Les conditions de vie des animaux étaient au cœur d'un texte débattu à l'Assemblée nationale ce jeudi. Longtemps considérés comme de simples objets, leur vie et leur mort n'émouvaient pas grand monde autrefois. Et pourtant, en 1962, Brigitte Bardot devenait l'avocate des animaux et réclamait une mort sans souffrance dans les abattoirs.

Le 5 janvier 1962, la jeune comédienne, visiblement très émue, utilise le canal de Cinq colonnes à la Une, le magazine d'actualités le plus regardé de la télé à l'époque, pour se transformer en défenseure de la cause animale. Une position tout à fait inédite dans les années 1960.

Pierre Desgaupes, sur un ton très solennel, souligne d'ailleurs le caractère déroutant de cette intervention. Il l'interroge circonspect, " Brigitte Bardot, des millions et des millions de téléspectateurs vous voient en cette seconde apparaître au centre de leur écran. Vous avez quelque chose à leur dire. De quoi s'agit-il" ?

"On leur coupe la gorge et le sang s'écoule, entraînant la mort. Ça dure quelquefois trois, quatre ou cinq minutes"

Filmée en très gros plan, Brigitte Bardot débute sa plaidoirie en faveur de la cause animale, "il s'agit des abattoirs. C'est-à-dire de la façon dont on tue les animaux encore à notre époque. Bien sûr, ce n'est pas tout à fait ma place d'être ici ce soir. J'aurais préféré que ce soit quelqu'un d'autre qui me remplace. Mais comme personne n'est là... c'est moi qui suis là pour vous parler de cette horreur qui se passe encore actuellement. C'est-à-dire que les méthodes d'abattage d'animaux n'ont pas changé depuis le Moyen-Âge, déplore-t-elle. En contre plan, sur fond noir, ce qui renforce le caractère solennel de l'intervention, Pierre Desgraupes lui demande d'entrer dans le vif du sujet.

L'actrice pèse chaque mot de son intervention pour marquer les esprits, "les animaux sont égorgés. C'est à dire que les petits animaux, les veaux, les moutons et les chèvres sont égorgés vivants". A partir de cet instant, des images d'une vache en train de se faire égorger passent à l'écran, tandis que l'actrice poursuit sa description glaçante du supplice du bétail.

bb620

"On leur coupe la gorge et le sang s'écoule, entraînant la mort. Ça dure quelquefois trois, quatre ou cinq minutes". La caméra revient sur son visage. "Et pendant ces trois, quatre ou cinq minutes, la bête est vivante et souffre. Alors, j'ai su ça tout à fait par hasard, ne sachant pas, moi non plus. Il y a un an, je ne savais pas moi non plus comment ça se passait". 

Pierre Desgroupes l'interrompt en insistant sur le caractère incongru de ce combat, mené par elle, une actrice, "vous ne trouvez pas étrange que vous, Brigitte Bardot, vous vous occupiez de ces problèmes" ?

Mais la jeune femme lui renvoie sa question, "je trouve surtout étrange que personne d'autre ne s'en occupe". Ses yeux s'embrument légèrement tandis qu'une émotion palpable envahit l'écran, le journaliste insiste, "vous ne pensez pas que le public va trouver étrange que vous vous occupiez de cela ? Qu'il va se dire…" elle l'interrompt d'un sourire où pointe l'ironie, "que je fais de la publicité ?". Il acquiesce.

"Vous savez, je pense que je suis peut-être une des rares personnes au monde qui n'a pas besoin de publicité !", lui rétorque-t-elle.

"On devrait pouvoir se dire que la bête qui est morte et que l'on mange n'a pas souffert"

A ses côtés se trouve Jean-Paul Steiger, le fondateur du club des jeunes amis des animaux. Il s'est infiltré, dirait-on aujourd'hui, dans un abattoir pour observer les pratiques et les dénoncer. Brigitte Bardot le présente, "il a fondé ce club pour apprendre aux enfants à aimer les bêtes et lui aussi s'occupe des histoires d'abattoirs et de la façon dont on tue les bêtes. Parce que Jean-Paul, qui apprend aux autres à aimer les animaux, aime aussi les animaux et est allé travailler aux abattoirs pour pouvoir en parler. Il a donc travaillé pendant huit jours aux abattoirs de la Villette. Il a vu effectivement qu'on pourrait très bien, à notre époque, employer des méthodes beaucoup moins barbares. Bien-sûr, tout le monde mange de la viande et c'est tout à fait normal. Mais cette viande que l'on mange, on devrait pouvoir se dire que la bête qui est morte et que l'on mange n'a pas souffert".

Le jeune homme décrit ensuite son travail à l'abattoir, puis Brigitte Bardot reprend la parole pour proposer des méthodes moins brutales de mises à mort.

"Notre but, c'est de faire passer un décret qui interdise la tuerie sans anesthésie".

Brigitte Bardot reprend sa plaidoirie et dénonce fermement les conditions d'abattage.

"On les égorge vivants ! Je suis sûre que c'est un scandale [...] Moi, personnellement, bien-sûr, je n'ai rien à proposer. Mais il y a quelque chose qui existe, en Angleterre et au Danemark, qui est un pistolet et dans d'autres pays aussi. Un pistolet qui est muni d'un emporte-pièce avec une broche qui sort et qui transperce la boîte crânienne. Qui donc met l'animal K.O., si on peut dire, donc il ne souffre plus. Il y a aussi une sorte d'anesthésie par gaz carbonique qui existe. Et ça se fait dans pas mal de pays. Mais en France, personne ne s'est jamais occupé de ça. D'ailleurs, ça ne gêne personne. Et vous allez me dire : qui ça peut gêner de voir un animal souffrir ? Et notre ambition, notre vœu, notre but, c'est de faire passer un décret qui interdise la tuerie sans anesthésie ou sans "assommement" préalable. Avocate, je trouve que je suis un très mauvais avocat de toute façon. Mais je suis un peu l'avocat de cette cause"!

Pour aller plus loin

Voir la suite de cette tribune.

Florence Dartois

Rédaction Ina le 08/10/2020 à 19:04. Dernière mise à jour le 09/10/2020 à 09:06.
Economie et société