Ancien rédacteur en chef des Inrocks, David Doucet a admis avoir été membre de la « Ligue du LOL », un groupe de journalistes qui a harcelé en ligne plusieurs personnes. En 2014, il analysait les dérives sur les réseaux sociaux.

L’affaire a éclaté avec la parution d’un article du site de fact-checking de Libération, «CheckNews». Pendant plusieurs années, de jeunes journalistes ont tenu un groupe Facebook fermé « La Ligue du LOL » et sont accusés d'avoir harceler des femmes ou des hommes sur Twitter, ou d'avoir réalisé des canulars téléphoniques douteux. Certains ont été mis à pied comme le journaliste Vincent Glad ou encore David Doucet, rédacteur en chef du magazine et du site des Inrocks.

Des journalistes qui avaient été embauchés dans les rédactions à la fin des années 2000 pour leur connaissance du web et des réseaux sociaux.

En 2014, David Doucet est donc l’invité de l’émission « Un soir à la tour Eiffel » diffusée sur France 2 et présentée par Alessandra Sublet. Un des thèmes abordés… la dérive des réseaux sociaux.

Lorsque Alessandra Sublet demande à David Doucet s’il existe une solution pour réguler les réseaux sociaux et leur violence, il répond : « C’est important de dire que l’anonymat fait partie de la liberté d’expression. Elle s’intègre dedans. C’est important de la préserver sur Internet. Il n’y a personne qui est totalement anonyme car on laisse des traces notamment l’adresse IP. Lorsqu’une infraction a été commise, on peut porter plainte. » Afin d’illustrer ses propos, il revient sur le hashtag polémique #unbonjuif qui avait défrayé la chronique en 2012. David Doucet : « Il y avait des jeux de mots, des vannes sur la communauté juive en France.  L’UEJF (l’union des étudiants juifs de France) a porté plainte et a réussi à avoir les auteurs qui étaient derrière ces tweets. » 

David Doucet connaissait l’impact des clashs et du cyber-harcèlement. Toujours dans cet entretien, il expliquait : « Il y a un journaliste américain qui a fait une étude. Il tweetait des tweets assez négatifs et des informations. Il s’est rendu compte que les tweets négatifs avaient un écho plus important que ces tweets normaux. »

Puis Alessandra Sublet interroge le journaliste sur l’impunité des internautes cachés derrière ces comptes anonymes : « Est-ce qu’on ne se sent pas un peu invincible quand on est derrière son petit ordinateur ? »  Réponse de David Doucet : « C’est une forme de soupape de compensation. Cette frustration, ils l’évacuent sur les réseaux sociaux et ils ne l’évacuent peut-être pas ailleurs. Ce ne sont que des propos de comptoir. Vous allez dans un bistrot un soir, il va y avoir des propos affreux qui vont être tenus. Sauf que sur internet, les écrits restent et les paroles s’envolent. Quand une personne tweete, ce tweet reste de manière infinie. »

C’est ce qui est arrivé ces derniers jours. Certains tweets anonymes de harcèlement provenant de cette communauté, sans que l'on sache exactement qui les a écrits, ont été déterrés. 

Dans un long texte posté sur Twitter, l’ex-rédacteur en chef des Inrocks a posté un message d’excuse. S'il admet les canulars téléphoniques, il assure n'avoir jamais participé à aucune opération de harcèlement.

                                                                                                                                                                                                                                 Jérémie Gapin (INA)

Rédaction Ina le 14/02/2019 à 16:54. Dernière mise à jour le 18/02/2019 à 14:56.
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