La "trilogie politique", comme on qualifie communément ces trois films de Costa-Gavras, commence avec Z, en 1969. Si le réalisateur d'origine grecque a réfuté l'intention de faire un film proprement politique, sa préoccupation reste celle de dénoncer, à travers ce film, une situation qu'il a bien connue dans son pays natal, et qu'il parviendra à décrire de façon à porter un sens universel à sa dénonciation du fascisme...

Une oeuvre marquée par l'histoire personnelle de Costa-Gavras...

Constantin Gavras naît en 1933. Il passe son enfance et son adolescence à Athènes. Son père est un Grec de Russie, originaire d’Odessa, qui quitte cette ville soviétique en 1922 avec l’intention d’émigrer aux Etats-Unis. Pourtant, il s’arrête en Grèce où il occupe un poste de fonctionnaire dans un ministère. Comme beaucoup de ses compatriotes, il prend part à la résistance contre les nazis ; il est sympathisant de gauche, n’adhère pas aux thèses communistes. Son engagement est dicté par des considérations patriotiques, et non idéologiques. La résistance, principalement menée par le parti communiste en clandestinité, regroupe donc des hommes de toutes origines et d’horizons politiques différents.

A la fin de la guerre, la Grande-Bretagne obtient les coudées franches pour empêcher que la Grèce ne bascule dans le camp communiste : la plupart de ceux qui s’étaient battus contre les Allemands sont paradoxalement considérés comme des indésirables par le gouvernement libéral et royaliste, appuyé par les Anglais. C’est le cas du père de Costa-Gavras, discrédité pour ses idées anti royalistes. Et ses positions rejaillissent sur son fils : Costa-Gavras ne peut pour ces raisons politiques, ni s’inscrire à l’université d’Athènes, ni immigrer aux Etats-Unis (qui prennent le relais des Britanniques dans leur chasse aux communistes et à l’opposition de gauche en général), ce qu’il souhaitait faire en raison de son attrait pour la culture américaine.

Il décide alors d’aller à Paris, et s’inscrit en littérature à la Sorbonne. Il veut écrire et raconter des histoires. Deux ans après, en 1954, il décide donc de faire du cinéma et s’inscrit à l’IDHEC (aujourd’hui la Fémis). Il apprend son métier en tant qu’assistant réalisateur auprès de grands cinéastes de la « Qualité française », René Clair, René Clément, Jean Giono, Henri Verneuil, mais aussi de la Nouvelle vague comme Jacques Demy.

Il appréciera plus particulièrement le cinéma et l’expérience de travail avec René Clément, le réalisateur de Plein Soleil et Jeux Interdits, avec qui il collabore sur Les Félins, en 1963. Il réalise ses deux premiers films, Compartiment tueurs et Un homme de trop, respectivement en 1965 et 1967. Compartiment tueurs, réalisé grâce à l’aide de ses amis Yves Montand et Simone Signoret, est un succès. Sa carrière démarre sur les chapeaux de roue.

L'histoire contemporaine grecque, matrice de Z...

En mars 1967, un mois avant le coup d’état en Grèce, il effectue un court séjour à Athènes où son frère lui conseille le roman de Vassilis Vassilikos, Z, écrit en 1966, racontant fidèlement les événements autour de l’assassinat du député grec de gauche Lambrakis, en 1963, par des hauts gradés militaires liés au pouvoir. On comprend alors pourquoi ce livre le fascine : il mêle une intrigante enquête politico-judiciaire au contexte culturel de son pays d’origine.

Une histoire qui renvoie aux événements internationaux de la fin des années 1960...

Surtout, cette histoire d’assassinat politique lui permet d’évoquer ce contexte si particulier et tragique des assassinats politiques qui ont ensanglanté les années 1960 : les deux frères Kennedy, Martin Luther King, Patrice Lumumba… Il décide donc de gommer les références explicites à la Grèce pour porter un propos plus universel. Il s’entoure d’un casting d’exception : Yves Montand, Jean-Louis Trintignant, Jacques Perrin, Irène Papas, Renato Salvatori, Pierre Dux… Le succès est immense, dans de nombreux pays européens, mais aussi aux Etats-Unis, au Mexique… En France, il lance la mode du film politique, et entraîne lors de sa diffusion des débats passionnés.

En 1976, le scénariste Jorge Semprun revenait sur la production et la réception de Z

Après la Grèce fascisante, Costa-Gavras puise son inspiration dans les crimes du stalinisme, à travers l'histoire tchécoslovaque...

Ce succès commercial, ajouté au plaisir qu’il prend au tournage de Z, entouré de ses amis acteurs, lui donne envie de continuer dans la veine du film politique. Il tourne alors en 1972 l’Aveu, d’après l’autobiographie d’Artur London, un homme politique communiste tchécoslovaque de premier plan, arrêté par les factions staliniennes de son pays en 1951, torturé, et forcé à avouer des crimes politiques qu’il n’avait pas commis. A ce titre, il est l’un des quatorze accusés de l’inique procès de Prague, en 1952. Réhabilité en 1956, il quitte la Tchécoslovaquie en 1963 pour s’installer en France, où il écrit l’Aveu. Yves Montand est choisi pour jouer son rôle.

Comme pour Z, Jorge Semprun est choisi pour l’adaptation de l’Aveu au cinéma. En raison de la critique du régime stalinien, le film fait à son tour beaucoup de bruit en France, dans une période où de nombreux intellectuels et artistes (dont Yves Montand) se réclament du communisme. Ainsi, ce film contribue à ouvrir les yeux sur les crimes staliniens perpétrés au nom du communisme.

En 1970, Costa-Gavras et Yves Montand à propos de L'Aveu

En 1972, Etat de siège clôt la "trilogie politique" par une incursion du cinéaste dans les guérillas d'extrême-gauche d'Amérique du Sud

En 1972, Costa-Gavras continue dans cette veine mêlant dénonciation politique et film à grand spectacle avec Etat de siège. L'histoire est inspirée par l’enlèvement d’un agent américain du FBI travaillant sous couverture de l’Agence pour le développement international par les rebelles d’extrême-gauche du mouvement des Tupamaros. De nouveau, il fait appel à son ami Yves Montand pour incarner le personnage principal.

Ainsi se clôt sa "trilogie politique", même si ces trois films n'auront jamais été pensés comme faisant partie d'un même ensemble, ni même tournés uniquement pour adresser un message politique.

Ces trois films seront perçus comme possédant une cohérence dans leur style et dans le choix des acteurs (le rôle titre confié à Yves Montand dans les trois films). Forts d'un large succès commercial, ces films lui ouvriront ultérieurement la porte du cinéma américain. Costa-Gavras y réalisera, avec moins de verve qu'à ses débuts, des films reprenant le même principe, raconter une histoire basée sur une trame politique, à travers les recettes du film spectacle.

Yves Montand à propos de sa collaboration avec Costa-Gavras et le tournage de la trilogie politique

Rédaction Ina le 25/01/2013 à 09:53. Dernière mise à jour le 04/12/2018 à 10:21.
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