Un roman et des millions à dépenser

Recette pour rester jeune : « il faut avoir très confiance dans la vie, ramasser des coups dans tous les sens et refaire confiance à la vie. Il faut trois étapes. » Françoise Sagan aimait la folie de la vie, ses imprévus, ses joies. Elle raffolait de sa liberté, un thème qu'elle a exploité jusqu'au bout dans ses œuvres. La plus grande d'entre elles : « Bonjour Tristesse », un roman écrit à 18 ans.
Paru à l'aube des années 1950, cette œuvre controversée traite du désir sexuel d'un point de vue féminin. Pourtant, elle a fait le tour du monde et a considérablement enrichi sa créatrice. Françoise Sagan (née le 21 juin 1935 de son vrai nom Quoirez) est issue d'une famille de la grande bourgeoisie française. Elle a vécu les années de guerre à l'abri du besoin et, lorsqu'elle reçoit des millions de francs de droits d'auteur, elle ne peut que suivre le conseil de son père : « dépense tout. »

La vie comme de grandes vacances

La toute jeune romancière adopte alors un style de vie les plus décalés. Tapages, alcool, fêtes de la Côte d'azur : Françoise Sagan cherche à fuir son ennui. Comme elle, ses personnages s'enivrent pour trouver l'illusion du bien-être : c'est le cas dans « Un Certain sourire », « Aimez-vous Brahms ? », « Les Merveilleux nuages », « Le Garde du cœur », « La Chamade » ou « La Femme fardée ».

Françoise Sagan aime les voitures de sport et la vitesse, « qui aplatit les platanes le long des routes et décoiffe les chagrins. » Mais, en 1957, un accident de voiture l'immobilise plusieurs mois à l'hôpital. Elle devient accroc à la drogue pour oublier sa douleur et s'investit dans l'écriture d'un journal : « Toxiques ». Françoise Sagan écrit également pour le théâtre, avec « Le Cheval évanoui » ou « Un Piano dans l'herbe ».

Elle entretient un nouveau vice : le jeu. « C'est une passion qui peut mener loin, un plaisir, un amusement fou. J'aime gagner et je suis chanceuse », justifiait-elle. Pour vaincre son addiction, elle demandera son interdiction des casinos.

Etre un accident qui dure

Totem d'une époque et d'une génération, « le charmant petit monstre » (comme aime la surnommer François Mauriac) traverse les années…et ramasse des coups : criblée de dettes, assaillie par le fisc, arrêtée par la brigade des stups. Elle divorce aussi à deux reprises : avec l'éditeur Guy Schoeller, puis avec l'Américain Robert Westhoff. Mais elle garde confiance : « je suis un accident qui dure » plaisantait-elle. Elle a appliqué sa propre recette de la jeunesse, elle qui a toujours gardé sa frange d'adolescente et son grand regard noir. Elle reste un être vrai et libre, malgré une fin de vie difficile.

Une épitaphe avant l'heure

Proche du président François Mitterrand, elle est reconnue coupable pour fraude fiscale autour de l'affaire Elf en février 2002. Malade, elle vit ses derniers jours hébergée chez des amis, jusqu'au 24 septembre 2004, où elle meurt d'une embolie pulmonaire. Dernier pied-de-nez à la vie : Françoise Sagan avait déjà rédigé sa propre épitaphe en 1990. C'était pour le besoin du Dictionnaire des écrivains et l'on pouvait y lire : « Fit son apparition en 1954 avec un mince roman, « Bonjour Tristesse », qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également bâclées ne fut un scandale que pour elle-même. »

Rédaction Ina le 10/06/2008 à 00:00. Dernière mise à jour le 23/09/2019 à 13:57.
Littérature