Débattre pour l'Elysée

Redaction Ina le 29/03/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 10/04/2015 à 18:10.
Présidents et chefs d'états Elections et scrutins Petites phrases
Débattre pour l'Elysée

Les débats d'entre deux tours de l'élection présidentielle sont attendus à chaque échéance électorale. Retour sur ces rencontres animées, moments clés des élections et de la vie politique française et sur quelques "petites phrases" qui les ont émaillées.

Télévision et politique

En ces périodes de campagnes électorales, la télévision se révèle un outil efficace dans la promotion d'un programme. La politique ne se fait plus sans elle, véritable vitrine ouverte pour les candidats. Un homme politique qui veut affirmer ou confirmer sa popularité se doit de passer par la petite lucarne. Ainsi, le débat présidentiel s'inscrit comme un rituel immuable auquel se livrent, à chaque entre-deux tours, les duellistes vainqueurs du premier tour.

Le premier du genre

Le premier débat politique télévisé est né aux Etats-Unis avec l'affrontement célèbre entre Richard Nixon et John F.Kennedy. L'histoire suggère qu'il aurait eu une portée décisive sur le choix final des électeurs : moins bon dans le débat, Nixon aurait été battu dans le scrutin.
En France, c'est Alain Duhamel en 1974 qui propose la première rencontre de ce type. Un ensemble d'éléments inédits définit la version nationale de ces débats empruntés aux Etats-Unis : par exemple, deux gros chronomètres visibles assurent des temps de paroles égaux. Deux journalistes assurent l'arbitrage, distribuent la parole et veillent à la répartition équilibrée des thèmes.

Giscard/Mitterrand : premier round

Ainsi, au studio 101 de la Maison de la Radio, de part et d'autre de la table, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand jouent chacun de répartie et d'adresse pour terrasser leur adversaire.
Ce jour-là, c'est Giscard qui l'emporte. La main au menton dans l'attente d'une réponse, le questionneur se montre hautain. Puis il se fait sensible en affublant Mitterrand de sa fameuse répartie : « Vous n'avez pas le monopole du cœur ». Il peut même être sévère dans son jugement : « Vous êtes un homme du passé ». Résultat : le candidat de droite remportera l'élection. Le débat aurait-il influencé les votes du grand public ? Mitterrand avait jugé sa prestation catastrophique : après le duel, il perd 1,5 points dans les sondages et, par là même, les élections.

1981 : changement de tactique

En 1981, les deux hommes sont à nouveau face à face : l'occasion pour Mitterrand de prendre sa revanche. Un nouveauté depuis 1974 : chaque candidat est assisté du réalisateur de son choix, Gérard Herzog pour VGE et Serge Moati pour Mitterrand. Moati décide alors, pour ne pas pénaliser Mitterrand, de rendre le débat aussi ennuyeux que possible. Il lui réserve des plans en plein cadre « afin d'accentuer sa présence » explique-t-il. Giscard, lui, n'a droit qu'à des plans larges.
Mitterrand a changé de tactique : il se permet de ne pas regarder son adversaire et de l'évoquer à la troisième personne, comme s'il était absent. Il n'hésite pas non plus à prendre à partie les journalistes, Michèle Cotta et Jean Boissonnat. Disqualifié durant le débat, VGE le sera aussi à l'issue du second tour lors de la victoire du candidat socialiste.

Le débat avorté

En 1988, Michèle Cotta et Elie Vannier reçoivent François Mitterrand et Jacques Chirac. La subtilité du langage est aussi une arme efficace : Mitterrand affuble son adversaire d'un dérangeant « Monsieur le Premier ministre ». Sept ans plus tard, le deuxième tour met en présence Jacques Chirac et Lionel Jospin : moins mélodramatique, le débat s'affadit. En 2002, le rendez-vous n'a tout simplement pas lieu.
En effet, Jacques Chirac considère qu'il n'est « pas de débat possible » avec le candidat de « l'intolérance et de la haine », Jean-Marie Le Pen. Pourtant, interrogés dans un sondage, les Français avaient souhaité cette rencontre.

Vers une confrontation dès le premier tour ?

En 2007, parmi les 12 prétendants à l'Elysée, François Bayrou a saisi l'occasion pour solliciter le débat avec Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen. Interrogé par Guillaume Durand sur le sujet, le candidat de l'UDF lui a lancé : « Je n'ai qu'une chose à vous dire : organisez-le ! ». Le débat de entre-deux tours entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy s'est quant à lui transformé en réel duel, chacun des candidats s'affirmant satisfait de sa prestation au terme de 2h40 de confrontation.