Après 57 jours d’une bataille sans merci, le camp retranché de Dien Bien Phu tombe le 7 mai 1954, à 17h30, emporté par les assauts répétés des forces Vietminh du général Giap. Le site de Dien Bien Phu, entouré de montagnes, se situe aux confins du Nord Vietnam, proche de la frontière laotienne et chinoise.

Pour mieux comprendre tout l’enjeu stratégique de cette défaite, un petit retour dans le temps s’impose.  

En décembre 1953, lorsque les troupes françaises investissent la cuvette de Dien Bien Phu à la suite de  « l’opération Castor », l’état-major du général Henri Navarre pense porter un coup d’arrêt aux incursions du Vietminh, en le coupant de ses bases arrières du Laos, et en investissant la seule plaine nourricière des environs, empêchant ainsi le ravitaillement des combattants du Vietminh.

Pour ce faire, les Français choisissent donc la stratégie du camp retranché, ou camp « hérisson » : créer une enclave dans la jungle ou en territoire ennemi, occuper son territoire, fixer ses positions et contrôler à partir de ce camp retranché une large portion de son territoire.

Les Français s’installent donc à Dien Bien Phu sous les ordres du commandant de Castries et commencent à fortifier la plaine, en s’installant sur les hauteurs qui forment autant de promontoires destinés à couvrir la zone, et surveiller les montagnes alentours. Ces collines fortifiées sont nommées d’après des noms de femmes (Gabrielle, Béatrice, Anne-Marie…).

Une ancienne piste de l’armée japonaise est réaménagée, et l’aviation française peut donc ravitailler l’armée et transporter canons, tanks et matériels.

Durant les deux premiers mois de l’année 1954, les Français, retranchés dans leur nouvelle base de Dien Bien Phu, sont confiants. L’Etat-major et les renseignements jugent impensable que les forces Vietminh puissent transporter assez d’hommes et d’artillerie lourde pour menacer sérieusement leurs positions. Ils s’attendent à être attaqués, l’espèrent même, mais ils se sentent prêts à en découdre.

Le Vietminh attaque Dien Bien Phu...

Finalement, l’attaque Vietminh survient le 13 mars. La colline Béatrice, la plus éloignée du dispositif français, est attaquée et subit un lourd tir d’artillerie, qui démontre aux Français ahuris à quel point ils ont sous-estimé la préparation et la détermination des forces nord vietnamiennes. Le Vietminh a réussi, contre toute attente, l’exploit de faire parvenir à travers la forêt des canons de 105 mm, qui vont s’avérer catastrophiques tout au long de la bataille pour les Français. Ces derniers se rendent compte qu’ils sont désormais assiégés.

Une autre attaque survient le 14 mars, contre le poste Gabrielle. Après de lourdes pertes des deux côtés, les Français se résignent à abandonner ces deux premières positions.

Giap, commandant les forces Vietminh, décide de temporiser et d’opter pour une tactique moins frontale et moins coûteuse en hommes. De ses positions cachées dans la forêt, il pilonne les retranchements français, bien visibles, et surtout la piste d’atterrissage, qui devient impraticable à la fin du mois de mars.

Ce reportage des Actualités françaises du mois d'avril se veut rassurant. Mais en réalité, si des troupes et du matériel continuent à être parachutés sur Dien Bien Phu, c'est bien un aveu de faiblesse, car la piste étant inutilisable, les blessés français ne peuvent plus être exfiltrés du champ de bataille.

Les conditions sanitaires sont en réalité épouvantables, et durant le mois d'avril les combats continuent.

Les Français perdent de plus en plus de positions, si bien que lors des parachutages de nombreuses marchandises tombent dans les lignes ennemies. 

Fin avril, Dien Bien Phu résiste encore « héroïquement »

« En dépit des forces mises en jeu par les Viet, Dien Bien Phu résiste ». Ce reportage des Actualités françaises est lui aussi résolument optimiste, alors que la situation continue à se dégrader.

 

Finalement, à partir du 1er mai, les Nord-Vietnamiens lancent la dernière phase de l'assaut contre les positions françaises. Un dernier bataillon de parachutistes français est envoyé sauter dans la bataille, « pour l'honneur ». 

Le 7 mai, les Français se rendent.

Le 7 mai, le camp retranché français tombe aux mains de l'ennemi, le général de Castries ayant reçu les ordres depuis Hanoï de  « cesser le feu ». 

La nouvelle de la chute de Dien Phu, de ses 2293 Français et alliés Vietnamiens tués (et près de 8000 Vietminh), et de ses milliers de prisonniers, est durement ressentie en France, alors que le pays avait jusqu'à présent porté peu d'intérêt pour la situation indochinoise. 

De la guerre d'Indochine à la guerre du Vietnam...

Pour sortir de cette impasse indochinoise et obtenir la libération des prisonniers français de Dien Bien Phu retenus dans la jungle dans des conditions éprouvantes, le gouvernement de Mendès-France signera les accords de Genève, le 20 juillet 1954. Ils prévoient la partition du Vietnam en deux, un Nord Vietnam communiste et un Sud Vietnam pro occidental.

Les Etats-Unis, conscients du rôle géopolitique majeur du Vietnam dans la guerre contre le communisme, s'apprêtent dès lors à investir la zone et à prendre le relais des Français, qu'ils jugent dépassés pour contenir le communisme... 

Rédaction Ina le 05/08/2009 à 11:26. Dernière mise à jour le 07/05/2018 à 16:36.
Histoire et conflits