Dirk Bogarde s'est éteint le 8 mai 1979, à 78 ans. Acteur fétiche de Joseph Losey ou de Luchino Visconti, porté au pinacle par la critique, le Britannique regrettait pourtant de ne pas être mieux connu du public.

Dirk Bogarde était un acteur rare, au jeu délicat. Né en 1921, il commence à se faire remarquer au cinéma au début des années 50. Il tournera une soixantaine de films au cours de sa carrière et sera dirigé par les plus grands, Cukor, Vidor, Fassbinder ou Visconti… Jusqu'aux années 60, il tient des rôles de jeunes premiers dans des films d'aventures, historiques ou des drames romantiques, avec de séduisantes partenaires féminines, rencontrant le succès, notamment Outre-Manche et aux USA. Mais la quarantaine venue, il opère un tournant drastique dans sa carrière lorsqu'il accepte le rôle, périlleux pour l'époque, d'un avocat victime d'un chantage homosexuel dans La Victime de Basil Dearden (1961). Ce rôle complexe va attirer l'attention de Joseph Losey, qui lui confie alors le rôle du valet sadique et ambigu de The Servant en 1963. Il tournera quatre films avec lui entre 1963 et 1967.

"Je suis très respecté mais je ne suis pas au box-office."

Le comédien britannique incarnera désormais des personnages torturés et ambigus qui vont lui offrir la reconnaissance de la critique, mais lui fermeront celles du box-office. Il le regrettait toujours amèrement dans cette interview du 20 juin 1976, dans Les Rendez-vous du dimanche de Michel Drucker. L'acteur y déplore d'avoir perdu de sa notoriété vers la quarantaine, après avoir cessé de jouer les jeunes premiers et de ne pas être parvenu à conserver la reconnaissance du public. "Je suis très respecté mais je ne suis pas au box-office".

Des personnages complexes

Dans les années 70, l'acteur au charme cinématographique vénéneux connait ce qu'on pourrait qualifier de "sombres" heures de gloire, à l'image des rôles que lui confient désormais les réalisateurs. Des rôles saturniens, bien loin des compositions solaires de ses débuts. Des personnages ambigus qu'il préfère qualifier de "complexes" dans cette interview de 1984 pour le JT de Marseille.

Dirk Bogarde peut tout de même se targuer d'avoir joué avec les plus grands cinéastes George Cukor, Richard Attenborough, Rainer Werner Fassbinder ou Liliana Cavani. En 1974, elle lui offre le rôle d'un ancien nazi dans le film Portier de nuit qui décrit une liaison sadomasochiste entre une ancienne victime de camp (Charlotte Rampling) et son bourreau SS. (Interview audio dans le journal de France Inter le 25 mars 1974)

L'égérie de Visconti

De la fin des années 60 à la fin des années 70, l'acteur collabore avec le réalisateur italien Luchino Visconti dans Les Damnés en 1969 mais surtout pour son rôle dans Mort à Venise en 1971. Un rôle pour lequel il obtient la Palme d'or du meilleur acteur au festival de Cannes cette même année. Le 2 juin 1971, dans Midi magazine, Luchino Visconti évoquait le propos de son film Mort à Venise, relatant un amour parfait entre un homme vieillissant et un jeune garçon dans la fleur de l'âge.

"Je n'ai pas tourné depuis treize ans, aidez-moi."

Les rôles vont se raréfier et à partir de 1978, l'acteur ne va plus tourner. C'est Bertrand Tavernier qui le sortira de sa traversée du désert en 1990 dans le film Daddy Nostalgie. Ce sera son dernier film. 

A Cannes, Dirk Bogarde décrivait alors son jeu pour ce rôle, sans sexualité et sans sentiments : "Je déteste le sentimental. C'est très américain." 

 

Dans le Soir 3 du 9 septembre 1990, à l'occasion de la sortie du film, Bertrand Tavernier évoquait son film avec Henry Chapier et notamment son choix de Dirk Bogarde qui n'avait pas tourné depuis 1978 et qui lui avait adressé une lettre désespérée : "Je n'ai pas tourné depuis treize ans, aidez-moi."

Neuf ans plus tard, Dirk Bogarde s'éteignait à la suite d'un cancer dont il se savait atteint depuis plusieurs années.

Pour aller plus loin

bogarde312

Midi magazine : Luchino Visconti à propos de son film Les Damnés. Sur le choix du thème du film consacré à une famille d'industriels lors de l'avènement du nazisme. (6 octobre 1969) 

Les rendez-vous du dimanche : reportage sur le  tournage du film Providence d'Alain Resnais. (20 juin 1976) 

Rétrospective Dirk Bogarde à l'occasion de son décès (Journal de la nuit, 8 mai 1999) 

Florence Dartois

Rédaction Ina le 07/05/2019 à 15:51. Dernière mise à jour le 07/05/2019 à 16:57.
Art et Culture Cinéma