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Depuis 2018, une pénurie inquiétante des médicaments en France

Depuis 2018, une pénurie inquiétante des médicaments en France

La pénurie des médicaments est en constante augmentation. En 2018 déjà, les chiffres de pénurie de médicaments dévoilés par le Sénat étaient inquiétants. Explications en images.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 06.08.2019 - Mis à jour le 06.08.2019
 

530 médicaments étaient en rupture de stock en 2017. Ce nombre monterait selon des sources non officielles à 1200 en 2019. Pour certains malades, en plus du stress lié à la maladie, s'adjoint celui de la quête du médicament salvateur. Une situation qui s’aggrave.

Sur le plateau du 20h00 de France 2, le 2 octobre 2018, Anthony Jolly détaillait les chiffres de cette pénurie et présentait les préconisations des sénateurs dans leur rapport pour l'endiguer, notamment la relocalisation des sites de production.

"Regardez, le nombre de ruptures de stock et de tensions d'approvisionnement. 2008 : seulement 44 en France. Et cela progresse d'année en année...  Jusqu'à l'an dernier : 530 signalements. En 10 ans, leur nombre a donc été multiplié par douze.

       

Que préconisent les sénateurs ?     

"Le rapport formule trente propositions pour tenter de régler le problème. Parmi elles : la relocalisation de la production de certains médicaments, jugés essentiels. Aujourd'hui, entre 60 et 80 % des principes actifs des médicaments sont fabriqués hors de l'Union Européenne."        

Mais comment inciter les entreprises à revenir en France ?       

"Eh bien, le rapport mise un peu sur la politique de la carotte et du bâton. D'un côté, les entreprises pourraient bénéficier d'exonérations fiscales si elles revenaient en France. De l'autre, pour chaque entreprise, les ruptures de stock seront rendront publiques : ainsi que les sanctions qui leurs seront adressées en cas de mauvaise gestion." 

 "On a l'impression qu'il y a une organisation de la pénurie pour justifier des prix plus importants."

Comment expliquer ces défauts d'approvisionnement récurrents qui vont en s'aggravant ? Ce sujet de février 2018 esquisse quelques pistes de réponses.

Certains professionnels de la santé pensent qu'il s'agit d'une conséquence d'un raisonnement commercial des laboratoires, à l'instar du professeur Alain Astier, Service pharmacie - CHU Henri Mondor APHP : "Les médicaments sont anciens, ils ne rapportent pas assez. Parce que : médicament ancien qui ne rapporte pas assez et population réduite, dans un raisonnement purement commercial = petit marché, prix de vente faible. Et bien, on arrête de fournir. C'est aussi simple que ça !"

Les laboratoires déclarent avoir respecté la loi de 2016 sur les pénuries : "Les industriels ont pris la mesure de l'importance des ruptures et se donnent les moyens nécessaires pour les éviter. Ils mettent en place des stocks stratégiques de matières premières et de produits chimiques."

Mais dans le traitement du cancer par exemple, certains médicaments disparaissent puis réapparaissent… trente fois plus chers, ce que déplore le docteur Jean-Paul Vernon, cancérologue : "C'est le cas du BICNU qui valait 30 euros les 100 mg. 30 euros et qui est réapparu à 900 euros ! Et maintenant à 1500 euros les 100 mg. Donc manifestement, on a l'impression qu'il y a une organisation de la pénurie pour justifier des prix plus importants."

Les médecins préconisaient alors que l'Etat favorise la fabrication de médicaments génériques à un prix raisonnable pour limiter ces pénuries spéculatives. En attendant, les pharmaciens se transforment en détectives pour dénicher les médicaments de leurs clients...

"Il y a un différentiel de prix qui oriente les produits vers l'endroit où ils sont le plus cher."

Martial Fraysse, Président de l'ordre des pharmaciens d’Île-de-France analyse ainsi la pénurie subie par la France, un pays où les médicaments sont bon marché : "Les courtiers en médicaments sont capables d'utiliser cette loi du marché pour orienter vers des pays où le prix est beaucoup plus élevé. La Suède ne connait aucune rupture actuellement, par rapport à la France, tout simplement parce qu'il y a un différentiel de prix qui oriente les produits vers l'endroit où ils sont le plus cher."

Désormais, seuls 20 % des médicaments sont fabriqués en Europe, l'essentiel de la production mondiale est israélienne, chinoise ou indienne.

Florence Dartois


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