Fred Vargas, archéozoologue et médiéviste de profession, est connue du grand public pour ses romans policiers. Le 29 avril 2006, elle est l’invitée de Thierry Ardisson dans l’émission Tout le monde en parle pour évoquer son enquête consacrée à l’affaire Battisti. Mais c’est sur un tout autre sujet que sa présence ce jour-là sur le plateau fait sensation : les conséquences sanitaires et sociales d’une future pandémie de grippe. Des propos qui résonnent étonnement avec le quotidien de la France de 2020. 

Alors que la France vient d’être atteinte par l’épidémie de H5N1 (2004-2006), une grippe aviaire qui a tué des millions d’oiseaux à travers le monde et causé la mort d’une centaine d’humains, principalement des personnes en contact étroit et prolongé avec des volailles, Fred Vargas annonce une future pandémie mondiale qui ressemble en tous points à la crise du Covid-19.

Ses propos sont incroyablement visionnaires et prédisent, avec 14 ans d’avance, les problématiques auxquelles les Français doivent faire face quotidiennement face à la pandémie.

A commencer par la question des masques. Fred Vargas prévient, « le problème, c’est que des masques y en aura pas, ça on le sait, c’est un problème de production et de quantité ». Anticipant donc les difficultés des pouvoirs publics à prendre en charge la protection sanitaire des personnes, Fred Vargas annonce son projet de confectionner une « cape en plastique transparente […] » munie de lunettes et de « fermetures éclairs » qui permette à chaque personne de se protéger efficacement du virus.

Autre aspect de la crise sanitaire anticipé par l’écrivaine, le ravitaillement. Fred Vargas estime qu’une « quarantaine » sera inévitable et imagine la durée des sorties nécessaires aux besoins de première nécessité telle que nous l’avons vécue pendant le confinement : « Il faut arriver à avoir une autonomie pendant une ou deux heures pour aller faire ses courses ».

Et d’alerter sur les risques que fait courir la pandémie sur le corps social : « Ce qu’il faut éviter, c’est la dislocation sociale. [Lorsque] l’épidémie va tomber, en trois jours on va devenir des brutes. Il faut le savoir. Ça me paraît indispensable qu’on ne se mette pas comme des bébés en se demandant ce que fait l’état [pour nous]. L’état ne pourra pas faire grand-chose ».

Des propos, prémonitoires le plus souvent, qui montrent la fragilité du corps social et les changements de comportement que peuvent provoquer une pandémie. Verrons-nous fleurir les capes en plastique pour nous prémunir des « gouttelettes de Flügge » (ainsi nommées d’après le bactériologiste allemand Carl Flügge, qui en 1899 a été le premier à démontrer que les micro-organismes présents dans les gouttelettes expulsées des voies respiratoires sont un moyen de transmission de maladies) porteuses du Covid-19 ? 

Espérons en tous les cas que cette crise soit la plus courte possible. Paradoxalement optimiste, Fred Vargas nous disait en 2006 qu'il fallait tenir « un mois ». 

Rédaction Ina le 14/05/2020 à 13:19. Dernière mise à jour le 14/05/2020 à 13:39.
Economie et société