l'équilibre du pays. L'armée profite du limogeage du Premier ministre Georges Papandréou par le roi Constantin II, mais surtout de l'affaiblissement de l'état par la succession de gouvernements fantoches pour prendre le pouvoir.

Cinq colonnes à la Une : La crise grecque, septembre 1965

21 avril 1967. Une junte de colonels menée par Geórgios Papadópoulos fomente un coup d'état et abat la Constitution. Les blindés entrent dans Athènes.

Décembre 1967. Le roi tente de reprendre le pouvoir et organise un contre-coup d'État qui échoue. Constantin II s'exile avec sa famille à Rome. Il réaffirme ici son désir de rentrer en Grèce. 

Déclaration de Constantin II, 21 décembre 1967

Un régime contesté

Désormais, les militaires ont le champ libre et instaure une dictature. Ce régime autoritaire verrouille le pays et limite les libertés individuelles. Des pseudo gouvernements se succèdent dans un simulacre de démocratie.

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 Geórgios Papadópoulos à la tribune, 1967

1968 est une année difficile pour la dictature : le colonel Papadópoulos échappe à un attentat préparé par Aléxandros Panagoúlis. Ce dernier est condamné à mort. Une très forte mobilisation internationale permet d'annuler son exécution. Panagoúlis échappe à la peine de mort.

1er novembre 1968. Le décès du populaire Georges Papandreou qui était placé en résidence surveillée provoque de grandes manifestations anti régime.

Mort de Papandreou 1968, 1er novembre 1968

Décembre 1969. La Grèce est également exclue du Conseil de l'Europe.

L'Europe exclut la Grèce des colonels, novembre 1969

Une opposition muselée

Opposants, intellectuels, hommes de gauche et journalistes sont pourchassés et arrêtés. La torture est pratiquée dans les prisons. Certains sont déportés sur des îles désertes de l'Égée.

En 1970, sous la pression française, le journaliste Jean Starakis est libéré par le régime des colonels. Il revient sur ses conditions de détention et la torture qu'il a subie : la falanga.

Jean Starakis libéré, 1970

S'exiler

Pour de nombreux grecs, la seule issue est l'exil. De leur terre d'accueil, ils continuent à soutenir leur pays meurtri. Andreas Papandreou, le fils de l'ex Premier ministre, emprisonné puis amnistié par la junte se réfugie en France. Il réaffirme ici son désir de lutter.

Conférence de presse Papandréou, 18 janvier 1968

Depuis les États-Unis, l'actrice Mélina Mercouri devient à son tour l'ambassadrice des résistants.

Mélina Mercouri, juillet 1967

Accueilli  par la France, le compositeur Mikis Theodorakis réitère son engagement pour le retour de la démocratie dans son pays. Il revient sur sa libération de prison.

Mikis Theodorakis, avril 1970

Délitement de la dictature

29 juillet 1973. La junte organise un référendum qui aboutit à l'abolition de la monarchie et à la proclamation d'une République dont Papadópoulos devient le 1er président.

 

Le roi, réfugié à Rome, conteste sans résultat la validité de ce référendum. 

Référendum, 30 juillet 73

Début novembre 1973. 10 000 étudiants grecs se soulèvent contre le régime qu'ils qualifient de fasciste. Les émeutes deviennent populaires et politiques. La loi martiale est instaurée.

Le peuple se soulève, novembre 1973

25 novembre 1973 : l'armée modérée met en place un couvre-feu et son nouveau leader Phaedon Ghizikis destitue et remplace Georges Papadopoulos.

Situation en Grèce, 25 novembre 1973

La crise chypriote

La dictature n'est plus qu'une question de jours. La crise chypriote de l'été 1974 va provoquer la chute définitive de la junte des colonels.

15 juillet 1974. A Chypre, une organisation paramilitaire grecque soutenue par les colonels grecs (l'EOKA) tente de renverser celui qui dirige l'île gréco-turque : Mgr Makarios. Leur projet échoue.

Prise de pouvoir à Chypre

20 juillet 1974. En réaction à cette rupture du fragile équilibre qui existait entre les communautés grecque et turque qui cohabitaient jusqu'alors sur l'île, les troupes turques envahissent le Nord de l'île. C'est la partition en deux États.

Les forces en présence, 20 juillet 1974

La chute des colonels

23-24 juillet 1974. Cette intervention chypriote ratée précipite l'éviction des colonels à Athènes. Phaedon Ghizikis rappelle Constantin Caramanlis, l'ex premier ministre exilé depuis 1963. Il rétablit la liberté d'expression et la représentation des partis.

Restauration de la démocratie, 24 juillet 1974

27 juillet 1974. Trois jours après la chute des colonels, Caramanlis libère les prisonniers et autorise les exilés à rentrer.

Investiture de Caramanlis, 27 juillet 2014

Novembre 1974. Des élections pour la Constituante sont organisées en Grèce.

Elections en Grèce, 16 novembre 1974

18 décembre 1974. Caramanlis triomphe.

Après référendum, les Grecs choisissent la République et abandonnent la monarchie. L'ancien souverain n'est plus le bienvenu. Il renonce à ses prérogatives royales.

Passage à la République, décembre 1974