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Qu'est ce que La Paresse ?

Durant plusieurs siècles, les mérites du travail, du devoir et de la persévérance ont été exaltés. La paresse, quant à elle, était considérée comme un horrible défaut synonyme d’inertie, voire pire de négligence. Car ce mot désigne l’un des sept péchés capitaux, souvent couplé à la luxure. Pourtant, l’Église désigne en fait une autre notion, celle d’acédie : une  « paresse spirituelle », c'est à dire le fait de se désintéresser de tout, de ne croire en rien, de ne pas avoir foi. Heureusement, un saint guérirait ce mal affreux : Saint Blaise.

Évasions : Saint Blaise, celui qui guérit la paresse, 1984

Dans les années 50, le dimanche à la radio, on pouvait écouter des programmes dénonçant la fainéantise et expliquant comment la dépister et la vaincre !

Chronique de la voix de l'espérance, 1955 : la lutte contre la paresse (audio)

Un mal contagieux

Attention, la paresse est très contagieuse ! Elle frappe sans distinction. A l’image de ce juge de ligne qui s’assoupit en « plein travail » lors du match de tennis opposant Björn Borg à Pecci en 1979.

Sieste d’un juge de ligne, 1979

Toutes les classes sociales sont touchées. C’est ce que montre ce reportage humoristique de 1988 : de Philippe Castelli au testeur de matelas. Surprenantes révélations !

L’assiette anglaise : sujet humoristique sur la paresse, 1988

Les hommes politiques ne sont pas épargnés. On les voit souvent somnoler sur les bancs de l’Assemblée nationale. Certains revendiquent ouvertement le droit à la paresse. La parole est à Jean-Luc Mélenchon

Aquitaine actualités, 1992

La noblesse de la paresse

Cependant, au fil des ans, la mauvaise réputation de la paresse a cédé la place aux attraits du farniente. Philosophes, écrivains et artistes lui vouent un culte. En premier lieu, un certain Paul Lafargue, qui écrivait en 1880 un livre détonnant dans un XIXème siècle hyper productiviste : « Le droit à la paresse ». Cent ans plus tard, l’écrivain Louis Nucéra nous parle de cet ouvrage emblématique et explique pourquoi la paresse « est la mère du travail et la source de toutes les inventions ».

Louis Nucéra, 1986

L’oisiveté a un gros avantage sur l’activité, elle laisse le temps de la réflexion. Voilà ce que nous explique l’écrivain Albert Cossery en 1984

 

Les hommes livres : Albert Cossery, 1994

En 1959, Jean d’Ormesson, l’académicien prolixe, avoue lui aussi son goût du sommeil et du farniente.

Plaisir de la lecture : Jean d’Ormesson, 1959

L’art de ne rien faire

En effet, inaction rime aussi avec création. Les chantres du repos ont un roi. Il se nomme Henri Salvador, l’auteur de la célèbre chanson « Le travail c’est la santé ». Un véritable hymne à la paresse « Le travail c’est la santé. Rien faire c’est la conserver. Les prisonniers du boulot. N’font pas de vieux os ».

En 1964, entre deux éclats de rire et une partie de pétanque, il nous livre son secret du bonheur : « ne jamais travailler et être sérieusement drôle ».

Henri Salvador, 1964

Il se proclame officiellement « paresseux de métier » et effrayé par le travail.

Antenne 2 midi : Henri Salvador « philosophe français de l’école épicurienne », 1980

Certains artistes vont jusqu’à mettre en scène leur fainéantise. Maria Pacôme l’érige comme un art qu’elle cultive dans son one woman show de 2002

13h00 : one woman show de Maria Pacôme “L’éloge de ma paresse” 2002

D'autres en font des chansons comme ce savoureux "Tango corse" interprété par Fernandel.

Le tango corse

La société du farniente

Désormais, paresser devient un art de vivre et permet d’échapper du stress quotidien. Plus on commence tôt, mieux c’est. En 1958, la sieste est promue discipline pédagogique à l’école de Vanves.

Sieste : discipline pédagogique, 1958

La paresse devient une qualité recherchée. On lui consacre même des journées, comme à Finfarine. Son slogan « « ne rien faire mais le faire bien ».

Journée de la farniente au parc de la folie de Finfarine, 2005

A Saint-Malo, les candidats pro-paresse du R.U.T. se présentent aux élections législatives de 1997 et organise une « kermesse des oisifs » pour financer leur campagne.

Journée de la paresse pour les oisifs heureux, 1997

L’art de la paresse ça se cultive, de nombreux objets vous y aideront : le lit vibrant, l’interrupteur à distance, le ramasse journal, les chaussons fourrés, le masque pour dormir... Cora Vaucaire est emballée.

Aujourd’hui magazine : la paresse, 1977

Pour vivre heureux, soyez paresseux et imitez les Bretons de Landujan qui accueillent chaque année, entre fin avril et  début mai, les fées de la paresse. Elles endorment le village d'un coup de baguette magique et le rythme de vie des habitants se ralentit. C'est la fête de la lenteur, au sein de laquelle chacun se doit de paresser et de prendre – enfin - le temps de vivre.

Fête de la lenteur et de la paresse, 2005

Rédaction Ina le 08/11/2013 à 15:08. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 14:35.
Economie et société