Cherchez le garçon, live au Palace, enregistré pour l'émission Chorus, 1981

Écorche vif de la scène rock française, Daniel Darc s'est éteint le 28 février 2013, comme il avait vécu, dans un tourbillon de drogue, d'alcool et de médicaments, inhérents à son parcours créatif. 

Du punk à la new-wave…

Daniel Darc voit le jour le 20 mai 1959 à Paris. Ses premières armes musicales, il les fait dans le monde du punk dont le slogan était "No future". Cela collait parfaitement à son image nihiliste, adepte de l’autodestruction, qui pensait ne jamais dépasser les vingt ans… Ses influences ce sont des artistes torturés comme lui, poussant leur art jusqu'à la limite de l'explosion ou de la mort : Johnny Cash, Elvis Presley, John Coltrane et James Dean…

"Je voulais mourir à 21 ans comme Cochran, puis à 24 ans comme James Dean…"

Il reconnait pourtant, bien des années plus tard, dans cette interview radio de 2012, que la meilleure partie de son œuvre s'est construite après cet âge…

En 1995, il décrit l'arrivée de la musique punk qui l'a décidé à se lancer dans la musique. Il déclare détester la pop et qualifie, avec bienveillance, les débuts de Taxi Girl de "pop acide".

Taxi girl, fer de lance de la new-wave française

Daniel Darc apparaît sur la scène musicale à la fin des années 70 avec un groupe créé au lycée Balzac, Porte de Clichy… Taxi Girl. De punk, le jeune homme va endosser la veste de fer de lance de la new-wave à la française, avec des titres ambigus comme seule la new-wave anglaise savait jusqu'alors en concocter - le maquillage et les cheveux permanentés en moins - Il y a bien-sûr l'énigmatique Chercher le garçon. Dans Pollen, sur France Inter en 1989, au micro de Didier Varrod et Jean-Louis Foulquier, il évoque la genèse de ce titre.

La déglingue punk n'est jamais bien loin. En 1979, il va même jusqu'à se trancher les veines en plein concert sur la scène du Palace ! Certains y voient juste de la provocation, lui sans doute une manière de se prouver qu'il est vivant, à cet instant précis où la vie ne tient qu'au tranchant d'une lame bien aiguisée.

Il se penche ici, en 1995, sur cette période de sa vie et analyse ainsi le succès du groupe : "Je pense qu'en France, on a 50 ans de retard en musique et 100 ans sur tout le reste (littérature)… on était en avance par rapport au reste et même par rapport aux groupes alternatifs de maintenant. On a été le premier à avoir un label, à signer des groupes et à ne pas jouer le jeu de la virginité…". Il explique ensuite la particularité du groupe : le refus de la compromission, de l'argent. Enfin il conclut que, comme le pensait Gainsbourg, la chanson est un art mineur car elle ne nécessite pas de formation (contrairement aux arts martiaux).

L'aventure Taxi Girl se termine au bout de cinq ans avec la mort prématurée en 1981 du batteur Pierre Wolfsohn qui succombe à une overdose.

Derrière le punk, un intellectuel…

Mais derrière ce garçon torturé se cache un intellectuel, féru de littérature, passionné d'arts martiaux. Lorsqu'il parle de littérature, c'est toujours dans un flot savamment dosé d'érudition mêlé de provocation.

En 1984, Daniel Darc à propos de l'influence des écrivains : "En fait, je ne pense pas que les livres aient beaucoup d'importance dans ce que je fais"… Pour le jeune compositeur-interprète, seuls les auteurs en tant que personne comptent réellement : "Je crois qu'il y a ceux qui vivent et ceux qui écrivent. Et ceux qui écrivent j'en ai rien à foutre".

Toujours en 1995, il évoque, un rien cynique, son admiration pour certains écrivains - parfois contestés - de droite. Il explique pourquoi : "Je ne me réclame pas d'une bonne conscience de gauche. La gauche en France n'existe pas. Ça ne m'intéresse pas."

La carrière solo... le goût amer de la liberté !

Après la fin de Taxi girl, Daniel Darc se lance alors dans une carrière solo. Son premier album qui sort en 1987, Sous influence divine, est réalisé avec Jacno, l'autre moitié du duo Elli et Jacno, autre figure marquante de la new-wave, suivi en 1988 par Parce que. Deux albums peu médiatisés mais qui comble leur auteur car il lui apporte une ivresse sans danger celle-là... la liberté !

"Je peux faire exactement la musique que j'aime, je veux faire ce que je veux". Dans Pollen, sur France Inter en 1989, au micro de Didier Varrod, il décrit ainsi comment il envisage sa carrière solo et son plaisir de tout composer et écrire seul, d'être le leader.

Il revient sur cette envie de se démarquer du groupe et décrit le revers de la médaille, ses déboires avec les maisons de disques, pour sortir un nouveau disque.

Suivront des années compliquées parsemées de passages en prison, d'abus de drogue, d'alcool de médicaments. Daniel Darc traîne son image de déchu incontrôlable, de dandy punk mélancolique. Mais d'errance en abandon, le musicien est toujours là. 

Le succès de l'apaisement

Il stoppe les drogues et se reconstruit, notamment à travers la spiritualité. En 2004, il sort Crève-Cœur, des mélodies et des mots pour panser ses blessures. "C'est la première fois que je propose des textes apaisés" mais il reconnait aussi être un survivant "Chaque jour lorsque j'ouvre les yeux je pense à la mort bien-sûr. Je suis obsédé par la mort" mais ça ne veut pas dire que j'en ai peur. […] J'ai peur de l'échéance. J'ai peur de mourir avant d'avoir fait ce que j'ai à faire." Quand Michel Vial lui demande enfin s'il a retrouvé le goût de la vie ? Il rétorque : "Mais j'ai le goût à la vie !  Sans cela je me serai foutu en l'air. J'ai le goût à la vie. J'ai peut-être plus de goût à la vie que la plupart des gens. Parce que, ce que j'ai traversé, faut avoir vachement de goût pour le traverser…

L’album lui apporte non seulement la reconnaissance de ses pairs mais aussi celle du public. A 45 ans, il reçoit une Victoire de la musique de l’album révélation de l’année.

Suivront deux autres disques Amours suprêmes (2007) et La taille de mon âme (2011) qui ne connaîtront pas le même succès. En 2008, à l'occasion de la sortie d'Amours suprêmes, Daniel Darc, silhouette frêle et voûtée, bras tatoués de noir et visage marqué, accueille les caméras en studio d'enregistrement. Il dévoile ses plaies et évoque son addiction. "Je continue à penser que les antidépresseurs qui fonctionnent, il y en a trois : l'alcool, l'héroïne et Dieu ! L’alcool, j'y vais avec parcimonie, l'héroïne, j'ai arrêté parce qu'elle était mauvaise et dieu, c'est OK"

Celui qui avait écrit "Quand je mourrai, j’irai au paradis C’est en enfer que j’ai passé ma vie", décède à 53 ans et sera inhumé le 14 mars 2013. Dans cette interview, Jean-Louis Aubert lui rend un très bel hommage d'ombre et de lumière.

Quelques prestations de Daniel Darc (playlist)

Pour aller plus loin

Taxi girl sur la scène du Palace à Paris en 1981. Ils interprètent Jardin chinois, Cherchez le garçon et V2 sur mes souvenirs. (Extrait de l'émission chorus)

Rédaction Ina le 26/02/2018 à 16:30.
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